Dossier : La concentration dans l’industrie chinoise
Concentration et émergence des groupes dans l’industrie chinoise

Toutes les économies
des pays industrialisés ont connu depuis le début
du siècle plusieurs périodes intenses de concentration
de leurs unités industrielles. Certains facteurs expliquant
la concentration sont inhérents au développement de
l’économie de marché, comme par exemple le progrès
technique, mis en lumière par J. Schumpeter ou par l’historien
des firmes R. Sobel (1), et s’imposent de ce fait à
toutes les nations industrialisées. D’autres facteurs,
en revanche, sont ancrés dans l’histoire du développement
de chaque économie nationale : la volonté politique,
par exemple, en France (2) ou en Italie (3) dans les années
d’après-guerre avec la promotion de grands groupes nationalisés,
ou en Corée du Sud (4) avec la création des chaebols
dans les années 1960 et 1970 ; ou bien encore la concentration
issue de la rationalisation des entreprises artisanales et familiales
qui a suivi une histoire très différente selon les
pays, comme en témoigne l’exemple du Japon avec ses
groupes de dimension réduite mais qui reposent sur des réseaux
de sous-traitance extrêmement élaborés (5).

La Chine constitue de ce point de vue une anomalie,
même parmi les anciens pays du bloc socialiste. Certes, un
examen des politiques économiques montre qu’à
différents moments depuis 1949, l’administration chinoise
a souhaité créer de grands groupes industriels : une
première fois entre 1953 et 1957, puis entre 1961 et 1966,
une nouvelle fois à la fin des années 1970 et de manière
quasi constante depuis le milieu des années 1980. Mais pour
des raisons tenant à son histoire politique et économique,
l’industrie chinoise est restée, jusqu’à
très récemment, à l’abri des mouvements
de concentration. La Chine détient de tristes records mondiaux
en matière de fragmentation de son tissu industriel. Des
milliers de producteurs, de taille sous-dimensionnée, fabriquant
les même produits, sont répartis aux quatre coins du
pays : la Chine compte par exemple 8 000 producteurs indépendants
de ciment (on n’en recense qu’un peu plus de 1 500 à
l’échelle mondiale) (6) ; 123 producteurs d’automobiles,
1 500 aciéries (7), etc. En 1994, les 500 premiers groupes
chinois ne représentaient que 16 % du PIB, soit bien moins
que dans les pays industrialisés où les 500 premières
entreprises représentent en général au moins
30 % du PIB. La plus grande entreprise chinoise, la société
pétrolière de Daqing, avait un chiffre d’affaires
de 3,6 milliards de dollars américains en 1996, soit la moitié
de celui de la dernière firme figurant dans le classement
du magazine américain Fortune qui répertorie
les 500 plus grandes entreprises mondiales. Baogang, la première
aciérie chinoise, ne représentait (avant les dernières
fusions du mois de novembre 1998) qu’un dixième du géant
japonais Nippon Steel en terme de chiffre d’affaires (8).

Face à ce constat, les autorités
chinoises ont, depuis le début des années 1990, redoublé
d’efforts pour faciliter la concentration dans l’industrie
et promouvoir des groupes d’une dimension internationale. Cette
volonté a été relayée dans tous les
médias chinois et étrangers avec l’annonce d’un
projet visant à faire entrer plusieurs groupes nationaux
chinois parmi les 500 premières firmes mondiales du classement
de Fortune. Qu’en est-il véritablement aujourd’hui
? Sommes-nous une nouvelle fois devant une rhétorique politique
sans réelle évolution sur le terrain, ou bien assistons-nous
au contraire à une véritable rupture ? Si tel est
le cas, quels sont les facteurs qui ont évolué pour
créer un terrain favorable à la concentration dans
l’industrie chinoise ? Comment procède cette concentration
: est-elle le résultat d’un processus de sélection
des entreprises en fonction de leur efficacité sur le marché,
ou bien s’agit-il simplement de replâtrages et de collages
pilotés par l’administration dans le but d’éviter
des faillites trop coûteuses sur le plan social ? Enfin, quels
types de groupes sont en train d’émerger : avons-nous
affaire à de nouveaux types d’acteurs représentant
des pouvoirs économiques plus indépendants que par
le passé et qui ont — ou auront — une signification
importante dans l’économie, la politique et la société
chinoises à l’image du développement des zaibatsu
japonais au début du siècle ou des chaebols
en Corée ou des groupes taiwanais depuis le début
des années 1960 pour ne citer que des pays asiatiques ? Autant
de questions auxquelles il nous a semblé important de répondre
car elles débouchent sur une analyse des blocages et des
transformations qui sont à l’œuvre dans l’économie
chinoise depuis le début des années 1990.

Le legs de la période maoïste

La vision maoïste de l’organisation
économique qui a perduré bien au delà de la
mort de son géniteur était, comme dans tous les autres
pays socialistes, une vision essentiellement fonctionnaliste. Mais,
à la différence de la conception russe qui privilégiait
les grandes unités de production, ou de celle de l’Allemagne
de l’Est qui créa ses grands Konzern durant les
années 1970 (9), elle se doublait d’une préoccupation
d’autonomie locale en matière de production. Ainsi non
seulement chaque ministère disposait de ses propres entreprises,
mais chaque province, parfois même chaque municipalité
devait se doter d’un appareil de production aussi complet que
possible. La période de création des entreprises du
« troisième front » dans les provinces de l’intérieur
qui s’étala du début des années 1960 jusqu’au
milieu des années 1970 ne fit que renforcer ce phénomène
d’éclatement des structures industrielles et de duplication
des investissements (10).

Le lancement des réformes à la
fin des années 1970 n’a pas vraiment apporté
de modifications. Les responsables provinciaux et locaux ont été
jugés non plus uniquement sur leur fidélité
politique mais également sur leur capacité à
développer l’industrie locale. De ce point de vue, leur
mainmise sur les circuits financiers locaux (notamment sur les filiales
provinciales de la Banque populaire de Chine qui joue le rôle
de banque centrale) leur a permis de se lancer dans une industrialisation
à tout va sans se préoccuper des effets à l’échelon
national de la duplication des investissements. Alors que ce phénomène
ne concernait que l’industrie lourde avant les réformes,
il s’est étendu à toutes les nouvelles industries
de consommation qui se sont développées rapidement
à partir de 1978. Ce phénomène a été
accentué par les différentes vagues de décentralisation
dans la gestion des entreprises d’Etat. A partir du milieu
des années 1980, et à l’exception des plus grandes
entreprises du pays qui sont restées sous l’autorité
directe des ministères, la gestion des entreprises d’Etat
a été transférée aux autorités
municipales. Par ailleurs, la reconversion des industries militaires
et des unités du « troisième front » ont
également alimenté la duplication des investissements.
La mise en place des réformes économiques a renforcé
la responsabilité morale du gouvernement chinois vis-à-vis
de ces entreprises, en raison de leur contribution nationale chèrement
payée durant la Révolution culturelle. Devant leurs
difficultés financières et leur incapacité
structurelle à dégager des profits (conditions d’approvisionnement,
débouchés, conditions de vie des employés,
etc.), les ministères et les provinces leur ont accordé,
à partir de 1978, de larges facilités de financement
pour l’achat d’équipements étrangers, notamment
dans l’industrie légère (11). Cette reconversion
s’est néanmoins déroulée de manière
aveugle. Une étude recensait en 1987 un peu plus de 1 000
filiales créées par les anciennes entreprises du «
troisième front » opérant dans le seul secteur
de l’électronique dans les zones économiques
spéciales (12).

