« 你有freestyle吗 ? » (Est-ce que tu as du freestyle ?) Aux racines de la censure du hip-hop chinois

Le hip-hop chinois a récemment fait l’objet d’une couverture médiatique internationale importante. Des dizaines d’articles, de la BBC[1] à l’Express[2] en passant par le Time[3] tentent d’expliquer l’étonnante censure du rap chinois voulue par les autorités communistes, après sa spectaculaire émergence ces dernières années dans les médias officiels. Le 19 janvier 2018, une courte dépêche de l’agence Sina indique que l’Administration générale de la presse, de l’édition, de la radiodiffusion, du cinéma et de la télévision (SAPPRFT), aurait par la voix de son responsable des relations publiques Gao Changli (高长力) interdit aux médias chinois de mettre à l’antenne des personnes tatouées (wenshen yiren 纹身艺人), des représentants de la culture hip-hop (xiha wenhua 嘻哈文化), des sous-cultures (ya wenhua 亚文化) et de la « culture de la démotivation » (sang wenhua 丧文化)[4]. Les invités des médias chinois doivent par ailleurs suivre des règles précises, ne pas « être en désaccord avec les règles du Parti, ne pas utiliser de langage vulgaire et ne pas avoir un niveau idéologique trop faible »[5]. Que s’est-il donc passé pour que les autorités chinoises décident en l’espace de quelques semaines, de bannir le hip-hop des ondes nationales ? Avant de revenir aux origines de cette affaire, telle qu’elle a été rapportée par les médias chinois et internationaux, il nous faudra tout d’abord retracer l’histoire du hip-hop en Chine, de ses origines underground à sa récente commercialisation, ce qui nous permettra de mettre en évidence les mécanismes contradictoires de la censure par les autorités chinoises.

Les débuts du hip-hop chinois dans l’underground musical

À l’instar de nombreux mouvements contre-culturels en Chine, le hip-hop a pris son essor durant les années 1990 grâce à l’arrivée des disques et cassettes dakou (打口) sur le marché noir des grandes villes chinoises. Littéralement « encoche », le terme de dakou fait référence aux disques et aux cassettes invendus envoyés par les grandes compagnies occidentales en Chine afin d’y être recyclés. Afin d’éviter leur vente sur le marché noir, les compagnies cassent l’extrémité du CD afin de le rendre inécoutable – c’était sans prendre en compte le fait qu’un disque audio se lit de son centre vers la périphérie, ne rendant véritablement illisible que la dernière chanson (De Kloet 2010). Ces disques et cassettes se retrouvent vendus en masse sur le marché noir des grandes villes chinoises au milieu des années 1990, entraînant la renaissance du mouvement musical indépendant disparu après Tian’anmen. Le rap hongkongais de Lazy Mother Fucka (LMF), chanté en cantonnais, a également influencé les premiers groupes de hip-hop du continent en montrant que la langue chinoise pouvait être rappée. Le hip-hop, alors moins populaire que le rock ou le punk, s’intègre cependant aux communautés musicales underground des années 1990. C’est par ailleurs Scream Records (Haojiao changpian 嚎叫唱片), la maison de disque indépendante pékinoise née sur les cendres du bar punk Scream Club (Haojiao julebu 嚎叫俱乐部), qui produit les premiers disques de hip-hop chinois au début des années 2000. En 2002 Scream Records publie le premier disque de CMCB (Chinese MC Brothers, Zhongguo shuochang xiongdi 中国说唱兄弟), Kung Fu (Gongfu 功夫), puis en 2003 l’album du collectif international Yin T’sang (Yincang 隐藏), Serve The People (Wei renmin fuwu 为人民服务), composé notamment de MC Webber (MC Wangbo MC王波). Avant que le terme de 嘻哈 (xiha) ne vienne définir le hip-hop en Chine, les groupes des années 1990 et 2000 utilisaient l’expression 说唱 (shuochang). Littéralement « parler-chanter », le shuochang trouve ses racines dans une ancienne pratique de contes chantés, avant d’être intégré par la propagande communiste après la Révolution[6]. Cette tradition du shuochang se retrouvait très nettement dans les premiers groupes de rap pékinois, qui utilisaient des instruments traditionnels tels le erhu dans leurs compositions, ainsi qu’un parler pékinois proche des récits chantés et de la pratique du xiangsheng (相声), un sous-genre du shuochang qui consiste généralement en un échange comique entre deux personnes. En témoigne la chanson de Yin T’sang, « In Beijing » (Zai Beijing 在北京), premier succès populaire du rap chinois.

Si les groupes de rap ne sont pas nombreux au début des années 2000, le hip-hop s’intègre à d’autres styles de musiques alors en vogue dans le milieu alternatif chinois. En 2001, Twisted Machine (Niuqu de jiqi 扭曲的机器) sort son premier album, également produit par Scream Records, dans un style nu-metal, un mélange de métal et de hip-hop. L’icône du rock chinois Cui Jian (崔健) lui-même intègre dans certains de ses albums des passages rappés, comme dans la chanson « Blue Bone » (Lanse gutou 蓝色骨头) de l’album Show Your Color (Gei ni yidian yanse 给你一点颜色), sorti en 2005. Le groupe punk-rock Brain Failure (Nao zhuo 脑浊) fait quant à lui appel au légendaire rappeur du groupe américain Public Enemy, Chuck D pour la chanson « A Box on the Brocken Ball », dans l’album Downtown Production (Jinxian erhuan yinei 仅限二环以内) sorti en 2009, ainsi qu’à MC Yan du groupe hongkongais LMF dans « Ideal of Shinjuku » (Lixiang de Xinjiekou 理想的新街口). La chanson populaire s’empare également du hip-hop dans certaines chansons. Ainsi les stars de la cantopop hongkongaise ou de la mandapop taiwanaise, tels Edison Chen ou Jay Chou, vont jusqu’à revendiquer le qualificatif de rappeur. Un numéro du magazine du label Modern Sky (Modeng Tiankong 摩登天空), consacré au rap chinois, accorde par ailleurs une longue interview à Edison Chen, aux côtés de rappeurs plus établis comme MC Webber[7].

