La reconversion d’un espace économique urbain dans la province du Hunan
D’une entreprise d’Etat à un marché spécialisé

L’un des traits les plus marquants
des transformations économiques en Chine au cours
de la dernière décennie est la montée
en puissance du secteur privé. Alors que le dynamisme
économique des années 1980 est pour une
large part à mettre au crédit des entreprises
collectives rurales, celui des années 1990 est
en partie basé sur la croissance rapide des entreprises
privées(1). Pour
comprendre les conditions du retour de l’activité
économique privée, identifier les modalités
du passage de la planification au marché, caractériser
cette nouvelle économie marchande, on ne saurait
se contenter d’une analyse à l’échelle
d’une province, d’un secteur d’activité
ou des politiques économiques mises en œuvre.
La reconstitution des stratégies des acteurs, de
leurs histoires et de leurs choix, est indispensable.
La condition de la compréhension des mécanismes
économiques en train de naître est leur inscription
dans les logiques individuelles et familiales à
l’échelle de configurations locales.

C’est dans cette perspective que
nous avons conduit une enquête dans la ville de
Yiyang, à 75 kilomètres à l’ouest
de Changsha, dans la province du Hunan, à l’automne
2002(2). Plusieurs heures
d’entretiens ont été réalisées
avec les patrons d’entreprises privées et
des responsables locaux. Précisément, l’analyse
a porté sur le périmètre circonscrit
d’un quartier, ici qualifié d’espace
économique. Jusqu’au début des années
1990, celui-ci rassemblait les lieux de travail et de
résidence des salariés de trois entreprises
d’Etat. Celles-ci ont depuis cessé toute activité,
mais leurs anciens salariés résident toujours
sur place et ont, pour nombre d’entre eux, ouvert
des échoppes privées – qui sont aussi
des lieux de production – là même où
ils étaient auparavant salariés. C’est
donc à la conversion d’un espace de l’économie
planifiée en un espace de l’économie
de marché, et, de fait, aux conditions de la naissance
d’un marché spécialisé (tese
shichang
ou zhuanye shichang) que nous nous
sommes intéressés(3).
L’objet de cette contribution est d’analyser
suivant quelles modalités et sur la base de quelles
ressources, on est passé d’un système
productif à un autre, d’un tissu d’entreprises
d’Etat à une économie d’entreprises
privées, et ce à l’échelle d’un
quartier de la ville de Yiyang.

La spécialisation d’espaces
urbains ou ruraux dans la production ou la commercialisation
d’un type de produit est l’une des formes prises
par le « retour du marchand »(4)
en Chine. Marc Blecher et Vivienne Shue(5),
par exemple, se sont penchés sur un marché
d’articles en fourrure et en cuir dans la province
du Hebei. Dans la même province, Shen Yuan et Liu
Shiding(6) ont enquêté
sur un centre de production et de commercialisation d’articles
de maroquinerie. Sun Liping et Ma Mingjie(7)
décrivent la spécialisation d’un canton
de la province du Shandong dans la culture du melon. Ces
travaux poursuivent pour partie ceux qui ont été
conduits par Jonathan Unger et Anita Chan, mettant en
évidence des Etats locaux « développementalistes
»(8). S’inscrivant
en faux contre l’hypothèse d’administrations
chinoises locales nécessairement prédatrices
ou clientélistes, ces travaux montrent qu’à
Baigou ou à Xinji, le gouvernement agit comme un
véritable promoteur de l’activité économique
privée, et donc d’une bourgeoisie entrepreneuriale.
L’objectif est d’identifier les nouvelles relations
qui se tissent entre la société et l’Etat.

Le marché étudié
à Yiyang présente au moins trois caractéristiques
originales. Premièrement, l’état de
son développement le situe « en amont »
des marchés précédemment cités.
Il n’a que quelques années d’existence,
reste précaire, et ne rassemble que quelques centaines
d’échoppes quand ceux de Xinji ou de Baigou
en comptent plusieurs milliers. Il constitue donc un terrain
d’observation privilégié des processus
d’émergence – plus que de développement
– de cette forme institutionnelle nouvelle qu’est
le « marché spécialisé »,
site à la fois de production et de commercialisation.
En outre, la province du Hunan constitue un terrain spécifique
dans la mesure où le développement de l’économie
privée est y récent(9).
Yiyang est loin de la côte et des marchés
les plus matures (le Guangdong, la basse vallée
du Yangtsé et Pékin)(10).
Enfin, tandis que les enquêtes précédemment
citées portent sur la Chine rurale, c’est
d’un marché urbain dont il est question ici,
d’un système productif nouveau-né sur
les ruines d’entreprises publiques en faillite.