Cette multiplication rapide des unités
industrielles est restée sans grandes conséquences
jusqu’au milieu des années 1990, dans la mesure où
la croissance exponentielle de la demande, si l’on excepte
le retournement de conjoncture entre 1989 et 1991, permettait à
des entreprises de petite taille, même mal gérées
et opérant le plus souvent à l’abri d’un
protectionnisme local, de grignoter des parts de marché suffisantes
pour survivre. De ce point de vue, les années 1990 marquent
un tournant important dans l’organisation industrielle. Plusieurs
facteurs convergent en effet pour favoriser la concentration de
l’appareil industriel.

Une économie durablement contrôlée
par la demande

A l’exception de quelques secteurs, les
marchés sont désormais dominés par la demande
et non plus par l’offre comme cela était le cas entre
1978 et la fin des années 1980. Ce phénomène
constitue une des évolutions majeures de ces dernières
années dans l’économie chinoise. Il est le résultat
direct de la duplication des investissements durant les années
1980 que nous décrivions plus haut et qui a conduit à
un morcellement des structures industrielles tout en générant
d’immenses excédents de capacité de production
dans l’industrie nationale. La relance des réformes
par Deng Xiaoping en 1992 a accentué ce phénomène
avec l’ouverture des mannes à crédits qui a débouché
sur des surinvestissements et des pressions inflationnistes dès
1993. Ce n’est qu’avec la mise en place, fin 1993, d’une
politique anti-inflationniste par Zhu Rongji (alors vice-premier
ministre et gouverneur de la banque centrale) pour refroidir la
machine économique, que les excédents de production
et les problèmes de la duplication des investissements sont
finalement apparus au grand jour. Par ailleurs, la saturation du
taux d’équipement des ménages urbains et la montée
des incertitudes liée à la croissance du chômage,
aux restructurations du secteur d’Etat et à la privatisation
de l’éducation, des logements et de la protection sociale,
ont contribué au ralentissement conjoncturel provoqué
par la politique anti-inflationniste de Zhu Rongji. Au milieu des
années 1990, les entreprises se sont trouvées dans
une économie où, dans la plupart des secteurs, les
marchés étaient désormais dominés par
la demande. Comme le montre le tableau
1
, le dernier recensement des entreprises industrielles mené
en 1995 révélait d’immenses excédents
de capacité de production dans l’industrie chinoise.

Dans ce contexte, la concurrence s’est
considérablement accentuée entre les entreprises opérant
sur les mêmes marchés. Dans certains secteurs, comme
l’industrie légère (électroménager
et électronique grand public) ou les matériaux de
construction (acier, ciment, verre), on a assisté au développement
d’une concurrence acharnée dès le début
des années 1990. Certaines entreprises, qui n’étaient
pas forcément parmi les plus connues ni les plus favorisées
par l’Etat durant les années 1980, se sont lancées
dans une véritable guerre des prix et ont concentré
leurs efforts sur l’amélioration de la qualité
des produits et des services après-vente, ainsi que sur le
développement agressif de leur réseau de distribution
sur l’ensemble du territoire. Le but était de déclencher
un cycle vertueux bien connu dans la croissance d’une entreprise,
à savoir d’augmenter ses parts de marché et d’engranger
ainsi des économies d’échelle permettant d’accroître
les bénéfices, puis de les réinvestir dans
de nouveaux investissements pour sortir de nouveaux produits ou
augmenter la qualité tout en continuant les guerres de prix.
Ce cycle a à nouveau débouché sur une augmentation
des parts de marché.

Cette stratégie a été
appliquée au début des années 1990 par des
entreprises dont la réputation ne dépassait pas, bien
souvent, les limites de la province où elles étaient
établies, mais elle leur a permis, en l’espace de quelques
années, de devenir les « stars » de l’industrie
chinoise : Haier (pour l’électroménager), Konka
et Changhong (pour les téléviseurs), Huabao (pour
les climatiseurs) ont ainsi réussi à se forger une
réputation à l’échelle nationale. En revanche,
les résultats ont été désastreux pour
la grande majorité des entreprises qui n’ont pas réussi
à s’adapter à cette concurrence. Avec un financement
essentiellement fondé sur le crédit bancaire, les
entreprises incapables d’augmenter leur part de marché
se sont retrouvées très rapidement dans l’impossibilité
de faire face à leurs remboursements et ont dû s’endetter
encore plus pour continuer à survivre. Elles forment désormais
cette cohorte d’entreprises d’Etat déficitaires,
soutenues à bout de bras par le secteur bancaire, et que
le gouvernement cherche à restructurer ou à fermer
quand la situation sociale le lui permet. Ce passage d’un marché
dominé par l’offre dans les années 1980 à
un marché dominé par la demande au début des
années 1990 et la mise en place de stratégies concurrentielles
par certaines entreprises ont donc constitué de puissants
facteurs poussant à la concentration dans l’industrie.
Il semble désormais impossible que l’ensemble des acteurs
présents durant les années 1980 puissent survivre
dans un tel environnement concurrentiel, dans la mesure où
le gouvernement central cherche à mieux contrôler les
circuits de financement des entreprises qui ont été
identifiées, à juste titre, comme les principaux véhicules
de la duplication des investissements durant les années 1980.

Reprise en main des circuits de financement
par le centre

Le programme de refroidissement de l’économie
mis en place fin 1993 marque également le début d’une
recentralisation des circuits de financement des entreprises. La
réforme fiscale de 1994 et surtout le contrôle plus
sévère sur les quotas de crédits alloués
aux provinces par la banque centrale ont considérablement
diminué la possibilité pour les autorités locales
de subventionner l’industrie locale. La récente réforme
visant à réduire progressivement de 31 à 12
le nombre des filiales provinciales de la banque centrale s’inscrit
également dans cette volonté de rompre l’allégeance
des banques aux pouvoirs politiques locaux. Par ailleurs, la réforme
consistant à transformer les quatre grandes banques d’Etat
en banques commerciales vient également renforcer le contrôle
exercé par le centre sur les circuits de financement. Les
représentants provinciaux des quatre grandes banques commerciales
sont désormais directement nommés par les sièges
à Pékin afin d’éviter les collusions avec
les autorités politiques locales. Les grandes banques d’Etat
sont également tenues d’augmenter leurs bénéfices
et de «nettoyer leur bilan» en limitant les mauvaises
dettes. Celles-ci cherchent ainsi, bien que de manière insuffisante,
à développer des compétences en matière
d’analyse du risque. Dans ce contexte, elles sont de plus en
plus réticentes à prêter de l’argent à
des entreprises déjà lourdement endettées.
Les entreprises, de leur côté, sont tenues, depuis
1996, de ne dépendre que d’une seule banque (système
de la banque principale, appelé zhuban yinghang) et
de fermer leurs comptes dans les autres banques (13). Elles sont
également soumises à une évaluation de leur
situation financière par des sociétés d’audit
ou des agences de classement copiées (même maladroitement)
sur le modèle américain. Durant l’année
1997, après la mise en place de cette mesure, quelque 2 000
grandes et moyennes entreprises d’Etat de Shanghai ont été
auditées et classées en fonction de leur situation
financière ; elles se sont en outre vu remettre un «certificat
de prêt» récapitulant leur historique en matière
de crédits, document qu’elles devront présenter
à leur banque pour toute nouvelle demande de prêts
(14).