Mais la culture hip-hop s’est plus particulièrement développée au sein de « battles » de rap, organisées dans quelques bars underground à Shanghai et Pékin au début des années 2000. L’américain MC Showtyme, arrivé à Shanghai à la fin des années 1990, organise les premières « battles » en 2001, à Shanghai puis à Pékin. Durant un temps imparti et sur un beat défini, deux rappeurs doivent s’affronter en improvisant des répliques (« freestyle ») à tour de rôle, le public déterminant quel rappeur a gagné.

Les concours du « Iron Mic » (Gangtie maike 钢铁麦克) gagnent rapidement en popularité, plus particulièrement après le succès du film américain 8 Mile avec le rappeur Eminem en 2003, et permettent l’éclosion d’une nouvelle génération de rappeurs, comme MC Dawei (MC大卫) de Pékin, ou MC Majun (MC马俊), originaire d’Urumqi, In3 (Yinsan’er 阴三儿) ou Nasty Ray tous deux issus de la capitale chinoise. Loin des clichés véhiculés ordinairement par le hip-hop, ces groupes s’emparent de sujets de société et chantent leur frustration envers les autorités officielles, parentales ou scolaires. Les textes corrosifs de In3 font écho à l’insatisfaction de nombreux jeunes Chinois urbains, comme dans « Bonjour professeur » (Laoshi nihao 老师你好), une critique acerbe de l’institution scolaire, dans leur album autoproduit Unknown Artist (Weizhi yishujia 未知艺术家) sorti en 2008, symbole de cette nouvelle génération de rappeurs :

没收我的东西我他妈都不要了

跟别的都没事. 我跟你只有仇恨

你扔了我的书包这事儿我永远记得

对你有偏见是因为我没换过座位

一年四季挨着垃圾桶说话能不脏么

黑板上的裂缝就是我砸得

你喝的每口水里他妈都有我的吐沫

Je n’ai pas besoin des putains de choses que tu m’as confisquées

Ça n’a rien à voir avec les autres. Je n’ai que de la haine pour toi

Tu as jeté mon cartable, ça je m’en rappellerai toujours

Si j’ai des préjugés contre toi c’est parce que je n’ai jamais changé de place

Toute l’année assis à côté de la poubelle, est-ce que je peux ne pas être vulgaire

La fissure sur le tableau noir c’est moi qui l’ai faite

Dans chaque gorgée que tu bois y’a ma putain de salive dedans

Paradigme de l’esprit contestataire du rap chinois, In3 en paye le prix fort. Le 10 août 2015, le Quotidien du Peuple annonce que le ministère de la Culture chinois a inscrit sur liste noire (hei mingdan 黑名单) cent-vingt chansons. Ces cent-vingt chansons sont retirées de toutes les plateformes d’écoute musicale, et les artistes concernés n’ont plus le droit de se produire en public[8]. Le ministère justifie cette censure en affirmant que ces chansons promeuvent « l’obscénité, la violence, le crime et mettent à mal la moralité »[9]. La liste noire est majoritairement composée de groupes de rap : parmi les chansons concernées, In3 est propulsé en première place, avec 17 chansons censurées – « Bonjour professeur » pointe à la première place, vient ensuite la chanson « Beijing Evening News » (Beijing Wanbao 北京晚报), certainement pour sa phrase polémique « certains dorment sous les ponts, d’autres mangent aux frais du gouvernement » (youren shui dixia tongdao, youren gongkuan chihe guojia ji baoxiao, 有人睡地下通道, 有人公款吃喝国家给报销). On retrouve également le groupe de hip-hop pékinois le Crew de Xinjiekou (Xinjiekou zuhe 新街口组合), ainsi que de nombreux rappeurs taïwanais, à l’instar de Chang Csun, Stanley Huang et surtout MC Hotdog pour sa chanson « Nique ta mère » (Cao ni ma ge bi 操你妈个逼). Dans les années 1990, Geremie Barmé avait déjà remarqué que la censure de productions culturelles avait pour effet de susciter un certain engouement à l’étranger pour ce qu’il nommait de la « dissidence bankable » (Barmé 1999 : 188). La liste noire de 2015 a produit le même effet, mais en Chine même : de nombreux internautes chinois ont ainsi téléchargé les chansons de In3 figurant sur la liste, remerciant ironiquement sur internet le bureau de la censure pour leur avoir fait découvrir le rap underground[10]. En septembre 2015, les membres du groupe In3 sont arrêtés par la police pékinoise à leur retour d’un concert organisé à Kunming. Ils sont libérés après cinq jours de détention, sans avoir été inculpés[11]. Selon la presse étrangère, les arrestations de rappeurs et la censure dont font l’objet certains groupes de hip-hop en 2015 viennent confirmer la reprise en main par Xi Jinping de la sphère culturelle chinoise, après la gestion relativement souple de Hu Jintao jusqu’en 2012. En effet, dès son arrivée au pouvoir, Xi Jinping a demandé aux intellectuels et aux artistes de transmettre l’« énergie positive » des valeurs socialistes[12], le rap semble en tout point contredire ces « valeurs », tant sa propension est grande à user de la vulgarité pour traiter des sujets de société. L’accent mis par le Parti sur le hip-hop – et non sur le punk par exemple, tout aussi vulgaire et contestataire – est de toute évidence lié à sa popularité croissante parmi la jeunesse chinoise.

Popularisation et médiatisation du hip-hop et de la trap sichuanaise

Après l’émergence d’un hip-hop underground dans les années 2000, principalement à Pékin et Shanghai, un nouveau courant du rap chinois, plus jeune et plus à l’aise sur les réseaux sociaux, s’est vu propulsé sur le devant de la scène. Le mouvement hip-hop le plus connu est sans doute celui de la trap sichuanaise, qui met en valeur la diction particulière de cette région chinoise, à l’aide de clips vidéo particulièrement bien réalisés[13]. La trap est un genre dérivé du rap, né dans le sud des États-Unis au début des années 2000, qui se caractérise par un rythme plus lent et des paroles liés au trafic de drogue (le terme provient de trap houses, des maisons utilisées par des dealers pour produire et distribuer de la drogue). Parmi les représentants de la trap sichuanaise, on retrouve les Higher Brothers (Hai’er xiongdi 海尔兄弟), originaires de Chengdu, dont le nom est un jeu de mot opiacé avec la marque d’électroménager chinoise Haier, actifs depuis le début des années 2010 au sein du hip-hop sichuanais. Ces derniers ont réussi à s’exporter bien au-delà des frontières du rap chinois, en collaborant notamment avec des artistes étrangers, tels que le Coréen Keith Ape dans la chanson « WeChat » (Weixin 微信) et l’américain Ski Mask The Slump God pour la chanson « Flo Rida ». Des clips ingénieux comme celui de « WeChat »[14] ou « Made In China »[15] ont permis aux Higher Brothers de se faire connaître à l’étranger, et de partir aux États-Unis pour une tournée à guichets fermés en février 2018 intitulée « Journey To The West », tandis que de nombreux articles de presse font état de leur popularité à l’international[16].