 

Du déclin des entreprises
d’Etat à la vitalité du marché

A la fin de l’année 1986,
l’industrie textile à Yiyang compte 19 entreprises
qui emploient 12 785 personnes et fabriquent plus d’une
vingtaine de produits distincts(11).
La seule production d’articles en maille, soit quatre
entreprises, représente près de la moitié
du capital total engagé dans le secteur et emploie
près de 4 000 personnes(12).
Trois des quatre entreprises d’Etat produisant des
articles en maille à Yiyang sont situées
dans un même périmètre géographique,
dans le quartier de Heshan. Il s’agit de Daren wachang
qui fabrique des chaussettes et des bas, d’une entreprise
de sous-vêtements (Zhenzhi chang), filiale de la
précédente, et de Jingwei bianchang à
son tour filiale de cette dernière, qui fabrique
des tissus en maille. A l’intérieur d’un
territoire défini par quelques rues et couvrant
environ 5 hectares, s’entremêlent les trois
sites de production – des espaces arborés
clos de murs comprenant à chaque fois plusieurs
bâtiments – et les immeubles d’habitation
en briques rouges où sont logés les ouvriers.
Dans les années 1970, ce quartier était
l’un des plus prospères de la ville. Quinze
ans plus tard, l’industrie textile d’Etat a
disparu, les entreprises sont fermées, les salariés
licenciés, et les bâtiments aussi bien résidentiels
qu’industriels sont délabrés.

 

La disparition de l’industrie
textile d’Etat

Ces trois entreprises ont connu de graves
difficultés au cours de la décennie 1990.
Daren cesse de produire dès 1989-90. La dernière
à être contrainte à la fermeture est
Jingwei dont l’essentiel de la production est exporté
: elle est victime des conséquences de la crise
asiatique de 1997 et de la concurrence des produits moins
chers fabriqués en Asie du Sud-Est. De fait, en
2002, l’industrie textile d’Etat à Yiyang
a quasiment disparu. Seul se maintient un conglomérat
activement soutenu par les banques publiques, Isunte,
dont l’entreprise fleuron fabrique des tissus de
lin, une production traditionnelle de Yiyang, la matière
première étant cultivée dans les
campagnes avoisinantes. Pour autant, la production d’articles
textiles n’a pas cessé car des entrepreneurs
individuels ont pris le relais des entreprises publiques
d’Etat.

Après les faillites successives,
les ouvriers xiagang se sont trouvés sans
aucun revenu car aucune allocation chômage ne leur
a été versée(13).
En quelques années, le site de l’une des trois
usines – Jingwei –, situé au centre du
quartier, s’est transformé en un marché
où sont regroupées des boutiques-ateliers
indépendants créés par les xiagang,
tandis que les deux autres usines accueillent dans leurs
murs des entreprises privées de plus grande taille.

En 1998, on compte une trentaine de
boutiques-ateliers dans l’enceinte de l’usine
Jingwei. En 1999, 60 nouvelles boutiques se créent(14).
A l’automne 2002, on compte près de 300 boutiques-ateliers
dans le périmètre des trois anciennes entreprises
d’Etat, dont 155 installées dans les murs
de la seule usine Jingwei. La plupart d’entre elles,
200 environ, vendent des articles en maille(15).
Ce marché spécialisé procure des
emplois à 2 000 personnes, pour la plupart des
anciens employés des trois entreprises d’Etat
devenus xiagang.

En plus des boutiques-ateliers qui emploient
au maximum une dizaine de personnes, une trentaine d’entreprises
privées de plus grande taille, comptant plusieurs
dizaines de salariés, se sont installées
dans l’espace considéré. La plupart
d’entre elles ont été créées
à l’initiative d’anciens personnels d’encadrement
des entreprises d’Etat. Parmi elles, on compte trois
entreprises fabriquant des chaussettes, toutes fondées
par des anciens salariés de Daren. Près
de 1 000 personnes sont salariées de ces entreprises
privées. Ce sont donc au total 3 000 personnes
qui travaillent sur le site à l’automne 2002,
et l’on peut estimer que la plupart des anciens ouvriers
des trois entreprises d’Etat, si l’on considère
qu’une partie des personnels était proche
de la retraite, ont retrouvé un emploi.

En 2002, la production industrielle
réalisée sur le site s’élève
à plus de 100 millions de yuans(16).
Si on ajoute le chiffre d’affaires des boutiques-ateliers,
on dépasse les 150 millions. Les produits fabriqués
sont vendus dans la province du Hunan, mais aussi dans
le Yunnan, le Guizhou, le Sichuan, le Shaanxi, le Jiangxi,
le Hubei, le Henan, la Mongolie intérieure ou encore
le Xinjiang. Certaines des entreprises hébergées
dans le périmètre des trois usines d’Etat
exportent vers Hong Kong, l’Europe, les Etats-Unis
ou l’Afrique du Sud. On est donc passé en
l’espace d’une dizaine d’années
de trois entreprises d’Etat comptant chacune plusieurs
centaines de salariés à une multitude de
boutiques-ateliers qui produisent dans un cadre familial,
auxquels s’ajoutent quelques dizaines d’entreprises
privées de plus grande importance.