Certaines de ces mesures, bien sûr, ne
sont souvent que des effets d’annonce de la propagande gouvernementale
et resteront lettres mortes devant les difficultés à
les mettre en œuvre. Malgré une efficacité limitée,
elles constituent néanmoins une rupture importante avec les
années 1980 pour les autorités locales et les entreprises
qui voient leurs contraintes budgétaires se durcir. Dans
un marché dominé par la demande, il est désormais
beaucoup plus difficile pour les autorités locales non seulement
de se lancer dans des projets industriels où la demande est
déjà saturée ou dominée par des producteurs
efficaces dans d’autres provinces, mais aussi de soutenir les
entreprises locales qui n’ont pas réussi à se
moderniser et à s’adapter à la concurrence. Les
grandes banques d’Etat continuent certes de subventionner sous
forme de crédits les entreprises non rentables de la région,
mais elles le font sur ordre des autorités centrales pour
assurer la stabilité sociale. Il n’est plus question
pour les banques, comme dans les années 1980, d’accorder
aux entreprises déficitaires des prêts pour des achats
de matériel de production ou autres projets d’investissements
coûteux. Les crédits bancaires accordés aux
entreprises déficitaires sont désormais alloués
au compte goutte afin de diminuer le coût social de la transition
face à un système de protection sociale déficient,
dans l’attente que ces entreprises soient privatisées
(principalement par la vente des actions aux chefs d’entreprises
et aux employés), fusionnées ou, pour une minorité
d’entre elles, mises en faillite. Cette volonté de recentraliser
les circuits de financement, aussi imparfaite soit-elle, constitue
un facteur supplémentaire venant alimenter les pressions
en faveur de la concentration dans l’industrie chinoise.

Clarification des droits de propriété

Dans un tel contexte, les dirigeants chinois
se sont également très vite rendu compte qu’il
était impossible de réformer l’organisation industrielle
sans modifier le régime de propriété. La «
propriété du peuple tout entier » (quanmin
suoyouzhi
), telle qu’elle était définie dans
le droit chinois, ainsi que les différentes vagues de décentralisation
de la gestion des entreprises, rendaient très difficile l’identification
d’un seul propriétaire à l’intérieur
même de la bureaucratie. En d’autres termes, une entreprise
d’Etat de la région de Shanghai était-elle la
propriété de l’ensemble du peuple chinois ? Des
habitants de Shanghai ? De la municipalité shanghaïenne
qui en avait reçu la gestion, ou bien d’un des bureaux
industriels de cette même municipalité ? Comme le montre
bien l’article de T. Murakawa (voir l’article suivant
dans ce numéro) sur la constitution du groupe automobile
n°1 de Changchun, il devenait particulièrement difficile
de concilier les intérêts des différentes bureaucraties
et la logique du marché. Les questions tenant à la
distribution des bénéfices et au paiement des impôts
ont constitué des obstacles souvent insurmontables dans la
constitution d’un groupe, les municipalités étant
particulièrement peu enclines à laisser partir des
entreprises, surtout les plus viables financièrement. La
« non réforme des trois caractéristiques »
(san bu bian), comme elle était nommée communément
dans la presse économique chinoise durant les années
1980, à savoir le régime de la propriété,
la dépendance tutélaire vis-à-vis des administrations
locales et le régime financier, ont donc freiné considérablement
la constitution de groupes jusqu’à une époque
très récente (15). Pour ces raisons, la clarification
des droits de propriété qui a été inscrite
comme une des priorités économiques des réformes
à partir du XIVe congrès du Parti communiste en 1992,
puis réaffirmée avec force lors du XVe congrès
à l’automne 1997, a permis de débloquer un certain
nombre de problèmes relatifs à la propriété,
offrant ainsi un terrain plus favorable à la concentration.
La première modification de taille a été la
transformation des entreprises d’Etat en sociétés
par actions. Bien que ce processus procède lentement dans
les provinces de l’intérieur, la quasi-majorité
des entreprises d’Etat des grandes villes du littoral sont
désormais constituées en sociétés par
actions. Parallèlement, les municipalités ont délégué
l’exercice des droits de propriété à une
ou plusieurs sociétés de gestion des actifs de l’Etat
(16) (guoyouzichan guanli gongsi), voire même directement
à des grandes entreprises qui contrôlaient déjà
de facto plusieurs établissements. Concernant la concentration,
même si ces réformes restent encore très largement
insuffisantes dans la mesure où les administrations continuent
bien souvent de piloter les regroupements sur le plan administratif,
elles ont néanmoins le mérite de clarifier les droits
de propriété en identifiant une seule entité
détentrice des droits de propriété dans la
bureaucratie, et non plusieurs comme cela était souvent le
cas auparavant. On peut même affirmer sans trop risquer de
se tromper, que ces mesures officialisent une situation de fait
existant déjà depuis longtemps dans l’économie
chinoise, à savoir la détention de l’exercice
des droits de propriété par les municipalités
(pour les PME d’Etat) et les ministères centraux (pour
les grandes entreprises), vidant ainsi définitivement de
son sens la notion de « propriété du peuple
tout entier », puisque la population ouvrière n’a
aucun moyen d’influencer la restructuration des actifs d’Etat,
et encore moins d’en bénéficier lorsqu’ils
sont vendus ou redistribués sous la forme d’actions
gratuites comme ce fut le cas dans plusieurs pays d’Europe
de l’Est. En dépit de son caractère inégalitaire,
cette réforme facilite les prises de participation puisqu’il
est désormais théoriquement possible d’acheter
ou de vendre une part ou la totalité du capital d’une
entreprise. Mais elle permet surtout une mesure claire du degré
de contrôle exercé par les différents propriétaires
sur une entreprise en fonction des parts de capital contrôlées.

De ce point de vue, toutes ces réformes
et évolutions représentent des ruptures de taille
dans la façon de concevoir l’organisation économique,
les rapports de propriété, le fonctionnement des marchés
et la stratégie des firmes. La combinaison de ces différents
facteurs ces dernières années a certes favorisé
la concentration, mais elle a aussi eu des incidences différenciées
selon les secteurs industriels.

Un niveau de concentration différencié
selon les secteurs industriels

L’analyse des taux de concentration montre
en effet des évolutions très contrastées selon
les secteurs industriels. Les chiffres dont nous disposons sont
issus du recensement des entreprises industrielles effectué
en 1995. Comme le montre le tableau
2
, sur les 25 principaux secteurs industriels, les parts de
marché des huit premières entreprises n’ont augmenté
que dans de très faibles proportions si l’on se réfère
à la moyenne sur l’ensemble des industries, passant
de 11,7 % à 12,2 %.