Les chansons des Higher Brothers, dans un mélange de mandarin et de sichuanais, exposent avec humour les aléas de la vie quotidienne des jeunes Chinois, à travers l’application WeChat bien entendu, mais également les taxis illégaux (heiche 黑车) de Chengdu dans « Black Cab », la chaîne de magasins 7-Eleven dans « 711 », ainsi que l’hégémonie industrielle chinoise dans « Made In China ».

Pour certains journalistes, le fait que les Higher Brothers ne soient pas – encore – censurés démontrerait l’inoffensivité de leurs chansons, qui participeraient au contraire à l’expansion culturelle chinoise à l’étranger[17]. Cette critique ne semble pas prendre en compte le travail sous-terrain d’organisation de la scène rap sichuanaise par les Higher Brothers, notamment au sein du collectif CDC (Chengdu Rap House, Shuochang huiguan 说唱会馆) qu’ils ont contribué à créer.

GAI (Zhou Yan 周延 de son vrai nom), un rappeur de Chongqing, a également fait parler de lui à travers ses clips de trap où il se met en scène torse nu, exhibant ses nombreux tatouages, dans la plus pure tradition « gangsta » du rap international. En 2015 il publie sa chanson « Gangsta » (Chao shehui 超社会), où il évoque son implication dans la mafia locale, s’entourant d’amis également torses nus, agitant des couteaux devant la caméra.

哎呀 前段时间拿菜刀剥了个人

喊我赔医药费

我说我认帐

但是老子不给 老子不给

Il y a quelques temps j’ai pris un couteau pour planter un gars

Il m’a dit de payer les dépenses médicales

J’ai dit que j’étais d’accord

Mais j’en ai rien à battre j’en ai rien à battre

GAI reconnaît en interview écrire à partir de son expérience : « tout ce que je dis est vraiment arrivé. À 13 ans je me suis retrouvé dans une rixe, j’ai été exclu de la société » [18]. Mais il relie son inscription au sein de la mafia chinoise aux problèmes plus larges de la société chinoise : « le fossé entre les riches et les pauvres en Chine est de plus en plus grand, dans cette société il y a des gens qui n’ont rien à manger, c’est pour ça qu’il y a des gangsters »[19]. GAI, comme d’autres commentateurs du rap chinois, trouvent dans les « sociétés secrètes » (hei shehui 黑社会) chinoises une référence pour la pratique d’un gangsta rap chinois, invalidant ainsi les critiques adressées au rap chinois qui le considèrent comme une simple imitation du hip-hop américain[20]. Cette filiation avec les « sociétés secrètes » est clairement revendiquée, notamment dans la chanson de GAI, « The Flow of Jianghu » (Jianghu liu 江湖流), en duo avec le rappeur de Changsha C-Block.

Fat Shady (Xie Di 谢帝), un autre rappeur de Chengdu a acquis une certaine notoriété ces dernières années. Utilisant un dialecte sichuanais, Fat Shady a connu son heure de gloire en 2014, lors de sa participation à l’émission de télé-crochet très populaire diffusée sur la CCTV3 « Sing My Song » (Zhongguo hao gequ 中国好歌曲), où il a interprété sa chanson la plus connue, « Demain je ne travaille pas » (Mingtian bu shangban 明天不上班).

Fat Shady a été l’un des premiers rappeurs à intégrer une émission populaire de télévision, permettant l’élargissement de l’audience du hip-hop. Il s’est également fait connaître plus largement du public occidental avec sa chanson « Stupide étranger » (Gua laowai 瓜老外), qui s’en prend à l’arrogance des expatriés en Chine. Certains médias étrangers installés en Chine n’ont pas hésité à traiter Fat Shady de raciste[21], alors qu’une partie du public chinois se réjouissait qu’un rappeur s’attaque enfin aux privilèges de certains expatriés en Chine.

外国的朋友来中国

都晓得我们有票儿

都晓得我们有妹儿

外国的朋友啥子人都有

为赚钱啥子都会一点

儿长得高的都是模

特儿今天是英语老师耶

明天是年轻的企业家耶

后天又变成了啥子?

你想去装过来给老子擦车?

Les amis étrangers qui viennent en Chine

Ils savent que nous avons l’argent

Ils savent que nous avons des filles

Parmi les amis étrangers, il y en a de toutes sortes

Il y en a quelques-uns qui viennent pour l’argent

Ceux qui sont grands sont tous des mannequins

Aujourd’hui, professeur d’anglais

Demain, jeune entrepreneur

Après demain qu’est-ce que tu deviendras ?

Est-ce que tu veux venir laver ma voiture ?

Si Fat Shady a permis au rap de toucher un public plus large grâce à sa participation à l’émission « Sing My Song » en 2014, c’est en 2017 qu’une émission consacrée entièrement au rap chinois fait son apparition. En juin 2017 l’entreprise chinoise de vidéos en ligne iQiyi diffuse la première saison de « The Rap of China » (Zhongguo you xiha 中国有嘻哈). L’émission est produite par les chanteurs taïwanais Will Pan et Cheng Chenyue, la pop-star sino-canadienne Kris Wu et le rappeur taïwanais MC Hotdog. Deux ans auparavant ce dernier était inscrit sur la liste noire du Ministère de la Culture, ce qui montre bien les contradictions de la censure, dont les cibles peuvent changer au grès des circonstances. « The Rap of China » est un immense succès populaire, comptabilisant plus de 1,3 milliard de vues cumulées tout au long de sa première saison, qui couronne les chanteurs GAI et PG One, venus de Harbin et appartenant au collectif HHH (Hua Hong Hui 红花会)[22]. Les internautes s’emparent également du programme pour ridiculiser la pop-star Kris Wu, qui fait partie du jury de l’émission de télé-crochet. Sa maîtrise du rap est mise en doute pour les internautes, qui se moquent de sa propension à demander aux participants s’ils « peuvent improviser » (Ni you freestyle ma ? 你有freestyle吗 ?) à l’aide de mèmes partagés sur les réseaux sociaux chinois[23]. Les médias chinois et occidentaux voient dans le succès du programme la popularisation d’une musique jusque-là underground.

