Éditorial – Au-delà du e-commerce : la dimension sociale de l’économie numérique en Chine

Au-delà du e-commerce : la dimension sociale de l’économie numérique en Chine

Haiqing Yu

Ce dossier rassemble trois articles originaux qui traitent respectivement de la finance en ligne, des paysans du code et d’une plateforme de psychothérapie en ligne, afin de participer au débat actuel sur le e-commerce et le commerce numérique chinois. Ces trois auteurs contribuent à proposer une nouvelle approche du capitalisme numérique chinois des points de vue sociologique (Nicholas Loubere), anthropologique (Ping Sun) et psychosociologique (Hsuan-Ying Huang). Ils identifient le rôle des activités commerciales comme des moyens de mettre en lumière l’activité humaine et la diversité des transformations que la Chine traverse. Les trois articles – « L’essor de la finance sur Internet en Chine et les tyrannies de l’inclusion » de Loubere, « Pratiques de programmation des “paysans du code” en Chine : articulations, technologie et alternatives » de Sun, et « Rendre la thérapie facile : commerce en ligne et infrastructure du “boom de la psychologie” en Chine » de Huang – n’apportent pas seulement des études empiriques des acteurs et makers individuels de l’économie du e-commerce et du numérique en Chine, mais ils portent également un regard critique sur leur rôle et leurs actions dans la négociation entre le réseau complexe de pouvoir et de connaissance afin de créer une politique susceptible de changer la vie quotidienne de la population.

Ce dossier contribue aux débats sur l’économie numérique chinoise à partir d’une analyse aux niveaux micro et méso, ancrée dans les sciences humaines et sociales. Il étudie les individus qui produisent et participent à l’explosion du e-commerce chinois, et prolonge les discussions sur le e-commerce pour critiquer les paradoxes du capitalisme numérique chinois, tel qu’il est vécu par les pauvres et défavorisés, pris dans les rets des usuriers du secteur entrepreneurial numérique et des systèmes de surveillance sociale (Loubere), les paysans du code ou codeurs issus de la seconde génération de migrants qui travaillent dans les entreprises de logiciels à Shenzhen (Sun), ainsi qu’une entrepreneur psychothérapeute dont la plateforme a pour mission de mettre en place l’infrastructure d’une profession sous-développée (Huang). Ces articles visent tous les trois à redéfinir les acteurs de l’économie numérique comme un ensemble improbable d’individus insoupçonnés et de groupes sous-représentés, la nature de l’économie numérique, évaluée par son impact social et culturel plutôt que son volume d’activité et de transactions, et les formes que l’économie numérique revêt en terme d’implication et d’impact sur les acteurs individuels dans leurs stratégies de survie.

À travers ce qui suit, nous allons brièvement passer en revue l’émergence de l’économie numérique en Chine, son intégration dans les stratégies de développement de l’État, ainsi que le rôle de la main d’œuvre numérique dans la formation d’une infrastructure humaine invisible vis-à-vis d’une infrastructure et de plateformes numériques visibles. Une telle étude, bien qu’en aucun cas exhaustive, constitue la toile de fond du débat sur les nombreux paradoxes du capitalisme numérique chinois qui vont être abordés dans ce dossier.

L’essor de l’économie numérique en Chine

Chacun sait que la Chine et son capitalisme numérique sont deux piliers de ce phénomène économique mondial et que « la Chine est à l’échelle planétaire un pionnier de cette économie » (Schiller 2000) [1]. Malgré son arrivée tardive sur le terrain de l’économie numérique et la domination américaine sur le capitalisme numérique mondiale, la Chine est sur le point de devenir le leader en matière de productivité et d’innovation numériques. Ceci est le résultat d’une approche de centralisation par l’État du développement et de la restructuration économique, qui place les médias numériques, la technologie et les télécommunications au nouvel épicentre de la croissance économique et des réformes du marché des années 2000 (Zhao 2008 ; Hong 2017a). Un tel discours technico-économique, en particulier depuis la crise financière mondiale de 2008, souligne l’importance du développement de technologies numériques de pointe, de plateformes, d’infrastructures et de l’économie elle-même, afin de garantir à la Chine son leadership en terme de technologies émergentes telles que l’IA (intelligence artificielle), la VR (réalité virtuelle), l’impression 3D, les drones, la robotique et les voitures autonomes. Comme l’affirme Yu Hong (2017a), l’État chinois joue un rôle majeur en encourageant un écosystème communicationnel sophistiqué, piloté par des entrepreneurs bureaucrates, des capitalistes transnationaux, leurs représentants en Chine et à l’étranger, une classe moyenne tournée vers l’international ainsi que leurs propres champions du numérique. Parmi ceux-ci, BAT (Baidu, Alibaba et Tencent) et leurs concurrents ont été à l’avant-garde du développement d’une économie numérique en réseau tout en étant les proches alliés du gouvernement chinois pour la promotion de l’e-entreprenariat, l’e-consumérisme, l’e-surveillance et les e-solutions pour des questions et problèmes divers, à travers l’utilisation de big data, du cloudcomputing, de l’Internet des choses de même qu’un éventail des technologies de calcul numérique.