Ces chiffres souffrent cependant d’un
degré d’agrégation trop élevé.
Il aurait fallu descendre à un niveau plus précis
dans les nomenclatures statistiques pour montrer la diversité
des situations et analyser les évolutions non plus à
l’échelle sectorielle mais plutôt au niveau des
produits. Certains marchés ont été le théâtre
d’un processus de concentration rapide comme par exemple dans
l’électronique grand public (téléviseurs,
électroménager), secteur qui a connu une des concentrations
les plus élevées depuis 1990 (celui-ci n’apparaît
pas cependant pas dans le tableau
2
). Seul un examen complémentaire des différents
annuaires des industries concernées permet de compléter
les données du tableau 2
et de saisir les dynamiques de la concentration à un niveau
plus fin.

Deux variables ont été déterminantes
dans l’évolution de la concentration. D’un côté,
on trouve les secteurs proches des marchés finaux où
les choix des consommateurs et la concurrence ont conduit à
une sélection des entreprises et à un processus de
concentration rapide. C’est en particulier le cas dans l’électroménager
et l’électronique grand public. Dans le secteur des
téléviseurs, des machines à laver, des réfrigérateurs,
des climatiseurs ou des VCD, les dix plus grandes entreprises occupent
désormais une part de marché supérieure à
80 % (17). L’autre variable déterminante a été
la concentration géographique des industries. Plus une industrie
est concentrée dans un espace relativement réduit,
plus il a été facile de la réformer et de réaliser
des économies d’échelle en promouvant une concentration
orchestrée non plus uniquement par le marché mais
également par les autorités administratives.

L’industrie du tabac en Chine en est un
bon exemple. Essentiellement concentrée dans la province
du Yunnan, elle reste à ce jour l’industrie où
les projets de réforme et de restructuration décidés
au niveau national ont le plus abouti. En 1995, on dénombrait
près de 170 firmes d’Etat opérant dans l’industrie
du tabac sur le territoire chinois. L’administration du Monopole
d’Etat sur le tabac, qui sert de tutelle à l’industrie,
a décidé en 1995 de mettre sur pied un plan de restructuration
drastique en décidant de fusionner ou de fermer, en l’espace
de cinq ans, près de 50 entreprises, à commencer par
les plus petites, notamment celles dont la production annuelle ne
dépassait pas 5 milliards de cigarettes. Entre 1995 et 1997,
le mouvement de fermeture de ce type d’entreprises avait déjà
touché une dizaine entreprises (18). Même si le secteur
reste aujourd’hui encore largement déficitaire (près
de 40 à 50 % des entreprises perdent de l’argent), la
concentration géographique de l’industrie a permis une
coordination efficace et relativement simple entre le centre et
les autorités provinciales. L’augmentation de l’indice
de concentration dans cette industrie a été la plus
forte de toutes les industries chinoises (voir tableau
2
).

Par opposition, les secteurs éloignés
de la demande finale où les marchés sont restés
encore largement contrôlés par les autorités
administratives, la concentration a été relativement
faible depuis le début des années 1990. Il y a deux
explications probables : soit les effets de la concurrence n’ont
pas pu s’exprimer pleinement pour sélectionner les entreprises
les plus efficaces et pousser les autres à quitter le marché,
soit l’éclatement géographique des industries
a permis aux protectionnismes locaux de résister à
un processus de restructuration et de concentration à l’échelle
nationale pilotée par l’administration centrale. Les
plans de restructuration dans les secteurs où l’on a
dû mener des négociations à la fois entre plusieurs
ministères et plusieurs localités de même rang
se sont soldés par des échecs ou des situations non
optimales, compte tenu des compensations demandées ou des
entraves posées par les différentes entités
administratives prenant part aux négociations. Plusieurs
industries illustrent assez bien ce type de problème.

Dans l’industrie de l’automobile
par exemple, bien que les 13 plus grandes entreprises représentent
désormais 90 % de la production totale (1,5 million de voitures
fin 1998, soit 19 fois moins que la production annuelle des cinq
premiers producteurs mondiaux (19)), on dénombre encore officiellement
123 producteurs d’automobiles indépendants. Fin 1997,
l’administration centrale responsable de la production automobile
approuvait un énième plan pour rationaliser cette
industrie. Les 13 plus grands producteurs étaient censés
reprendre les petits producteurs pour les transformer en sous-traitants
ce qui, selon le plan gouvernemental, devait permettre de développer
des économies d’échelle. L’objectif était
de former quatre grands groupes automobiles sur le territoire national,
chacun ayant une capacité de production minimum de 400 000
voitures (20). Le projet gouvernemental prévoyait également
un plus grand contrôle par l’administration centrale
dans l’approbation de nouveaux projets de formation de coentreprises
sino-étrangères dans cette industrie. Le projet insistait
également sur le fait que les fusions devaient être
réalisées non pas de manière administrative
comme dans le passé, mais sur la base du marché et
des intérêts stratégiques du repreneur. Les
différentes études de cas que nous avons menées

dans cette industrie indiquent au contraire que l’administration
centrale s’est heurtée, depuis le milieu des années
1980, à de multiples obstacles liés aux protectionnismes
locaux (cf. l’article ci-joint de T. Marukawa). La nature de
la demande qui est encore dominée à près de
90 % par les administrations et les entreprises, ainsi que le nombre
élevé des bureaucraties centrales et provinciales
ayant des intérêts dans cette industrie, empêchent
les mécanismes de marché de jouer pleinement leur
rôle. Les gouvernements locaux ont préféré,
jusqu’à une période récente, subventionner
des entreprises ne fabriquant que quelques milliers de véhicules
chaque année plutôt que de renoncer à une industrie
automobile sur leur territoire. Il est aussi intéressant
de remarquer que les autorités locales sont allées
jusqu’à remettre en cause les grands projets de développement
de l’industrie automobile établis au niveau national
qui prévoyaient au début des années 1990 de
limiter le nombre de coentreprises sino-étrangères
à trois grands pôles, à savoir : Shanghai (Volkswagen),
Wuhan (Citroën) et Changchun (Audi-Volkswagen). Depuis, Shanghai
a accueilli Ford et General Motors ; Tianjin a élargi sa
coopération avec Daihatsu et Toyota ; Honda a remplacé
Peugeot à Canton et Renault serait sur le point de négocier
un projet de production conjointe.

L’industrie des matériaux de construction
est également intéressante de ce point de vue. Malgré
un tassement de la demande depuis 1993, les protectionnismes locaux
et l’abaissement des barrières à l’entrée
dans certains secteurs de production comme le ciment et l’acier
produit par des fourneaux électriques, ont conduit à
une croissance rapide du nombre d’entreprises opérant
dans ce secteur (cf. tableau 3).