On assiste alors véritablement à un âge d’or du rap chinois, d’autant plus que le Parti communiste semble s’accommoder de cette culture qu’il compte utiliser à des fins de propagande. Le groupe de rap venu de Chengdu CD Rev (Tianfu shibian 天府事变) promeut dans ses chansons des valeurs conformes au Parti, teinté de nationalisme assumé. La chanson en anglais « The Force of Red » annonce le programme nationaliste du groupe :

Fuck DPP [le parti démocrate taiwanais], Fuck Tsai-Ing Wen [la présidente de Taiwan], Y’all bitches ain’t ready for the shit ? Taiwan ain’t a country ! Bitch at most a county, Please don’t even think about it […] There’s only one China, HK, Taipei, They are my fellas[24].

Bien que les membres de CD Rev ne soient pas membres du Parti communiste, leurs clips sont produits et réalisés par la maison de production de la Ligue de la jeunesse communiste. De nombreux médias étrangers se sont depuis emparés du sujet, trouvant dans CD Rev un parfait exemple de récupération politique, masquant les nombreuses critiques portées par les rappeurs chinois à l’encontre de CD Rev qu’ils considèrent comme médiocre, et qui ne participe pas à l’émission « The Rap of China »[25].

PG One et GAI, ceux par qui le scandale arrive

La popularisation croissante du hip-hop au sein de la jeunesse chinoise ne pouvait passer inaperçue. À l’instar de ce qu’il s’est passé pour le rock chinois, extrêmement populaire dans les années 1980 avant d’être marginalisé par la censure, les instances du Parti communiste ont pris une décision aussi inattendue que brutale en interdisant aux chaînes de télévision d’inviter des représentants de la culture hip-hop en janvier 2018. Cette décision est mise en œuvre après un intense travail de propagande mené par la Ligue de la jeunesse communiste, début janvier 2018. Le 4 janvier 2018 à 15h26, la Ligue de la jeunesse communiste publie un message sur le réseau social Weibo accusant PG One, de son vrai nom Wang Hao (王昊), co-lauréat de « The Rap of China », d’inciter les jeunes à consommer de la drogue et d’humilier les femmes dans une de ses anciennes chansons, « Christmas Eve » (Shengdan ye 圣诞夜), tout en affirmant que les « figures publiques sur Internet doivent être des modèles positifs et fournir une orientation correcte aux adolescents du pays »[26]. Le message de la Ligue de la jeunesse communiste fait apparemment suite à des plaintes en ligne concernant PG One, une pratique qui se popularise pour dénoncer des artistes ne respectant pas les valeurs prônées par les autorités, ou par simple opportunisme[27]. En décembre, PG One avait déjà fait l’objet de rumeurs en ligne l’accusant d’avoir des relations extra-maritales avec une actrice[28]. L’accusation de la Ligue de la jeunesse, partagée plus de 20 000 fois et commentée par plus de 55 000 personnes, s’accompagnait d’une capture d’écran de la chanson incriminée, qui fait référence à de « la pure » (Chunbai de fenmo 纯白色的粉末, littéralement de « la poudre blanche pure », ce que Booba appelle « de la 0.9 ») :

纯白色的粉末在板上走

和homie roll起 怕的都去休息

跟我们一起来到酒吧前

我的homie还没有发言

一个不要脸的bitch开始手发闲

结果告诉我她九八年

想让我办了她

她装作自己已抽醉

还是算了吧算了吧站在那看着她

她却说你所有的歌我全都会

因为想法从不封建

今天可以到我家里一边看雪一边party

眼睛里只有Versace变成我手里的芭比

嘴里塞满money 眼神麻痹坐上玛莎拉蒂

Bitch都来我的家里住

全部撅起屁股cos圣诞小麋鹿

就骑在她肩上把燃料抽精光唱铃儿响叮当

De la pure est étalée par terre

Je prends la route avec mes potes, j’ai peur qu’ils aillent tous dormir

Avant qu’on aille tous au bar ensemble

Mes potes n’ont encore rien dit

Une bitch éhontée me donne du plaisir à la main

Finalement elle me dit qu’elle est née en 98

Elle veut que je me la fasse

Elle prétend qu’elle est déjà saoule et défoncée

C’est pas la peine, c’est pas la peine, je vais rester là à la regarder

Elle me dit toutes tes chansons je les connais

Parce que je n’ai pas l’esprit féodal

Aujourd’hui on peut aller chez moi, prendre de la poudreuse en s’amusant

Elles n’ont de yeux que pour du Versace, elles se transforment toutes en Barbie entre mes mains