Comme nombre de pays asiatiques (notamment Singapour, l’Indonésie, l’Inde et la Corée), la Chine a connu une croissance exponentielle, des innovations rapides et un développement à grande échelle de l’information, du savoir, de la production et de la consommation numérique. L’économie numérique se caractérise par l’utilisation de réseaux d’information modernes et de technologies de la communication tels que l’Internet, le cloudcomputing, le big data, l’Internet des choses ou encore la fintech pour transformer les interactions sociales, nourrir la productivité, stimuler l’innovation et offrir aux activités économiques davantage de flexibilité, de souplesse, de créativité et d’intelligence. Du matériel informatique (par exemple Lenovo et Huawei) aux logiciels (IA, informatique en nuage, différents systèmes de paiement numériques), du contenu (comme les superproductions et l’héritage culturel chinois) aux plateformes (par exemple WeChat et Taobao), l’économie numérique chinoise n’est pas simplement en progression, mais elle défie également la thèse de l’« impérialisme des plateformes » qui veut que les empires constitués par les plateformes numériques occidentales telles que Facebook, Google et Amazon, continuent à dominer ce marché mondial, malgré la compétition croissante des entreprises émergentes et les flux de contre-culture émanant de pays non-occidentaux au XXIème siècle (Jin 2015). En réalité, la Chine ne s’est pas seulement intégrée au capitalisme numérique mondial, mais elle est aussi en train de passer du statut de puissance de production industrielle en aval à celui d’une nation innovatrice, où l’Internet et les technologies numériques sont le moteur de sa restructuration et de sa réorganisation économique.

L’économie numérique a décollé en Chine depuis 2015 pour atteindre 30,61 % en part du PIB en 2016[2]. Elle est en passe de « fixer la frontière numérique mondiale » et d’avoir un rôle primordial dans des secteurs clés du numérique[3]. Comme nous l’avons montré ci-dessus, les dirigeants politiques et chefs d’entreprise chinois considèrent que l’économie numérique est un levier essentiel de la restructuration économique du pays, le menant d’un modèle basé sur un travail à la chaîne faiblement rémunéré et dépendant des technologies étrangères, à celui d’un pays d’innovation estampillé de la mention « created in China » (Hong 2017b ; Keane 2007). Cette économie illustre une approche centralisée du capitalisme numérique par l’État, qui a toujours caractérisé le développement économique chinois. Plus récemment, nous avons observé le rôle qu’a joué le gouvernement pour définir l’avenir numérique de la Chine à travers la stratégie « Internet plus » et le projet d’« entrepreneuriat et d’innovation de masse », proposé par le Premier ministre chinois Li Keqiang et inscrits dans le rapport d’activité du gouvernement en 2015. Les précédents plans quinquennaux donnaient la priorité aux infrastructures et à l’innovation technologique, en mettant l’accent sur le matériel informatique et la construction de réseaux nécessitant les fonds et le savoir-faire d’institutions et de projets financés par l’État. Le 13ème plan quinquennal (2016-2020) fixe de nouveaux objectifs : le « développement » (shengji 升级) de son économie créative et de sa capacité innovatrice à partir de la base et à travers l’« innovation concertée ». Une telle approche collaborative de la stratégie « Internet plus » est une interprétation fondamentalement chinoise du capitalisme numérique ou de l’économie de demain lors de la « troisième révolution industrielle », dont les acteurs clés (tels que les BAT) travaillent en lien étroit avec le gouvernement et mobilisent les talents individuels afin de réaliser le rêve de « l’essor chinois » (Rifkin 2011) [4].

L’ambition de la Chine de devenir le chef de file mondial de l’économie numérique traduit un sentiment d’urgence. Cette volonté de devenir le leader se caractérise par un discours dominant, nationaliste, qui affirme que la Chine a manqué les meilleures opportunités offertes par les première et deuxième révolutions industrielles et qu’elle doit aujourd’hui saisir celle que représente le numérique et mener la troisième révolution pour réaliser le rêve chinois, le rêve de régénération nationale (Yu 2009). Cette stratégie de subvention ne peut être mise en œuvre sans l’aide des champions chinois du numérique dont les portefeuilles ressemblent de plus en plus à ceux de leurs homologues occidentaux à mesure que s’accentue leur dépendance aux fonds transnationaux et gouvernementaux chinois pour assurer une croissance continue. Cette relation de symbiose entre les plateformes numériques, le gouvernement et son programme national se trouve au cœur de l’économie numérique chinoise, et représente un tenant central des nombreuses publications et rapports sur le capitalisme numérique chinois.