Autre exemple, dans le secteur du ciment, il
y aurait toujours quelque 8 000 entreprises indépendantes
opérant alors qu’on en dénombrait seulement 1
500 à l’échelle mondiale (110 aux Etats-Unis,
51 en Russie, 58 au Brésil et 106 en Inde). Le leader chinois
dans ce secteur, Anhui Conch, ne détient que 0,6 % du marché
national (21). Le tableau 2
montre qu’aucune concentration n’a eu lieu entre 1990
et 1996, malgré une guerre des prix féroce entre les
différents producteurs. L’industrie du ciment illustre
assez bien les différences qui existent entre la Chine et
les autres pays en matière d’organisation industrielle,
différences qui reposent sur le fait que chaque producteur
de ciment en Chine est une entreprise indépendante. Les faibles
barrières d’entrée dans ce secteur et les contraintes
fortes pesant sur le coût de transport du ciment peuvent justifier
un nombre important de producteurs. Il en va ainsi dans de nombreux
pays. Mais dans le cas de la Chine, il semble aberrant qu’aucun
groupe ne soit parvenu à racheter suffisamment d’entreprises
pour occuper une part de marché dominante. Anhui Conch, le
leader national, a cherché à consolider sa position
sur le marché en rachetant récemment l’usine
de Tongling dans sa région, mais il est encore loin d’atteindre
les parts de marché des leaders d’autres pays qui atteignent
facilement 30 % du marché national comme en Inde ou 60 %
en Thaïlande (22). Par ailleurs, dans la mesure où les
entreprises leaders chinoises ne détiennent aucun pouvoir
de contrôle sur les prix de vente, les producteurs nationaux
ont dû subir depuis quelques années une guerre des
prix fratricide menée par une multitude de petits producteurs
indépendants protégés localement. On estimait
ainsi que 82 % des entreprises de ce secteur enregistraient des
pertes (23). L’Etat a décidé de réagir
en imposant des prix « plancher » et en avançant
un plan de restructuration du secteur qui prévoit de fermer
les petits producteurs ou de les spécialiser en aval de la
filière de production, notamment dans la commercialisation.
Mais peu de résultats ont été enregistrés
à ce jour. Il faut dire que rien qu’au niveau de l’administration
centrale, 12 bureaux de différents ministères sont
impliqués dans ce secteur, ce qui, en ajoutant les gouvernements
provinciaux et locaux, risque de rendre le processus de restructuration
très difficile.

De manière générale, il
est néanmoins fort possible que dans les secteurs où
la concentration a été faible, voire négative,
certaines évolutions et réformes comme celles que
nous avons décrites plus haut (réforme de la propriété,
renforcement du contrôle des circuits de financement par le
gouvernement central, ou bien encore l’entrée de la
Chine dans l’Organisation mondiale du commerce), permettent
au processus de concurrence — qui visiblement existe dans la
majorité des secteurs— de jouer pleinement son rôle
de sélection des entreprises les plus efficaces et conduisent
dans les années à venir à un processus de concentration
intense et similaire à celui que l’on a pu observer
dans d’autres pays ou dans d’autres industries en Chine
(l’électronique grand public, par exemple).

L’autonomie décisionnelle
croissante des entreprises leaders vis à vis de l’Etat

Les phénomènes de concentration
et l’émergence de grandes entreprises dans l’économie
des pays capitalistes s’est traduite non seulement par une
hiérarchisation des pouvoirs économiques entre les
entreprises (24) mais également par une autonomisation de
leur pouvoir décisionnel par rapport à l’Etat.
Même dans des pays comme la Corée du Sud, où
les grands groupes ont été créés de
toutes pièces par un régime militaire autoritaire,
leur croissance vertigineuse les a rendu très rapidement,
et bien avant la fin de la dictature militaire durant les années
1980, capables de se forger une sphère d’autonomie décisionnelle
face à l’Etat, d’intervenir dans la politique économique,
parfois même, pour certaines figures de proue des chaebols
comme Chung Ju Yung, le fondateur et patron de Hyundai, de jouer
un rôle politique dans le pays (25). Sur un plan très
différent, l’Etat russe doit désormais négocier
avec ses anciennes grandes entreprises d’Etat, dans des domaines
allant de la politique fiscale au financement des campagnes électorales
(26). Il ne s’agit pas ici de porter un quelconque jugement
de valeur sur la nature de ces pouvoirs, sur le contenu et la forme
des pratiques de lobby, et encore moins sur les objectifs politiques
des grandes firmes (quand elles en ont un), mais simplement de constater
que la concentration du pouvoir économique représente
une brèche dans la monopolisation du contrôle de l’économie
et de la politique par les Etats, même dans les régimes
autoritaires. Or, dans un pays comme la Chine, qui revendique toujours
haut et fort son monolithisme politique et où, depuis 1949,
à l’image des autres pays socialistes, la grande entreprise
a toujours été entièrement soumise et contrôlée
par l’Etat, il est intéressant de s’interroger
sur les conséquences de la concentration sur le fonctionnement
des firmes alors même que la Chine souhaite instituer des
règles de marché pour gouverner son économie.

Dans les secteurs que nous avons décrits
plus haut où la concentration s’est opérée
par le biais de la concurrence (électronique grand public,
électroménager, certains domaines de l’agroalimentaire),
ces dix dernières années marquent, à n’en
pas douter, l’avènement de groupes d’un type nouveau
par rapport aux grandes entreprises de la période antérieure.
Les firmes leaders sur ces marchés telles que Haier, Kelon,
Huabao (dans l’électroménager), New Hope (dans
alimentation pour animaux) Konka et Changhong (dans les téléviseurs),
Legend dans l’informatique, ont forgé leur réputation
sur des stratégies qui ne diffèrent en rien des grandes
entreprises dans les économies capitalistes. L’on se
doit de remarquer que ces firmes étaient loin de figurer
parmi les firmes les plus connues en Chine avant la fin des années
1980. Des groupes comme Changcheng (Grande Muraille) dans l’informatique,
Mudan à Pékin ou Panda dans la province du Jiangsu
ou encore l’Usine de téléviseurs n°1 de Shanghai,
étaient toutes des firmes beaucoup plus importantes et soutenues
massivement par leurs autorités de tutelle durant les années
1980. Les études de cas que nous avons menées sur
ces groupes leaders comme Changhong, Kelon, Konka, ou celle réalisée
par S. Kennedy sur Stone (27) dans l’informatique, montrent
que si ces firmes n’ont pas été délibérément
discriminées dans la politique industrielle de l’Etat
central ou local, elles sont loin d’avoir été
autant soutenues, sur le plan financier comme logistique, que les
entreprises considérées comme prioritaires et qui
dominaient leur secteur durant les années 1980. Le destin
d’une firme comme Huaiyou dans la province du Hebei à
Shijiazhuang, est révélateur à cet égard.
Considéré comme une entreprise prioritaire dans les
années 1980, et un des plus grands groupes dans l’industrie
des téléviseurs, Huaiyou se vit accorder par l’Etat
un large accès aux financements bancaires pour importer des
lignes de production de l’étranger et développer
son réseau de distribution à l’échelle
nationale bien avant toutes les autres firmes chinoises du secteur.
Pourtant, dès le début des années 1990, après
de graves erreurs de stratégie en matière de diversification,
des difficultés à contrôler ses coûts
et une assimilation déficiente des technologies étrangères,
le groupe Huaiyou ne put bientôt plus soutenir la concurrence
devant des entreprises comme Chang hong, et déposa son bilan
en 1993. Changhong, quant à elle, n’ayant pas un accès
privilégié aux grands financements d’Etat, chercha
à utiliser au mieux ses compétences humaines et technologiques
héritées de l’époque maoïste où
elle fabriquait des produits militaires, pour assimiler les technologies
étrangères. Elle misa petit au départ, en privilégiant
la province du Sichuan avec ses quelque 100 millions d’habitants,
cherchant à développer un réseau de distribution
et de services après vente qui ont fait sa renommée,
tout en tirant partie des faibles coûts de main-d’œuvre
dans la petite ville où elle était installée,
Mianyang, comparativement à ceux de ses concurrents (chinois
ou étrangers) dans les provinces du littoral. Elle déclencha
une guerre des prix dès le début des années
1990 lui permettant de bénéficier des économies
d’échelle et de pénétrer sur l’ensemble
du marché national, tout en maintenant un impératif
de qualité pour ses produits, faisant d’elle très
rapidement le leader des producteurs de téléviseurs
sur le marché intérieur (28).