La bouche pleine de money, le regard hagard, elles montent dans ma Maserati

Bitch venez toutes habiter chez moi

Montrez toutes vos fesses, déguisées en rennes de Noël

Je les chevauche, épuisant tout mon carburant et chantant Jingle Bells

Le même jour, à 16h11, soit moins d’une heure après l’accusation de la Ligue de la jeunesse, PG One, publie une déclaration où il fait acte de contrition[29]. Dans ce message, partagé plus de 180 000 fois et commenté par près de 900 000 personnes, PG One s’excuse pour les paroles de cette chanson publiée au début de sa carrière, et assure « qu’après être devenu plus mature, je dois promouvoir le sens des responsabilités sociales, et devenir un meilleur modèle pour les fans ». Mais c’est son explication de sa réception du hip-hop dans ce court texte qui fera polémique car il affirme que sa compréhension erronée du rap provient « de l’influence profonde de la musique noire » (heiren yinyue 黑人音乐) . De nombreuses critiques d’internautes chinois se focalisent sur cette excuse racialisante et culturaliste du hip-hop, qui sera néanmoins reprise par des organes de presse officiels. L’ « affaire » PG One, portée opportunément par la Ligue de la jeunesse communiste a eu pour effet immédiat de retirer de toutes les plateformes chinoises les chansons de PG One. Mais la censure officielle s’en est également prise la semaine suivante à l’autre lauréat de « The Rap of China », GAI : sa participation à l’émission « I Am a Singer » (Wo shi geshou 我是歌手), une émission très populaire de télé-réalité diffusée sur Hunan TV, a été annulée, tandis que les vidéos de son passage lors du premier épisode du 12 janvier étaient retirées des plateformes de vidéos en ligne[30]. Pourtant, ce dernier avait donné des gages de bonne conduite aux autorités chinoises en décembre dernier, lors d’un passage à l’émission diffusée sur la CCTV 3 « I Want to Go to the Spring Gala » (Wo yao shang chunwan 我要上春晚), où il avait fait chanter au public « Longue vie à la mère patrie » (Zuguo wansui 祖国万岁). Cela montre bien l’indistinction avec laquelle s’abat la censure, mais également ses contradictions – à l’instar d’un MC Hotdog banni des antennes chinoises en 2015 puis admis dans une émission en 2017.

L’indignation officielle sur les réseaux sociaux à la censure de la « culture hip hop »

Mais c’est l’ampleur et la rapidité de la censure du hip-hop qui étonne. En effet, comme mentionné plus haut, le 19 janvier 2018 une dépêche de l’agence de presse Sina annonce que la SAPPRFT aurait envoyé une recommandation aux chaînes de télévision chinoises, leur intimant de ne plus inviter des représentants de la culture hip-hop et des personnes portant des tatouages[31], après le scandale lié à PG One. Le fait que cette réglementation concerne aussi les tatouages ne doit pas nous étonner, elle est bien entendu liée à la culture hip-hop, qui fait la part belle aux tatouages ; les rappeurs, chinois comme étrangers, inscrivant sur leurs corps leur appartenance à cette sous-culture. Mais les autorités chinoises ont depuis longtemps un rapport complexe avec la pratique du tatouage : ainsi, jusqu’en 2011, il était impossible d’entrer dans l’armée chinoise si l’on portait un tatouage[32]. Traditionnellement le tatouage était considéré comme un stigmate, prohibé par le confucianisme qui y voyait un manquement envers la piété filiale (Reed 2000), mais était également associé aux « barbares » non Han (Lei 2009) et aux « sociétés secrètes » (hei shehui 黑社会) relatifs au jianghu (Boretz 2011). Cette directive met ainsi sur le même plan diverses pratiques qui semblent influencer négativement la jeunesse chinoise. Mais en regardant plus précisément les différentes opinions qui se sont exprimées dans les médias officiels chinois avant les recommandations de la SAPPRFT, on peut distinguer diverses tendances, qui ne vont pas toutes dans le sens d’une censure aussi abrupte. Ainsi, le Global Times, quotidien nationaliste de langue anglaise, accorde de longs développements à la situation du hip-hop chinois, avant, pendant et après l’affaire PG One.

Avant le scandale provoqué par les paroles de la chanson de PG One, le Global Times faisait état de la popularité récente du hip-hop, prenant en exemple le rappeur Sun Bayi (孙八一) participant de « The Rap of China » et les Higher Brothers[33]. Le 4 janvier 2018, le Global Times faisait état de la polémique entre la Ligue de la jeunesse communiste et PG One, accusant le rappeur de donner un mauvais exemple à la jeunesse chinoise[34]. Le 8 janvier 2018, soit dix jours avant la supposée recommandation de la SAPPRFT à l’égard du hip-hop, le Global Times publie deux opinions assez différentes sur la question. Le premier, aux relents maoïstes, demande aux rappeurs de « se repentir » et de « purifier » leurs chansons[35]. Dans cet article, le Global Times s’en prend à PG One, tout en faisant l’éloge d’un « rap aux caractéristiques chinoises », prenant le groupe CD Rev en exemple (sans toutefois mentionner la teneur des attaques sexistes envers Tsai Ing-wen – la vulgarité étant apparemment acceptée quand celle-ci concerne les ennemis du Parti) et Sun Bayi, qui a publié une chanson juste après la polémique contenant des passages du 19e Congrès national du Parti communiste chinois. La seconde opinion publiée le même jour est nettement moins nuancée, et met en cause l’existence même d’un hip-hop chinois[36]. Selon ce dernier article, le rap étant né aux États-Unis au sein de la communauté afro-américaine, il ne serait pas adapté à la situation chinoise, qui ne connait ni racisme ni discriminations sociales, tandis que rien ne pourrait s’apparenter en Chine à la culture « gangsta ». Cette vision culturaliste de la sous-culture rap, et fondamentalement ignorante de la société chinoise, sert de prétexte à une future interdiction du hip-hop en Chine. Tandis que le premier article entend garder la possibilité d’un rap aux caractéristiques de la Chine, en prenant pour modèle CD Rev et Sun Bayi, la seconde nie la pertinence du hip-hop en terres chinoises. Le 9 janvier 2018, un nouvel article, qui fait à nouveau état de la popularisation du rap[37], tente de réconcilier les deux points de vue, en affirmant que « même si le hip-hop est un produit de la culture afro-américaine, cela ne veut pas dire que cela ne peut pas parler des expériences du peuple en Chine », tout en prenant à parti PG One et GAI, leur préférant Duo Li Gang (多力岗) et Su Han (宿涵) qui ont mis en ligne une chanson produite par l’université Tsinghua, intitulée « Tsinghua Tao » (Shui mu dao 水木道)[38].