En tant qu’acteurs principaux de l’économie numérique chinoise, BAT et consorts ont construit leurs empires commerciaux numériques dans quelques zones clés de conflit par procuration, que sont l’e-littérature, l’e-commerce, la production de vidéos en ligne et le streaming[5]. Parler de l’essor de la Chine, devenue aujourd’hui le plus grand marché d’e-commerce avec les plus importants volumes de transaction est presque un lieu commun, et il semble bien que la Chine soit devenue quasiment du jour au lendemain le plus grand marché d’e-commerce au monde. Le pays connaît une profonde transformation de la consommation depuis 2008, en préférant aux magasins traditionnels les commerces électroniques et connectés C2C (de client à client), B2C (de l’entreprise au client), B2B (d’entreprise à entreprise) et O2O (en ligne à hors ligne), transformation entraînée par le développement de l’accès au haut-débit et l’utilisation des smartphones dans le pays entier. Le géant chinois du e-commerce, Alibaba, a battu tous les records lors de son introduction à la bourse de New-York et prouve que le plus grand marché d’e-commerce est arrivé à maturité. En Chine, ce marché est vaste et diversifié, et le pays est passé aux transactions électroniques grâce à la prépondérance de plateformes de paiement en ligne sur téléphone mobile (Alibaba et WeChat Pay) dans la vie quotidienne. La Chine abrite le plus grand et le plus actif groupe d’acheteurs et de distributeurs en ligne au monde tandis que le secteur du e-commerce connaît un essor sans précédent et résiste bien au ralentissement de l’économie. Tandis que les ventes et achats en ligne se multiplient, non seulement au sein des classes moyennes et supérieures et des foyers aisés des centres urbains, mais aussi parmi les centaines de millions d’habitants des zones moins développées (petites agglomérations, villes et villages), la connaissance du miracle du e-commerce chinois se développe à travers les spécialités enseignées dans diverses écoles de commerce et de droit, en accordant un intérêt particulier aux acteurs majeurs, à l’analyse des marchés et de la consommation ainsi qu’aux problèmes structurels et légaux.

Les recherches actuelles sur l’économie numérique et le e-commerce chinois ont permis de constater le succès phénoménal que connaissent BAT, leurs concurrents et un certain nombre de start-up du numérique, et d’observer les bouleversements majeurs engendrés par l’utilisation novatrice de technologies par ces entreprises dites nées-numériques ou qui le sont devenues, incarnées respectivement par Yihaodian et Suning (par exemple Leong, Pan et Liu 2016). Ces recherches sont portées par la conviction profonde que le rôle des TIC (technologies de l’information et de la communication) peut mener à l’émancipation et l’innovation sociale au sein des communautés urbaines et rurales des villages Taobao. Ces villages sont un bon exemple de l’approche communautaire du développement permis par les TIC. L’écosystème du e-commerce rural qui va des e-commerçants, des partenaires dans la chaîne d’approvisionnement et des fournisseurs de services en e-commerce extérieurs aux soutiens institutionnels, s’est développé de bas en haut à travers des initiatives locales et individuelles.

Les arguments économiques et l’analyse du fonctionnement politique de l’économie numérique chinoise se sont concentrés sur une approche macro de la stratégie de développement de l’État, du rôle des champions numériques et de leur relation avec celui-ci, ainsi que sur le besoin de développer l’entrepreneuriat. L’année 2015 est reconnue comme année de l’économie numérique chinoise non seulement dans le rapport d’activité du gouvernement de Li Keqiang mais également lors de ses visites très médiatisées des makerspaces de Shenzhen (Chaihuo Makerspace) et Pékin (3W Coffee). Dans ce rapport, on peut observer l’accent mis sur, et l’appel à « l’entrepreneuriat et l’innovation de masse », qui est également illustré par les visites de M. Li, donnant un élan positif aux activités et à la production des entrepreneurs du numérique.

L’entrepreneuriat numérique est considéré comme un moteur ascendant, clé de l’explosion du e-commerce chinois, et soutient son économie numérique. Certains avancent l’hypothèse que même les villageois peuvent contribuer au changement à travers leurs pratiques entrepreneuriales (Leong et al. 2016). Les habitants des villages Taobao, les revendeurs d’articles de luxe internationaux (daigou代购) et créateurs de mode locaux, les entrepreneurs utilisateurs individuels, les vendeurs ou encore les producteurs d’articles, de services et de plateformes d’e-commerce, ceux qui ont accès à l’information et ceux qui en sont privés, sont tous considérés comme agents clés de la réduction de la fracture digitale entre les villes et les campagnes (Cui et Pan 2016). Leur participation au e-commerce et à l’économie du numérique peut à la fois être émancipatrice pour certains, mais également reproduire plutôt que réduire les rapports de pouvoir créés par les différences de genre et de classe (Zhang 2017 ; Liao 2017). Dans le discours dominant, l’importance de l’entrepreneuriat numérique repose sur la promesse d’une inclusion numérique. Cet accent se fonde sur la présomption que l’inclusion dans cette économie est intrinsèquement bénéfique. Dans les articles de vulgarisation et dans de nombreux ouvrages universitaires, l’engouement pour les initiatives locales d’innovation et d’entrepreneuriat se centre souvent sur trois promesses : émancipation, liberté et prospérité partagée.