Ces firmes leaders des années 1990 ont
donc assez facilement conquis leur autonomie de gestion dans la
mesure où l’Etat ne les considérait pas comme
des entreprises prioritaires. Certaines d’entres elles, comme
Kelon, qui est une entreprise collective rattachée à
la mairie de Shunde (dans la province du Guangdong), ou New Hope
qui est entièrement privée, risquaient encore moins
que celles du secteur d’Etat de subir une intervention massive
de la bureaucratie compte tenu de leur régime de propriété.
Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que la plupart
de ces firmes leaders sont issues de municipalités de taille
moyenne et non pas des grandes villes industrielles. Grâce
à leur réussite, elles sont devenues d’une importance
telle que les municipalités de tutelle ont désormais
peu de prise sur elles. Changhong dégage chaque année
un chiffre d’affaires de deux milliards de dollars américains,
issus principalement de ses usines de Mianyang, soit largement plus
que les revenus fiscaux de la ville ou que le total des chiffres
d’affaires des autres entreprises installées dans la
municipalité de Mianyang (29).

Les dirigeants de ces entreprises ont également
gagné une relative indépendance par rapport à
leur autorité de tutelle. Pour celles qui font partie du
secteur d’Etat, comme Changhong ou Haier, les très fortes
personnalités des dirigeants et les résultats obtenus
ont conduit à une privatisation de facto de la gestion
de ces entreprises. Les études de cas que nous avons réalisées
montrent que les dirigeants ont dorénavant les mains libres
sur la quasi totalité des décisions de gestion de
l’entreprise, à l’exception de la vente ou de l’achat
d’actifs sur lesquels l’autorité de tutelle conserve
encore un certain degré de contrôle.

Leur indépendance provient également
de leur stratégie de financement. Dans la mesure où
ces firmes n’ont pas bénéficié des largesses
de l’Etat dans les années 1980, les premiers financements
bancaires ont été utilisés avec efficacité
et les bénéfices dégagés de leur activité
ont été réinvestis dans de nouveaux projets
relativement bien planifiés, évitant ainsi une dépendance
trop importante vis-à-vis du secteur bancaire étatique.
Toutes ces firmes ont pour point commun un niveau d’endettement
relativement faible qui ne dépasse généralement
pas 50 % (lorsque l’on rapporte les dettes aux actifs de l’entreprise
(30). Ces entreprises ont pu être cotées rapidement
en fonction de leur réputation et de leurs performances soit
à
Shanghai
et à Shenzhen (pour Changhong, Haier, New Hope), soit à
Hong Kong (pour Kelon). En raison du fonctionnement encore déficient
des marchés boursiers chinois qui restent encore largement
incapables d’influencer la gestion des entreprises et encore
plus de censurer les chefs d’entreprises, les dirigeants y
ont vu la possibilité de lever des fonds sans perdre leur
autonomie de décision et d’éviter en même

temps le recours au crédit bancaire, synonyme de contrôle
de l’Etat. Ce phénomène pourrait se révéler
dommageable à terme pour ces entreprises qui, trop sûres
d’elles-mêmes, pourraient se lancer dans des investissements
mal planifiés, faute d’avoir reçu des signaux
de la bourse susceptibles de réorienter leurs décisions.
Il reste néanmoins qu’au niveau actuel de développement
de l’économie chinoise, ces entreprises ont besoin de
privilégier des augmentations de parts de marché,
des investissements dans la recherche et le développement,
de diversifier leur production, ce qui conduit à des décisions
parfois divergentes de celles visant à augmenter la rentabilité
et les dividendes versés aux actionnaires, décision
que privilégient normalement les investisseurs boursiers.
Aussi, de manière paradoxale, ce fonctionnement déficient
des marchés boursiers pourrait permettre dans un avenir prévisible
aux dirigeants de ces entreprises, de ne pas voir leurs décisions
dictées par les impératifs de rentabilité à
court terme des investisseurs financiers. L’exemple des firmes
japonaises illustre assez bien ce dilemme : jusqu’au milieu
des années 1980 les chefs d’entreprises qui détenaient
les pouvoirs dans les grands groupes aux dépens des actionnaires
ont pu développer leur activité sans trop se soucier
des impératifs de rentabilité à court terme.
Ceci leur a été particulièrement profitable
dans leur phase de rattrapage des firmes européennes et américaines
mais, dès le milieu des années 1980, cette facilité
de financement interne et externe sans véritable contrôle
extérieur (banques, bourse, investisseurs étrangers)
s’est révélée pernicieuse dans la mesure
où les chefs d’entreprise tout puissants ont commis
de graves erreurs de gestion (spéculation immobilière,
surinvestissement dans les capacités productives, gamme de
produits trop large) qu’ils payent désormais très
cher.

Les dangers d’une concentration dirigée
par la bureaucratie

Il reste néanmoins un domaine dans l’autonomie
de gestion des entreprises d’Etat, toutes catégories
confondues, où les autorités de tutelle conservent
un droit de regard et de contrôle important, à savoir
les fusions et acquisitions. Là encore, il semble bien que
les groupes leaders dans les secteurs où la concentration
s’est réalisée par des phénomènes
de concurrence aient réussi à gagner une certaine
autonomie par rapport à leurs autorités de tutelle.
Ce domaine est stratégique pour ces entreprises leaders.
En effet, jusqu’à une période récente,
la croissance de leur activité a essentiellement reposé
sur une croissance interne, à savoir une expansion de leur
capacité de production et, beaucoup plus rarement, sur une
croissance externe par le rachat d’autres entreprises. Ces
firmes sont cependant extrêmement spécialisées,
le plus souvent dans un seul produit. Elles se trouvent désormais
dans la deuxième étape de leur développement,
c’est-à-dire à un moment où il devient
impératif de se diversifier à l’intérieur
du même secteur ou d’investir plus massivement dans la
recherche et le développement pour lancer de nouveaux produits,
ou encore, plus rarement, de se diversifier dans un autre secteur :
Changhong, par exemple, cherche désormais à fabriquer
des moniteurs pour ordinateurs, des téléphones portables,
des CD-ROM. La croissance externe par le rachat d’une entreprise
ou d’une activité d’un autre groupe leur permettant
de réaliser un ou plusieurs de ces objectifs peut donc s’avérer
capital pour leur croissance future.