Le 18 janvier 2018, le Global Times annonce que le rappeur GAI ne participera pas au prochain épisode de télé-crochet « I Am a Singer »[39], ce qui est confirmé le 21 janvier par un nouvel article, qui annonce une censure plus large du hip-hop dans les médias chinois, ajoutant que la rappeuse VaVa, également participante de « The Rap of China », avait été coupée de manière précipitée au montage de l’émission « Happy Camp » (Kuaile dabenying 快乐大本营) diffusée sur Hunan TV[40]. Si nous n’avons pas malheureusement accès au processus de décision qui a abouti à la disparition des ondes et des plateformes de vidéos en ligne du hip-hop chinois à partir du 19 janvier 2018, une analyse des prises de positions dans la presse officielle chinoise précédant les consignes supposées prises par la SAPPRFT nous amène à penser que différentes positions coexistaient au sein des instances officielles, concernant notamment certains groupes de rap soutenus par les autorités – CD Rev, produit par la Ligue de la jeunesse communiste, ou Sun Bayi – mais la popularité croissante des groupes « déviants », ainsi que les nombreuses critiques et moqueries de la part d’internautes vis-à-vis des groupes « rouges », ont dû prendre les autorités de court, et les ont incité à adopter des mesures drastiques et unilatérales.

Depuis janvier et l’annulation de la participation des rappeurs chinois à la télévision publique, de nouvelles formes de censure sont apparues sur l’Internet chinois. La dernière en date concerne les sites de live streaming (diffusion en direct sur internet) les plus populaires en Chine. Prenant au pied de la lettre les supposées recommandations de la SAPPRFT, le site YY.com a banni la diffusion de rap en direct, mais également les personnes portant des tatouages, dans le cadre d’un nouveau règlement du site publié le 26 janvier 2018[41]. La nouvelle victime se nomme « hanmai » (喊麦), littéralement « crier dans le micro », une variante du hip-hop issue du nord-est de la Chine, où un internaute chante en direct sur un rythme basique. Soixante-dix-sept chansons ont été ainsi supprimées du site, et certains internautes, comme la star de hanmai MC Tianyou (MC 天佑), ont été forcés de changer de nom, le terme de « MC » (Master of Ceremony) étant ordinairement réservé aux rappeurs[42]. Bien que le hanmai soit un genre très décrié au sein du hip-hop chinois, qui y voit une version « bas de gamme » et rurale du rap, les plateformes de diffusion de vidéos en ligne ont pris les devants en interdisant un style musical pouvant ressembler au hip-hop, anticipant une intervention potentielle des organes officiels de la censure.

Conclusion

Par bien des aspects, le parcours du hip-hop chinois semblait aller vers la reconnaissance populaire ainsi que sa cooptation par le pouvoir chinois. Au départ underground, le hip-hop s’est développé dans les marges de la société chinoise tout au long des années 1990 et 2000, avant d’accéder à la notoriété grâce à la participation de certains rappeurs à des émissions populaires de télé-crochet. Les rappeurs les plus controversés commençaient également, à l’instar de GAI, à donner des gages de bonne conduite aux autorités, tandis que certains groupes de rap – très critiqués par leurs pairs – assumaient sans complexe un point de vue similaire à celui du Parti. La censure a eu pour effet de rappeler au milieu culturel chinois son existence, et de réaffirmer le fait que la popularité d’un style de musique ne pouvait le dispenser d’être en phase avec les injonctions des autorités. Viser le hip-hop en pleine ascension permet également de rappeler aux acteurs culturels les directives prises par Xi Jinping concernant les « énergies positives » que doit mettre en œuvre l’industrie culturelle[43]. Plus généralement, le hip-hop en tant que culture populaire comportant des aspects subversifs, a également fait polémique dans d’autres contextes politiques : par exemple en France en 1997, les rappeurs du groupe français NTM sont condamnés à deux mois d’emprisonnement avec sursis pour des propos visant la police (Laroche 2016), tandis qu’en février 2018, le rappeur Sofiane est lui condamné à quatre mois de prison avec sursis pour le tournage d’un clip vidéo ayant bloqué une autoroute[44]. Cette polémique nous incite également à repenser les sous-cultures en Chine contemporaine, ainsi que la notion de « caractéristiques chinoises » appliquée à des formes culturelles importées de l’étranger, comme les articles du Global Times le laissent à penser. Ces accusations de « récupération » ou d’ « appropriation culturelle » ne sont pas nouvelles, des interrogations identiques ayant par exemple secoué le hip-hop au Japon dans les années 1990, comme le rappelle Ian Condry[45]. Depuis, le hip-hop s’est durablement implanté au Japon, où il est une des musiques les plus populaires, après un long passage dans l’underground où il a acquis une réputation subversive. La prééminence du Parti communiste chinois semble néanmoins freiner la popularisation massive du hip-hop – mais jusqu’à quand ? – qui se trouve forcé de retourner dans l’underground de ses débuts pour continuer à exister, mais le retour récent de GAI dans son nouveau clip vidéo « Endless Flow » (« 长河 » – « Changhe ») pour promouvoir la marque d’alcool de Chongqing Jiang Xiaobai (江小白), semble montrer que les rappeurs n’ont pas dit leur dernier mot[46].

 

Nathanel Amar est postdoctorant à la Society of Fellows in the Humanities de l’Université de Hong Kong.

 

Notes

[1] « China’s Fledgling Hip-Hop Culture Faces Official Crackdown », BBC News, 24 janvier 2018, http://www.bbc.com/news/blogs-china-blog-42800032 (consulté le 21 février 2018).

[2] « En Chine, l’avenir incertain du hip-hop », L’Express, 22 janvier 2018, https://www.lexpress.fr/culture/musique/en-chine-l-avenir-incertain-du-hip-hop_1978238.html (consulté le 21 février 2018).

[3] Casey Quackenbush et Aria Hangyu Chen, « ‘Tasteless, Vulgar and Obscene.’ China Just Banned Hip-Hop Culture and Tattoos From Television », Time, 22 janvier 2018, http://time.com/5112061/china-hip-hop-ban-tattoos-television/ (consulté le 21 février 2018).

[4] La « culture de la démotivation » a été mise à l’index le 17 août 2017 par le Quotidien du Peuple, voir Zeng Yuli, « Turn Off, Drop Out: Why Young Chinese Are Abandoning Ambition », in Sixth Tone, 27 juin 2017, http://www.sixthtone.com/news/1000407/turn-off%2C-drop-out-why-young-chinese-are-abandoning-ambition (consulté le 21 février 2018).