C’est ce qui est présenté dans le dernier rapport sur le handicap à l’ère d’Internet publié par Aliresearch[6]. Ce rapport pousse les entreprises à développer leur responsabilité sociale face au handicap, pour créer les conditions d’une croissance et prospérité inclusives. Il fait apparaître que la plateforme de détail Taobao compte 160 000 magasins en ligne tenus par des e-vendeurs présentant un handicap, dont 16 000 tenus par des malvoyants, ce qui représente un volume annuel de transactions de 12,4 milliards de yuans. Des milliers de personnes handicapées ont été formées et employées dans des centres d’appel Taobao pour fournir un service client, qui peut être effectué par télétravail. En outre, 2,46 millions d’acheteurs handicapés dépensent 22,1 milliards de yuans dans des transactions en ligne chaque année. La promesse d’émancipation et de liberté numériques grâce au e-commerce et au développement ascendant étaye ce rapport et ses statistiques impressionnantes. Ce récit d’inclusion numérique, tout comme le discours dominant concernant l’inclusion financière dont parle l’article de Loubere, émane d’un point de vue néolibéral sur la relation entre l’économie numérique et la responsabilité individuelle.

La promesse d’opportunités économiques et d’émancipation ainsi que l’accent mis sur l’entrepreneuriat individuel et l’innovation peut sembler hautement néolibéral. Cependant, la spécificité de la structure politique, de l’idéologie et de la culture chinoises trahit les principes fondamentaux à l’œuvre dans le cas de son économie numérique. Comme Donald Nonini (2008) le fait remarquer, l’engagement de la Chine sur les trois principes de base du néolibéralisme (droit à la propriété privée, économie de marché, libre échange) est limité, contingent et réversible ; le soutien qu’elle apporte à la concurrence sur les marchés, à l’entrepreneuriat et au choix du consommateur est conditionné par l’engagement de ce dernier à défendre le rêve chinois et les dirigeants du Parti communiste. La croyance et l’affirmation qu’Internet plus et l’entrepreneuriat numérique sont des moyens efficaces de réduire la pauvreté (réduction de la pauvreté d’ici 2020) et de développer une prospérité partagée (atteindre une prospérité globale modérée d’ici 2020), deux buts nationaux que s’est fixé le Parti, sont promus et soutenus par les entreprises partenaires du gouvernement (BAT et d’autres acteurs du numérique). L’accent est davantage mis sur une rationalité instrumentale dans la construction d’infrastructures numériques (haut débit, Internet, plateformes numériques, matériel informatique, logiciels et programmes), que sur « l’invisible infrastructure humaine » (Oregalia 2013, p. 24), qui inclut la main d’œuvre numérique. C’est bien l’analyse de la dimension sociale de l’économie numérique qui fait l’objet de ce dossier.

La dimension sociale

Le miracle du e-commerce chinois et la croissance rapide de l’économie numérique ne reposent pas simplement sur les acteurs majeurs tels que BAT et une série d’entreprises réputées, mais également sur un nombre considérable d’acteurs et d’individus modestes : « paysans du code », commerces et revendeurs Taobao, entrepreneurs du numérique en microfinance et programmation ou encore en psychothérapie. Ces acteurs plus modestes et moins médiatisés sont souvent éclipsés, voire relégués à l’arrière plan par les leaders qui suivent le mouvement, et leur rôle et dilemmes sont fréquemment négligés dans la macroanalyse de l’économie numérique chinoise. Ils constituent l’invisible infrastructure humaine qui soutient le fonctionnement et l’optimisation de l’infrastructure numérique, la main d’œuvre numérique qui incarne parfaitement les promesses et écueils du capitalisme numérique.

La libéralisation de l’économie numérique a été marquée par l’augmentation du nombre d’usuriers en ligne, de petites entreprises informatiques et de logiciels ainsi que de start-up d’e-commerce. La main d’œuvre numérique constitue le nouveau défi que pose son exploitation par le capitalisme de l’innovation, au sein de, et entre États-nations, et qui suit les lignes de séparation constituées par la classe sociale, la richesse ou encore la culture. La main d’œuvre numérique « englobe le mode de production numérique dans son ensemble, un réseau d’individus travaillant dans l’agriculture, l’industrie et les technologies de l’information qui permet l’existence et l’utilisation des médias numériques », réseau qui prend la forme de « travail salarié, travail forcé, volontariat, travail précaire et freelance » (Fuchs 2016, p. 20). Sous l’étendard d’Internet plus, les centres de production chinois et leur main d’œuvre connaissent une transformation structurelle avec l’adoption du modèle de l’économie créative et de la connaissance pour devenir des centres d’innovation, des incubateurs d’entreprises qui emploient une main d’œuvre numérique[7].