Si ces entreprises jouissent assurément
d’une plus grande autonomie dans leurs décisions d’investissement,
leurs plans d’expansion coïncident néanmoins avec
la décision de l’Etat de mener des grands projets de
restructuration du secteur d’Etat. Si les dirigeants du Parti
et de l’Etat semblaient avoir entériné l’idée
d’accélérer les faillites des PME d’Etat
au lendemain du XIVe congrès du Parti en 1992, puis surtout
du XVe congrès en septembre 1997, les conséquences
sociales et politiques liées à la montée du
chômage ainsi que le ralentissement de l’activité
dû à la crise asiatique les ont poussés à
ralentir le nombre des faillites dès la fin 1997. Le tableau
n°4
indique qu’un sommet a été atteint
en 1996, et, les difficultés pour obtenir les chiffres des
faillites pour l’année 1997 et 1998, indiquent que la
volonté affichée dans les discours de politique générale
de ralentir le nombre des faillites a été répercutée
sur le terrain.

Les autorités semblent préférer
les replâtrages sous forme de fusions et acquisitions sous
le couvert de la politique de promotion des groupes. Cette politique
permet en effet d’éviter les procédures de faillite
qui demeurent toujours extrêmement difficiles à mettre
en place compte tenu des conflits d’intérêts entre
d’un côté les banques, qui veulent récupérer
leurs prêts, et de l’autre côté les administrations
qui sont censées supporter le coût social des faillites.
Néanmoins, cette politique constitue plus une manière
de cacher les problèmes qu’une solution saine au phénomène
de surcapacité industrielle.

D’après les entretiens menés
auprès de plusieurs entreprises leaders, celles-ci affirmaient
avoir pu résister aux pressions des autorités de tutelle
qui cherchaient à leur imposer des rachats d’entreprises
d’Etat déficitaires. Les dirigeants de Changhong déclaraient
recevoir très fréquemment des visites de cadres d’autres
provinces, leur proposant de racheter à des conditions avantageuses
une entreprise de téléviseurs en difficulté.
Face à leur refus, ces mêmes cadres pouvaient selon
les dirigeants de Changhong, devenir plus pressants et menacer de
fermer les circuits de distribution provinciaux aux téléviseurs
Changhong ou de privilégier leurs concurrents. Les dirigeants
de Changhong ont reconnu dans certains cas, pour échapper
aux demandes de ces cadres, avoir dû accepter de passer des
accords de sous-traitance avec ces entreprises déficitaires.
Changhong a également réussi pour l’instant à
échapper aux demandes pressantes émanant du ministère
de l’Industrie de l’Information (anciennement ministère
de l’Electronique) et des autorités provinciales, pour
reprendre l’entreprise Hongguan installée à Chengdu,
fabriquant des tubes cathodiques pour téléviseurs.
Les dirigeants de cette entreprise viennent récemment d’être
condamnés pour irrégularités dans la procédure
d’approbation de cotation en bourse de leur entreprise et dans
l’utilisation des fonds levés en bourse, provoquant

ainsi un des plus graves scandales financiers sur le marché
boursier de Shanghai (31).

Changhong a néanmoins repris deux entreprises
d’Etat en difficulté fabriquant des téléviseurs,
l’une à Nantong dans la province du Jiangsu et l’autre
à Changchun dans le nord-est du pays (Jilin). Fin 1997, le
groupe Haier, n°1 de l’électroménager en
Chine, avait déjà repris près de 15 entreprises
d’Etat en difficulté dans différentes provinces
(32). Le président du groupe Haier, Zhang Ruimin, affirmait
que non seulement l’administration centrale mais également
les différentes administrations locales faisaient pression
régulièrement sur le groupe pour qu’il reprenne
des entreprises moribondes du secteur. Néanmoins, il affirmait
qu’il ne rachetait pas n’importe quelle entreprise en
difficulté : il choisissait celles qui ont un bon produit,
un marché et une bonne technologie, mais une mauvaise gestion.
Il se retrouvait ainsi en position de force pour négocier
des reprises dans de bonnes conditions, notamment au niveau des
dettes et des effectifs des entreprises. La levée de fonds
sur les bourses intérieures et étrangères semblait
être la voie privilégiée pour mener à
bien ces acquisitions. Kelon, un autre leader du secteur de l’électroménager
vient par exemple de racheter Huabao, une entreprise d’Etat
et concurrent direct installée dans la province du Guangdong
(33). Là encore, il semble que les intérêts
stratégiques des deux acteurs aient été respectés
par les administrations de tutelle et qu’il s’agisse d’une
opération de rachat bénéfique pour l’avenir
de Kelon. New Hope, autre entreprise leader (dans le secteur de
l’alimentation pour animaux), avoue fonder sa stratégie
de croissance justement sur la reprise d’entreprises d’Etat
en difficulté. Depuis 1993, soit bien avant le début
du mouvement de fusion déclenché par le gouvernement
central, New Hope avait racheté 13 entreprises d’Etat
dans différentes provinces (34). Les dirigeants de New Hope
affirmaient que leur position de leader leur permettait de négocier
des conditions avantageuses de rachat et de pouvoir faire un choix
parmi les entreprises susceptibles d’être rachetées.

Il est néanmoins difficile de savoir
si tous ces groupes ont agi de leur propre gré ou si, sentant
le vent tourner, ils ont cherché à anticiper le mouvement
de fusions, ce qui leur permettrait de négocier dans de bonnes
conditions le rachat d’entreprises (paiement des dettes, maintient
des effectifs, etc.). Ces groupes doivent en effet montrer qu’ils
participent aux mouvements nationaux décidés par le
gouvernement central. Mais, compte tenu de leur importance dans
l’économie nationale, ils semblent être en mesure
de choisir les sociétés qu’ils rachètent
sans être pour l’instant dans l’obligation de reprendre
telle ou telle entreprise en difficulté désignée
par l’administration. Cette situation représente en
soi une rupture avec les années 1980 en ce qui concerne les
pratiques des autorités de tutelle.

Il semble néanmoins que cette rupture
ne concerne que ces entreprises leaders, car de multiples exemples
montrent en effet que l’Etat continue d’intervenir de
manière autoritaire auprès des autres entreprises.
Par exemple, dans le cadre d’un vaste plan de restructuration
de la pétrochimie visant à répartir l’industrie
entre les deux géants Sinopec et CNPC, Sinopec a été
poussée fin 1997 par le gouvernement à reprendre deux
grandes entreprises d’Etat de la pétrochimie dans la
province du Shandong. Les deux entreprises, la Zibo Chemical Fiber
et la Zibo Petrochemichal, avec 50 000 employés, avait accumulé
trois milliards de yuans de dettes pour seulement deux milliards
de yuans d’actifs et enregistré des pertes depuis le
début des années 1980. Les dirigeants de Sinopec estimaient
que les deux entreprises avaient besoin d’au moins un milliard
de yuans de nouveaux investissements pour moderniser leur appareil
de production devenu complètement obsolète. Des projets
de cotation en bourse pour obtenir ces fonds ont été
formulés mais les dirigeants de Sinopec ont estimé
qu’ils sont prématurés compte tenu de la mauvaise
situation financière de ces deux entreprises (35).