[5] « 总局提出节目嘉宾标准:格调低纹身嘻哈文化不用 » (« Zongju tichu jiemu jiabin biaozhun : ge tiaodi wenshen xiha wenhua buyong », « L’office central promulgue les standards pour les invités dans les programmes : la fin du hip-hop et des tatouages »), 新浪娱乐 (Sinlang Yule, Sina), 19 janvier 2018, http://ent.sina.com.cn/tv/zy/2018-01-19/doc-ifyquptv7935320.shtml (consulté le 21 février 2018).

[6] Tom Ireland, « Hip-Hop’s Ancient Predecessor: Shuochang », The World of Chinese, 7 décembre 2011, http://www.theworldofchinese.com/2011/07/hip-hops-ancient-predecessor-shuochang/ (consulté le 21 février 2018).

[7] 何其原 (He Qiyuan), « 直击陈冠希审核魔鬼我都喜欢, 也不知更喜欢哪一个 » (Zhiji Chen Guanxi shenhe mogui wo dou xihuan, ye bu zhi geng xihuan na yige, Facing Edison Chen God and the Devil I Like Them Both), 摩登空天 (Modern Sky), Vol. 13, 2017, p. 52-83.

[8] 黄维 (Huang Wei), « 文化部首次公布120首网络音乐产品黑名单 将依法查处 » (Wenhuabu shouci gongbu 120 shou wangluo yinyue chanpin heimingdan jiang yifa chachu, Le ministère de la Culture a publié une liste noire de 120 chansons sur internet qui seront plus tard examinées selon la loi), 人民日报 (Le Quotidien du Peuple), 10 août 2015, http://culture.people.com.cn/n/2015/0810/c87423-27439050.html (consulté le 21 février 2018).

[9] Ibid.

[10] Tiffany Ap, « China’s Online Ban Against ‘Fart’ and 119 other ‘Immoral’ Songs », CNN, 12 août 2015, https://edition.cnn.com/2015/08/12/asia/china-song-ban/index.html (consulté le 21 février 2018).

[11] Jamie Fullerton, « China’s Hip-hop Stars Feel the Heat of Xi Jinping’s Battle to Control Culture », The Guardian, 5 février 2016, https://www.theguardian.com/world/2016/feb/05/chinas-hip-hop-stars-feel-the-heat-of-xi-jinpings-battle-to-control-culture (consulté le 21 février 2018).

[12] Tom Phillips, « Publishers Under Pressure as China’s Censors Reach for Red Pen », The Guardian, 13 novembre 2015, https://www.theguardian.com/world/2015/nov/13/china-censorship-xi-jinping-authors-publishers (consulté le 21 février 2018).

[13] Rob Schmitz, « Chengdu Emerges as a New Home for Chinese Hip-Hop », NPR Music, 1er février 2018, https://www.npr.org/2018/02/01/576819311/chengdu-emerges-as-a-new-home-for-chinese-hip-hop (consulté le 21 février 2018).

[14] La vidéo YouTube (non accessible en Chine) de « WeChat », cumule 5,2 millions de vues.

[15] Celle de « Made In China » cumule quant à elle 8,8 millions de vues sur YouTube.

[16] Lauren Teixeira, « Higher Brothers Are Chinese Hip-Hop’s Greatest Hope », Noisey, 28 janvier 2018, https://noisey.vice.com/en_us/article/xw4bkn/higher-brothers-profile-chinese-hip-hop (consulté le 21 février 2018).

[17] Fei Lu, « Why Higher Brothers Wasn’t Censored By China’s Government », The Paper, 23 janvier 2018, http://www.papermag.com/higher-brothers-china-censorship-2528064793.html (consulté le 21 février 2018).

[18] « 能做商业,谁他妈愿意做地下:和重庆说唱歌手 GAI 一起“超社会” » (Neng zuo shangye, shei tama yuanyi zuo dixia : he Chongqing shuochang geshou GAI yiqi “Chao shehui”, Si on pouvait faire de l’argent, qui aurait envie de faire du putain d’underground : on fait du gangsta avec le rappeur de Chongqing GAI), Noisey, 15 octobre 2015, http://noisey.vice.cn/read/interview-with-rappeur-gai (consulté le 21 février 2018).

[19] Ibidem.

[20] Voir « 从水浒到嘻哈:说唱文化与中国江湖 » (Cong Shuihu dao xiha : shuochang wenhua yu Zhongguo jianghu, De Au bord de l’eau au hip-hop : la culture du rap et le jianghu chinois), 界面文化 (Jiemian Wenhua), 2 septembre 2017, http://www.sohu.com/a/169030139_99897611 (consulté le 21 février 2018).

[21] Alex Linder, « ‘Stupid laowai’: Chengdu rapper comes out with incredibly racist diss track against foreigners », Shanghaiist, 14 août 2017, http://shanghaiist.com/2017/08/14/stupid-laowai.php (consulté le 21 février 2018).

[22] Meng Yaping, « ‘The Rap of China’ turns underground music into mainstream hits », CGTN, 23 juillet 2017, https://news.cgtn.com/news/3d4d444e3567444e/share_p.html (consulté le 21 février 2018).

[23] Zhang Xingjian, « Chinese pop star’s freestyle becomes instant buzzword », China Daily, 7 juillet 2017, http://www.chinadaily.com.cn/life/2017-07/07/content_30030625_2.htm (consulté le 21 février 2018).

[24] « Nique le DPP, nique Tsai-Ing Wen, êtes-vous prêts pour la suite ? Taiwan n’est pas un pays, au mieux une province, s’il-te-plaît n’y pense même pas […] Il y a une seule Chine, HK, Taiwan, ce sont mes compatriotes ».

[25] Par exemple Tom Phillips, « Chinese Officials Hire Gangsta Rappers to Boost China’s Image Abroad », The Guardian, 30 juin 2016, https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/chinese-officials-hire-gangsta-rappeurs-to-boost-chinas-image-abroad ; Javier C. Hernández, « Propaganda With a Millenial Twist Pops Up in China », The New York Times, 31 décembre 2016, https://www.nytimes.com/2016/12/31/world/asia/china-propaganda-communist-party-millennials.html (consulté le 21 février 2018).

[26] Voir le message original en chinois de la Ligue de la jeunesse communiste : https://www.weibo.com/3937348351/FCO4auXuV?from=page_1001063937348351_profile&wvr=6&mod=weibotime&type=comment#_rnd1518432363965 (consulté le 21 février 2018).