La Chine est à l’avant-garde de l’innovation numérique avec son e-commerce florissant, ses plateformes de paiement et de finance en ligne, ses centres d’innovation, ses incubateurs d’entreprise, ses laboratoires numériques ou encore divers makerspaces. De nombreuses innovations numériques ne sont pas réalisées au sein d’organisations, mais dans des écosystèmes entrepreneuriaux entraînés par l’innovation (à l’instar de Zhongguancun, la Silicon Valley chinoise), où des acteurs liés à l’entrepreneuriat collaborent et coopèrent (Li, Du et Yin 2017). Comme mentionné précédemment, l’importance accordée à l’entrepreneuriat numérique donne une fausse impression du contexte politique dans lequel il se situe, et est conditionnée par son engagement au côté des dirigeants du Parti pour réaliser le rêve chinois. Celle-ci correspond au discours dominant qui exagère et surestime l’esprit d’entreprise des Chinois à l’heure du boum économique de l’e-commerce. Cette insistance est principalement le résultat de l’intervention et de la réglementation de l’État qui détermine le programme et son orientation, comme c’était le cas dans les années 1980-1990 quand les banques et crédits mutuels ont été sommés de diriger les investissements vers les entreprises d’État et les entreprises de bourg et de canton. La nécessité d’une restructuration économique et d’une résolution du problème du chômage concomitant sous-tend ce discours dominant. Quand des dizaines de millions d’ouvriers furent licenciés par les entreprises d’État lors du processus de privatisation à grande échelle des années 1990, l’État a soutenu des programmes de microcrédit pour aider les ouvriers licenciés à retrouver un emploi à travers des activités entrepreneuriales (Loubere 2016). De même, dans la transition actuelle des industries de production vers une économie numérique, de nouveaux mécanismes ont été mis en place pour encourager les jeunes à s’engager dans des activités entrepreneuriales à travers l’e-commerce, les mouvements makers ou encore les jeunes entreprises.

« La clé de cette renégociation de l’accès à l’emploi et à la sécurité sociale dans la Chine d’aujourd’hui consiste en un transfert néolibéral de la responsabilité de l’État sur un entrepreneur individuel mythique », comme le soutient Nicholas Loubere dans ce dossier. Dans cette logique néolibérale, l’individu est responsable de son propre succès et de son bilan entrepreneurial ; l’État et ses entreprises partenaires ont la responsabilité de fournir des opportunités entrepreneuriales numériques. Faisant écho au propos de Bateman (2015), Loubere estime que le discours sur l’entrepreneuriat « sert à déplacer la responsabilité du développement sur les pauvres eux-mêmes, séparant ainsi cette situation de marginalité de ses origines historiques et contextuelles. » L’attention portée à l’autosuffisance (notamment par le biais du discours sur le suzhi 素质) et à la rationalité du processus de décision crée une nouvelle forme de tyrannie et de sophisme : la liberté d’entreprendre et de consommer dans ce système économique apparemment néolibéral se fait au détriment d’autres libertés, notamment la liberté d’expression ou encore la liberté de refuser l’inclusion numérique.

Dans ce dossier, Nicolas Loubere critique vigoureusement le discours sur l’émancipation au moyen de l’inclusion par le numérique, tout en évoquant les aspects potentiellement néfastes de cette innovation – le mécontentement et la tyrannie produits par le développement rapide de l’inclusion financière numérique en Chine. Il affirme que cette inclusion peut être considérée comme un élément clé du projet plus vaste d’élargissement de la surveillance à travers les big data ou le cloudcomputing ; elle reproduit les schémas d’inégalité et d’exploitation, tout en fermant les espaces de résistance sociale ou en interdisant toute action subversive qui viserait à remettre en cause l’ordre socio-économique hégémonique. Il en est ainsi parce que l’infrastructure numérique n’est pas contrôlée par les classes moyennes et inférieures mais par l’État et les puissants acteurs économiques, dont le potentiel de contrôle social est renforcé par les technologies et l’économie numériques. Pour la plupart des Chinois, l’émancipation numérique est unidimensionnelle, alors que de nouvelles formes d’aliénation et d’inégalités sont créées et recréées pour faire perdurer un type de développement basé sur des relations qui engendrent inégalités et exploitation. Le système de crédit social, initié par le Sesame Credit d’Ant Financial (filiale du groupe Alibaba) a, par exemple, offert à l’État et ses entreprises partenaires un outil de surveillance et de contrôle panoptique sans précédent de la société chinoise.

Le fait social présenté par Loubere s’inscrit dans le droit fil de la critique politico-économique de la « nouvelle normalité » (xinchangtai新常态) [8]. Yue Zhizhao a mené l’assaut contre l’hégémonie du triangle d’airain, pouvoir-argent-intellect, qui domine l’économie numérique chinoise (Zhao 2008). La « nouvelle normalité » de cette économie a renforcé l’alliance public-privé dans la construction d’un Internet « sain » et « civilisé », c’est-à-dire un cyberespace aseptisé et pacifié en Chine (Lagerkvist 2011). Cette alliance a permis aux entrepreneurs des TIC de continuer à tirer profit de la coalition pouvoir-argent, tout en aidant l’État à avoir moins souvent recours à la contrainte ou à la tutelle centralisée comme moyen de contrôle. En d’autres termes, en acceptant d’être coopté et intégré dans la coalition pouvoir-argent, le milieu des affaires parvient à trouver un équilibre entre les impératifs politiques et ceux du marché. Cette alliance permet aux entrepreneurs des TIC de répondre aux priorités politiques de responsabilité sociale tout en poursuivant une route plus lucrative.