Dans le domaine de la sidérurgie, d’après
les statistiques officielles, il existerait aujourd’hui environ
1 570 entreprises indépendantes produisant de l’acier,
dont seulement quatre disposent d’une capacité de production
annuelle supérieure à cinq millions de tonnes (Baogang
à Shanghai, Shougang à Pékin, Angang à
Anshan et Wugang à Wuhan), et 27 autres pouvant fabriquer
plus d’un million de tonnes par an (36) (pour une production
nationale de 109 millions de tonnes en 1998). Un vaste plan de restructuration
décidé en 1997 par le gouvernement central a prévu
de fusionner les entreprises déficitaires et sous-dimensionnées
avec des entreprises de plus grande taille et de constituer d’ici
l’an 2000 quatre grands groupes qui occuperaient 40 % de la
production nationale (37). Dans ce cas, les entreprises concernées
ont dû se plier aux plans de l’administration centrale.
Le leader de la sidérurgie chinoise, le groupe shanghaïen
Baogang, après avoir été à la pointe
des réformes depuis la fin des années 1980 au point
de devenir un modèle pour toute l’industrie, voire même
pour l’intégralité du secteur d’Etat, a
dû racheter la Shanghai Metallurgical Holding, un groupe qui
a dix fois plus d’employés qu’elle (120 000 employés,
dont 30 000 seulement dans la production sidérurgique, le
reste étant réparti dans les différentes filiales
ou les service sociaux) et qui croule sous les dettes38. L’entreprise
modèle de la ville de Handan (Hebei), la Handan Steel Corp
a dû reprendre de son côté la Wuyang Steel corp
qui était aussi fortement endettée (près de
180 millions de dollars américains) (39). Certes, les dirigeants
de ces deux entreprises affirmaient dans la presse qu’ils avaient
agi de leur propre gré, mais ils reconnaissaient en même
temps qu’ils avaient dû tenir compte de la nouvelle politique
décidée au XVe congrès du Parti en 1997, visant
à former des conglomérats industriels. Ces deux entreprises
semblent avoir voulu anticiper la volonté du gouvernement
qui, de toutes les manières, se serait imposée à
elles, étant donné que les autorités ne voulaient
pas voir disparaître les aciéries de Wuyang et de Shanghai
Metallurgical Holding. Ces reprises ont été négociées
avec les autorités qui leur ont assuré un fort soutien
financier grâce à un accès privilégié
aux crédits bancaires et aux marchés boursiers (intérieurs
et étrangers). Ainsi, en ouvrant une part de son capital
au public à la bourse de Shanghai, Hadan Steel Corp a pu
lever 310 millions de dollars américains en décembre
1997. Une grande partie de cet argent va néanmoins servir
à renflouer les dettes de Wuyang Steel Corp (40).

En fait, plus la taille des entreprises est
réduite et plus l’échelon de l’administration
de tutelle est bas, plus les fusions et acquisitions sont réalisées
de manière autoritaire par les autorités locales,
qui ne se préoccupent guère de la stratégie
des entreprises et de la possibilité de créer des
synergies en matière de production, de technologie, de financement
ou de regroupement des circuits de distribution. La presse économique
chinoise regorge d’exemples illustrant ce phénomène
depuis le lancement de la réforme décidée au
XVe congrès du Parti. Nous avons nous-mêmes pu constater
dans nos études de cas sur les activités des sociétés
de gestion des actifs de l’Etat des grandes municipalités
qui sont directement chargées de réaliser ces regroupements
d’entreprises pour le compte des gouvernements municipaux,
que la formation de ces groupes relevait plus d’un bricolage
financier visant à éviter les faillites et à

cacher les pertes des entreprises, plutôt que d’un véritable
travail de restructuration respectant les intérêts
des entreprises.

En poursuivant plusieurs objectifs à
la fois, à savoir la volonté de créer des géants
industriels capables d’entrer dans la liste des 500 premières
firmes mondiales du magazine américain Fortune, de
régler les problèmes de surcapacité et d’éclatement
des structures industrielles, de réduire le déficit
des entreprises d’Etat tout en évitant les faillites
qui créeraient du chômage, et enfin de simplifier la
gestion des actifs publics en la remettant à des groupes
organisés en holding, le gouvernement central risque, à
travers la politique de formation des groupes, de produire des contre
effets néfastes pour l’industrie nationale. Il risque
d’inhiber la concentration naturelle émanant de la concurrence
par le marché qui s’est progressivement imposée
dans un nombre croissant de secteurs industriels. Les entreprises
qui, tant bien que mal, ont réussi à émerger
comme des firmes leaders en jouant le jeu de la concurrence, de
la restructuration interne de leur management et de l’efficience
technologique, risquent, si les pressions sont maintenues sur elles
pour participer à ce mouvement de fusions, de perdre le bénéfice
des efforts qu’elles ont fournis depuis le milieu des années
1980. Les fusions pourraient augmenter leur niveau d’endettement,
parfois même déboucher sur un déficit, ainsi
que créer des difficultés dans la gestion des sureffectifs
et de leur capacités de production tout en adoucissant leur
contrainte budgétaire, puisqu’elles attendent de l’Etat
qu’il les aide financièrement dans leurs actions de
« patriotisme national ». L’enjeu est certainement
plus grave qu’il n’y paraît. Car au moment où
le gouvernement cherche à promouvoir une restructuration
des firmes, les signaux qu’il leur envoie confirmerait d’une
part, qu’il vaut mieux ne pas devenir trop efficace, car en
devenant une entreprise « modèle », on sera mis
tôt ou tard à contribution par l’Etat, et que,
d’autre part, même pour une entreprise inefficace, le
pire qui puisse arriver sera d’être fusionné avec
une autre entreprise. Par ailleurs, en promouvant cette logique
des fusions pour éviter les faillites, l’Etat ne ferait
que transférer vers les entreprises rentables une responsabilité
qui lui est normalement impartie, à savoir celle qui consiste
à accélérer la mise en place d’un système
de protection sociale capable de faire face aux conséquences
des restructurations des entreprises. Cette politique ne ferait
en fait qu’entretenir la confusion des rôles et des responsabilités
qui existent dans une économie entre l’Etat et les entreprises
et qui a été l’apanage de toutes les économies
socialistes.

Tableau
1 –
Utilisation des capacités
de production dans différents secteurs industriels en 1995

Source : Zhongguo qiye gongye pucha
1995 (Recensement des entreprises industrielles chinoises, 1995)


Tableau
2 –
Evolution du niveau de
la concentration dans l’industrie chinoise entre 1990 et 1996

Source : Zhongguo gongye fazhan baogao
1997 (Rapport sur le développement industriel en Chine)


Tableau
3 –
Evolution du nombre d’entreprises
dans le secteur des matériaux de construction

* Ne comprend que les entreprises recensées
au dessus du niveau administratif du district

Source : Bureau des statistiques chinoises,
cité par China Research Team « China : Price War and
Price Control », in Warburg Dillon Read, décembre 1998,
p. 14.


Tableau
4 –
Evolution des faillites
dans le secteur d’Etat

* Pour l’année 1997, chiffres tirés
de « Quarterly Chronicle and Documentation » in China
Quarterly, n° 149, mars 1997, p. 235 et South China Morning
Post, 6 février 1998.

Source : Commission d’Etat pour
la restructuration du système économique (Guojia jingji
tizhe gaige weiyuanhui) et le Commerce, citée par l’Asian
Wall Street Journal, 19 mai 1997, p. 1.

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