[27] En décembre 2017 le groupe de punk SMZB et le groupe de métal Voodoo Kungfu avait déjà fait l’objet de telles critiques, voir Nathanel Amar, « Piece of garbage complains to China’s Bureau of Culture regarding punk legends SMZB », Unite Asia, 19 janvier 2018, https://uniteasia.org/piece-garbage-complains-chinas-bureau-culture-regarding-punk-legends-smzb/ (consulté le 21 février 2018).

[28] « Why Hip-Hop Scares the Chinese Communist Party », The Economist, 25 janvier 2018, https://www.economist.com/news/china/21735605-criticised-his-coarse-lyrics-rappeur-china-blames-influence-black-music-why-hip-hop (consulté le 21 février 2018).

[29] Voir le message publié sur Weibo par PG One : https://www.weibo.com/1875781361/FCOmqdspA?from=page_1005051875781361_profile&wvr=6&mod=weibotime&type=comment (consulté le 21 février 2018).

[30] Jiayun Feng, « Report: China to Ban Tattoos and ‘Hip-hop Culture’ from TV Shows », Sup China, 19 janvier 2018, http://supchina.com/2018/01/19/china-bans-tattoos-and-hip-hop-culture-from-tv-shows/ (consulté le 21 février 2018).

[31] La copie de la recommandation de la SAPPRFT n’a pas été confirmée par l’organe en question, citée dans « 总局提出节目嘉宾标准:格调低纹身嘻哈文化不用 », op. cit., http://ent.sina.com.cn/tv/zy/2018-01-19/doc-ifyquptv7935320.shtml (consulté le 21 février 2018).

[32] Michael Wines, « Loosening Rules, China Allows Facial and Neck Tattoos to Join Army », The New York Times, 2 novembre 2011, http://www.nytimes.com/2011/11/03/world/asia/china-loosening-rules-lets-tattoos-into-army.html (consulté le 21 février 2018).

[33] « The Rise of Chinese Hip-Hop: From Underground to Mainstream », Global Times, 18 décembre 2017 http://www.globaltimes.cn/content/1080811.shtml (consulté le 21 février 2018).

[34] « Chinese Rapper Apologizes for Lewd Lyrics, Blames ‘Black Music’ », Global Times, 4 janvier 2018 http://www.globaltimes.cn/content/1083357.shtml (consulté le 21 février 2018).

[35] Zhang Yiqian, « China’s Patriotic Hip-Hop Quickly Gains Steam as Rappers Repent Past Deviations », Global Times, 8 janvier 2018, http://www.globaltimes.cn/content/1083843.shtml (consulté le 21 février 2018).

[36] Ai Jun, « Scandal Shows Hip-Hop Cannot Thrive in China », Global Times, 8 janvier 2018, http://www.globaltimes.cn/content/1083903.shtml (consulté le 21 février 2018).

[37] Huang Tingting, « Once-Marginalized Hip-Hop Culture is Becoming One of China’s Hottest Trends », Global Times, 9 janvier 2018, http://www.globaltimes.cn/content/1084014.shtml (consulté le 21 février 2018).

[38] Un « hit » selon le Global Times, qui n’a attiré que quelques dizaines de milliers de vues sur le net chinois.

[39] « Chinese Rapper GAI Removed From Singing Show ‘Singer’: Reports », Global Times, 18 janvier 2018, http://www.globaltimes.cn/content/1085543.shtml (consulté le 21 février 2018).

[40] « Hip-hop’s Prospects in China Seem Dim after Chinese Rappers Removed from TV Shows », Global Times, 21 janvier 2018, http://www.globaltimes.cn/content/1085836.shtml (consulté le 21 février 2018).

[41] « 77首喊麦歌曲被禁,MC天佑阿哲被迫改名,1000余名主播被封,喊麦将步嘻哈后尘 ? » (77 shou hanmai gequ bei jin, MC Tianyou A Zhe beipo gaiming, 1000 yu ming zhubo bei feng, hanmai jiang bu xiha houchen, Censure de 77 chansons hanmai, MC Tianyou a été forcé de changer son nom, 1000 utilisateurs ont été supprimés, le hanmai suit-il les pas du hip-hop ?), 网络大电影 (Wangluo da dianying), 27 janvier 2018, https://mp.weixin.qq.com/s/z86ZkxQF8IuqDX1YjpCseQ (consulté le 21 février 2018).

[42] Fan Shuhong, « 77 Songs Banned on YY.com With New Regulations », RadiiChina, 2 février 2018, https://radiichina.com/77-songs-banned-on-yy-com-with-new-regulations/ ; Kenrick Davis, « China’s Hip-Hop Haters Turn Their Ire to ‘Hanmai’ », Sixth Tone, 30 janvier 2018, http://www.sixthtone.com/news/1001631/chinas-hip-hop-haters-turn-their-ire-to-hanmai (consulté le 21 février 2018).

[43] An Baijie, « Xi Urges Artists to Focus on the People », China Daily, 28 septembre 2017, http://www.chinadaily.com.cn/china/2017-09/28/content_32580095.htm (consulté le 21 février 2018).

[44] « Le rappeur Sofiane condamné à quatre mois de prison avec sursis pour un clip sur l’autoroute », Le Monde, 5 février 2018, http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/02/05/le-rappeur-sofiane-condamne-a-quatre-mois-de-prison-avec-sursis-pour-un-clip-sur-l-autoroute_5252183_1653578.html (consulté le 23 février 2018).

[45] « Jusqu’au milieu des années 1990, les personnes qui travaillaient dans le monde du divertissement mettaient en avant l’enracinement du hip-hop au sein des communautés afro-américaines comme une raison de douter de son possible essor au Japon, où des compréhensions différentes de la race, du langage et de la classe sociale prévalaient » (Condry, 2006 : 11-12).

[46] Fan Shuhong, « GAI Returns with “Endless Flow” After Being Banned from Chinese TV » in RadiiChina, 9 mars 2018, en ligne : https://radiichina.com/gai-returns-with-endless-flow-after-being-banned-from-chinese-tv/ (consulté le 9 avril 2018).

 

Références

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