La dimension sociale de l’économie numérique recentre l’attention sur les populations défavorisées et privées du droit de vote comme les travailleurs migrants, les paysans, les handicapés, les femmes ou encore les minorités ethniques. Elle insiste sur la crise du capitalisme numérique et la détresse dans laquelle il plonge une main-d’œuvre précaire. Dans ce dossier, l’article de Ping Sun explore l’expérience numérique des « paysans du code » (manong 码农) chinois au sein de petites entreprises informatiques. Il étudie la relation indissociable qu’entretiennent les programmeurs, la technologie et les institutions sociales pour comprendre la technologie à travers une analyse sociopolitique et socio-économique. Les manongs de Sun représentent la seconde génération de travailleurs migrants, qui, contrairement à la génération de leurs parents, travailleurs à la chaîne dans des usines, choisissent à la fois de se tourner vers la programmation de logiciels, et sont embauchés pour ce faire, afin de gagner leur vie (ou de survivre) dans les villes où ils ont grandi mais où ils peinent à s’intégrer. Comme tous les jeunes, cette seconde génération de travailleurs migrants aspire à la mobilité sociale et à l’accès aux outils numériques. La programmation de logiciels est l’une des rares activités qui permet aux jeunes ruraux de gagner assez d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille à la campagne et d’acquérir une certaine mobilité sociale, puisqu’elle offre souvent un salaire plus élevé et la possibilité de fonder plus tard sa propre entreprise. C’est pour réaliser ces rêves que les programmeurs individuels saisissent toutes les occasions d’améliorer leurs compétences, de vendre leurs idées et d’attirer des collaborateurs et investisseurs lors de divers weekends pour start-up, de hackathons, de concours de pitch ou encore de programmes de travail en collaboration.

Leurs sentiments d’insécurité, de précarité et d’exclusion en tant que main d’œuvre numérique individuelle sont exacerbés par leur intégration et leur inclusion involontaire dans l’économie numérique mondiale. Sun remarque que les programmeurs individuels s’adressent les uns aux autres par leur prénom anglais pour montrer l’amélioration de leur statut. Ceci est cependant trahi par la langue qu’ils utilisent pour coder, l’anglais. Sun avance que le langage agit comme une structure sociale qui contrôle la façon dont les codes et programmes sont créés et développés, et qu’il établit aussi une frontière tout en réaffirmant la hiérarchie numérique qui gouverne l’économie numérique mondiale, plaçant les programmeurs chinois à la base de la pyramide de la division internationale du travail. « La Chine a fait une entrée tardive sur le marché de l’économie numérique, et le pays, comme ses programmeurs rencontre des difficultés face à un assemblage technique bien établi par les pays occidentaux. » écrit-elle. La lutte que mène la Chine pour imposer son propre système de codage à l’échelle mondiale fait partie intégrante de ses efforts pour établir un nouvel ordre dont elle serait le leader, dans le domaine des télécommunications et de l’économie. Dans le discours sur l’ascension de la Chine (comme on l’appelle en Occident) ou sur « le rêve chinois » (comme on l’appelle en Chine), les couches sociales inférieures ont parfois été réprimées et pacifiées pour servir de réserve de main-d’œuvre éduquée et bon marché. Elles ont également été encouragées à d’autre moments à faire office d’« armée de réserve » de consommateurs avisés ou encore d’entrepreneurs numériques pour aider à faire tourner la roue du capitalisme numérique.

L’implication dans les technologies numériques a ouvert de nouveaux espaces pour une amélioration de la situation économique de la population et aide les plus défavorisés ainsi que ceux qui n’ont pas le droit de vote à dépasser les obstacles techniques et professionnels de même que les catégories sociales et la division du travail à travers la collaboration ou les coopératives. Celle-ci peut représenter un processus de renforcement communautaire et une refonte de la subjectivité par le biais du mouvement maker, alors que de jeunes programmeurs et entrepreneurs explorent de nouveaux concepts et profitent des opportunités de financement. Ce phénomène est observable chez les programmeurs individuels mais aussi chez les classes moyennes urbaines, comme l’illustre dans ce dossier la recherche conduite par Hsuan-Ying Huang, portant sur Li Zhen, célèbre psychothérapeute, personnalité de l’Internet et « entrepreneur d’infrastructure ».

L’article de Huang étudie une start-up et plateforme d’e-commerce en psychothérapie appelée « psychologie facile » (jiandan xinli 简单心理). Li Zhen, sa fondatrice, a tiré parti de sa célébrité sur Douban (un réseau social chinois) pour monter son entreprise électronique qui vise à construire une infrastructure dans le domaine naissant de la psychothérapie en Chine. Cette infrastructure englobe les technologies, objets, acteurs et concepts ainsi que leurs diverses combinaisons. L’article retrace le parcours de Li, de la mise en place d’une plateforme d’e-commerce en psychothérapie en 2015, à sa transformation en entrepreneur d’infrastructure et nous explique comment la plateforme fonctionne en tant qu’association professionnelle de substitution ainsi qu’en leader du domaine de la psychothérapie en Chine. Jiandan xinli est une entreprise dont la mission est la construction d’une infrastructure. Elle sert de passerelle entre les praticiens et leurs patients, entre l’organisme de réglementation officiel et le domaine peu développé de la psychothérapie, entre les normes chinoises et occidentales de la discipline ainsi qu’entre les réseaux sociaux et l’écosystème des start-up.

Cet article prouve que les initiatives partant de la base (et l’entrepreneuriat) peuvent apporter des solutions ingénieuses aux problèmes sociaux. Il suggère également les limites et incertitudes rencontrées par la base et ses « contrées sauvages » (jianghu 江湖), alors qu’elle est conditionnée par les infrastructures numériques et le cadre juridique naissant ou préexistant, ou encore leur absence. En outre, les marchés du capitalisme numérique tirent profit de la stratégie Internet plus et exploitent les moins privilégiés, comme l’illustre, lors de l’essor de la psychothérapie, l’apparition de formations accélérées pour ceux qui aspirent à devenir psychothérapeutes ou programmeurs (cf. article de Sun).

Ensemble, les articles de ce dossier offrent trois perspectives sur la dimension sociale de l’économie numérique chinoise. Il y a bien entendu de nombreux autres aspects à étudier dans ce domaine. Comme nous l’avons déjà étudié dans cet éditorial, les recherches actuelles sur l’économie numérique chinoise (en particulier sur l’e-commerce) ont fourni une macroanalyse de son rôle dans la restructuration de l’économie (la transition d’une structure industrielle nécessitant une main-d’œuvre abondante à une économie de la connaissance et de l’innovation), ainsi qu’une analyse méso de son rôle dans l’émancipation des communautés et l’innovation sociale. De nombreuses publications en sciences humaines et sociales parues en anglais ces dernières années portent sur l’impact social de l’économie numérique, notamment sur les villageois ou les femmes (e.g. Wallis 2015 ; Oregalia 2013). Ces trois articles originaux contribuent à développer un questionnement critique et un intérêt pour la dimension sociale du capitalisme numérique chinois.

Au-delà du e-commerce

Ce dossier appelle à un changement de paradigme pour passer des « gros bonnets » prestigieux aux acteurs et makers plus modestes, ces figures et aspects plus terre-à-terre voire douteux du miracle de l’e-commerce chinois, en déplaçant l’accent mis sur les institutions, les politiques, les processus et l’efficacité vers l’activité humaine, l’impact social et la structure du pouvoir. Il cherche à approfondir notre compréhension de l’impact social et culturel de l’ économie numérique sur des gens d’horizons divers en relation avec le développement, la gestion, l’utilisation et l’appropriation des technologies de l’information et des communications numériques pour aboutir à davantage d’émancipation et de participation économiques et sociales. Cet éditorial va au-delà des discussions sur l’e-commerce pour s’intéresser aux problèmes clés liés au capitalisme numérique chinois qui constituent l’arrière-plan des trois articles, notamment l’analyse de l’essor de l’économie numérique chinoise et de son économie politique. Il aborde des questions et concepts qui méritent une plus ample attention, en particulier le concept de jianghu et de main d’œuvre numérique.

Dans le jianghu de la culture et de l’économie numérique, cohabitent « le bon, la brute et le truand » [9]. La métaphore du jianghu a été employée dans plusieurs comptes-rendus et publications d’internautes, d’entreprises du web, de médias et d’universitaires. « L’Internet est un monde de rivières et de lacs » balayé par des « rafales de vent et de nuages », peuplé de héros et de méchants, à l’instar du jianghu de la société chinoise contemporaine, où pour remplacer l’ancien ordre moribond, s’instaure un nouvelle organisation, où les petits frères et sœurs doivent prendre en main leur destin et se débrouiller par eux-même pour combattre les maux et injustices sociales d’un monde sans loi (Yang 2009, p. 174-175). Le jianghu est un espace imaginatif pour un public alternatif, subalterne et d’opposition, où vagabondent chevaliers errants, hors-la-loi et autres personnages tel Robin des Bois ou Ned Kelly. L’image du jianghu décrit un monde secondaire « éloigné de l’ordre politique et social établi », un « monde d’aventure, de liberté, de transgression et de justice divine, mais également un monde où règnent le mal, l’intrigue et la trahison » (Yang 2009, p. 173).

Le jianghu de l’Internet a vu naître l’entrepreneuriat individuel chinois (Yu 2017). Presque tous les acteurs clés de l’économie numérique chinoise, BAT inclus, sont des pionniers en matière de communication informatique et de cyber-entreprises. Nombreux sont ceux qui affrontent encore les « rafales de vent et de nuages » du jianghu du capitalisme numérique, non plus chinois mais mondial. Les exploits des cyber-entreprises chinoises, soutenus par l’État, épaulés par les TIC et les services de commerce électroniques, œuvrent à déplacer la tension qui existe entre l’aspiration de la Chine à devenir leader et sa position réelle au sein de la structure hiérarchique dans le jianghu mondial du capitalisme numérique (Hong 2017b). La Chine essaie d’améliorer sa position dans la hiérarchie du capitalisme, et de passer ainsi d’un centre de production off-shore à un centre de production numérique. Alors qu’elle parvient à changer la structure hiérarchique du capitalisme numérique mondial, elle essaie de contrôler les aspirations au changement qui émanent de son propre capitalisme numérique. La métaphore du jianghu contribue à déplacer la tension entre État et société vers celle qui existe entre capital et travail, et à « se décharger de la majorité des coûts socio-économiques sur la main d’œuvre chinoise » (Hong 2017b, p. 1 500).

La précarité et la marginalisation de la main d’œuvre chinoise, en particulier celle du numérique, sont un autre sujet omniprésent dans de nombreux textes de la tradition marxiste. Comme le souligne Loubere dans son article, l’inclusion numérique involontaire reproduit les inégalités et l’exploitation. On observe cette relation d’exploitation dans la participation involontaire des programmateurs individuels chinois à la révolution numérique et leur rôle dans la division international du travail sur le web. Les programmeurs à la chaîne représentent le « cybertariat » (Huws 2015) ou le « cyber-prolétariat » (Dyer-Witheford 2015), concepts qui font appel aux notions de classe et de lutte des classes ainsi qu’aux conflits entre capital et travail. De même, le concept d’iSlaves, introduit par Jack Qiu, qui se décline en iSlaves qui produisent (ouvriers de l’usine Foxconn) et en iSlaves produits (consommateurs numériques et leur travail immatériel), invoque l’idée de domination et de résistance. Il explore les écueils de la production et de la consommation de médias numériques (comme la surveillance numérique, l’extraction et l’exploitation de données) et recherche ardemment des alternatives et opportunités pour se faire entendre collectivement et développer la solidarité entre individus. Plusieurs idées ont été avancées dans l’espoir de développer l’émancipation et la solidarité des travailleurs du numérique, par exemple les contenus générés par les employés et les plateformes coopératives (Qiu 2016 ; Sholz 2017). Deux questions principales demeurent : comment les alternatives locales peuvent-elles éviter d’être absorbées par la structure et le système du capitalisme numérique ; et à quoi devrait ressembler le leadership de tels mouvements locaux pour permettre l’émancipation, la liberté et l’avènement d’une prospérité partagée ? Nous espérons que ces questions ouvriront le débat sur la dimension sociale de l’économie numérique chinoise.

Haiqing Yu est maître de conférences spécialisée dans la culture et les médias chinois à l’Université de New South Wales, Sydney, Australie.

UNSW Kensington campus, High Street, Kensington NSW Australia 2052 (h.yu@unsw.edu.au).

[1] Voir également : John Thornhill, « China’s Digital Economy is a Global Trailblazer », Financial Times, 21 mars 2017, https://www.ft.com/content/86cbda82-0d55-11e7-b030-768954394623?mhq5j=e7 (consulté le 28 octobre 2017).

[2] « Top 10 Provincial Regions in Digital Economy », China Daily, 8 mai 2017, http://www.chinadaily.com.cn/bizchina/2017top10/2017-05/08/content_29241255.htm (consulté le 29 septembre 2017).

[3] Jonathan Woetzel et al., « China’s Digital Economy: A Leading Global Force », McKinsey Report, août 2017, https://www.mckinsey.com/global-themes/china/chinas-digital-economy-a-leading-global-force (consulté le 15 septembre 2017).

[4] Voir également : Elena Holodny, « Jeremy Rifkin Interview », Business Insider, 17 juillet 2017, https://www.businessinsider.com.au/jeremy-rifkin-interview-2017-6?r=US&IR=T (consulté le 10 août 2017). Jianfei Lin et Yibu Jing, « The Power of the Nation-State in the Internet+ », Southern Weekly, 17 octobre 2017, http://www.infzm.com/content/129757 (consulté le 28 octobre 2017).

[5] « Chinese Video Giants are Becoming Production Powerhouses », Technode, 13 octobre 2017, http://technode.com/2017/10/13/chinese-video-giant-production-powerhouses/ (consulté le 14 octobre 2017).

[6] « Wangluoshidaizhucan: puhuiyuchuangfu » (L’ère Internet au service des invalides : Développement inclusif et création de richesse), Aliresearch, 18 mai 2017, http://i.aliresearch.com/img/20170518/20170518103747.pdf (consulté le 20 mai 2017).

[7] Ces affirmations sont fondées sur des enquêtes de terrains et des entretiens avec différents entrepreneurs sociaux et de jeunes entreprises numériques, réalisés en novembre 2017 à Pékin, Shanghai, Shenzhen (notamment Dongguan) et Canton.

[8] Le terme « nouvelle normalité » chinoise est utilisé par le Président Xi Jinping en référence à un nouveau stade de développement dont la croissance est plus lente mais aussi plus durable et variée. Voir Angang Hu, « Embracing China’s “New Normal“: Why the Economy Is Still on Track », Foreign Affairs, mai/juin 2015, https://www.foreignaffairs.com/articles/china/2015-04-20/embracing-chinas-new-normal (consulté le 15 novembre).

[9] Michael Keane, « Culture and Technology: The Good, the Bad, and the Ugly », discussion donnée à l’Université du Zhejiang, Hangzhou, 17 novembre 2017.

 

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