Le renouveau de l’activité
économique, sous des formes institutionnelles nouvelles,
a transformé la physionomie du quartier. Les restaurants
se sont multipliés dans l’artère principale,
qu’il s’agisse de petites échoppes vendant
de la nourriture aux heures des repas, simples pièces
ouvertes sur la rue, ou d’établissements plus
sophistiqués, disposant de salles fermées
et de salons particuliers avec air conditionné.
Les premières servent des repas aux ouvriers et
aux patrons les plus modestes ; dans les seconds, chefs
d’entreprises et clients se retrouvent pour des déjeuners
ou dîners d’affaires. Cette rue, qui va de
l’entrée de l’usine-marché à
l’une des principales artères de Yiyang qui
conduit à la route de Changsha(17)
est aujourd’hui engorgée en permanence. Etals
des commerçants, véhicules à deux
roues, camionnettes de livraison, voitures particulières
luttent pour occuper l’espace, signe d’une vitalité
économique retrouvée.

 

La reconversion des acteurs

Dans l’espace économique
considéré, l’ensemble des acteurs de
l’économie planifiée se sont adaptés
à la faillite des entreprises d’Etat et aux
nouvelles conditions de l’économie de marché.
Les anciens salariés des entreprises d’Etat
se sont transformés en petits entrepreneurs. Ils
louent des locaux sommairement aménagés
dans les bâtiments de leur ancienne usine. Les loyers
des boutiques-ateliers varient entre 4 000 et 10 000 yuans
par an(18), en fonction
de leur situation à l’intérieur du
marché (certaines allées sont plus fréquentées
que d’autres par les clients) et de leur taille (de
quelques mètres carrés à plusieurs
dizaines). Dans la plupart des cas, 4 à 5 personnes
y travaillent, dans d’autres plus de 10. Certaines
échoppes ne sont que des lieux de vente, la fabrication
étant faite ailleurs mais, dans la plupart des
cas, le même espace sert à la fabrication
et à la vente. L’activité commerciale
a lieu à l’avant – la marchandise est
exposée sur des portants à la vue des clients
–, tandis que la découpe, sur une grande table,
et la fabrication des pièces, sur une ou plusieurs
machines à coudre, se font à l’arrière.

Dans le cas des commerces situés
hors de l’enceinte de l’ancienne usine, dans
les rues alentour, ces échoppes sont aussi des
lieux de vie. M. et Mme Zhang, dont l’entreprise
fabrique des pulls et d’autres vêtements de
laine, ont débuté leur activité en
1991. A l’époque, ils louaient un espace de
vingt mètres carrés, à la fois atelier
et lieu de résidence partagé par quatre
personnes, eux-mêmes, la mère de Mme Zhang
et leur fils âgé de deux ans. Trois générations
cohabitaient donc sous un même toit, dans une pièce
qui était à la fois le lieu de vie familial,
l’atelier de production avec ses machines, et la
boutique où les clients venaient choisir leurs
articles. Aujourd’hui, M. et Mme Zhang sont locataires
de plusieurs pièces et l’espace résidentiel
est désormais distinct de celui de la fabrication
; une pièce est réservée à
l’exposition des produits fabriqués, une autre
sert de bureau où est tenue la comptabilité
de l’entreprise.

Les loyers les plus importants sont
bien sûr payés par les entreprises de plus
grande taille, hébergées dans les locaux
des anciennes usines. A titre d’exemple, l’une
des trois entreprises privées de chaussettes qui
emploie près d’une centaine d’ouvriers,
verse à l’entreprise dont elle occupe une
partie des murs un loyer annuel de 50 000 yuans, un montant
d’autant plus élevé que le local est
resté inoccupé pendant plus de six ans.
Depuis l’an 2000, la location des murs tant aux boutiques-ateliers
qu’aux petites et moyennes entreprises a rapporté
plus de 50 millions de yuans aux anciennes entreprises
d’Etat qui n’existent plus comme producteurs,
mais qui restent propriétaires des bâtiments
et perçoivent donc à ce titre des loyers(19).
Ces revenus permettent en particulier aux trois entreprises
d’Etat de continuer à payer les retraites
de leurs anciens employés(20).

Cette reconversion des entreprises d’Etat
de producteurs en propriétaires fonciers n’est
pas spécifique à l’espace observé.
Partout en Chine, les entreprises ont cherché à
tirer profit de la valeur marchande des terrains qu’elles
occupaient. Dans les cœurs des villes prospères
de la côte, elles les ont vendus au plus offrant,
y ont développé des activités nouvelles,
en particulier de services (hôtels ou restaurants),
ou se sont muées elles-mêmes en promoteurs
immobiliers d’espaces résidentiels(21).
Mais la valeur du foncier à Yiyang rendait ce type
de développement impossible. Ce qui est ici notable,
c’est que l’espace économique considéré
se reconvertit avec les mêmes acteurs et dans le
même secteur d’activité.

En effet, non seulement les anciens
ouvriers (ou cadres de l’entreprise) sont devenus
leurs propres employeurs, mais la mission professionnelle
des directeurs des anciennes usines s’est aussi radicalement
transformée. M. Wang a été nommé
à la direction de l’usine Jingwei en 1996,
alors que la production avait déjà cessé.
Il occupe toujours ce poste (changzhang), puisque
l’entreprise n’a pas cessé d’exister
administrativement. Mais une nouvelle entité administrative
a été créée en 2001, le «
marché spécialisé d’articles
en maille de Yiyang » (Yiyangshi zhenzhipin
zhuanye shichang
) dont il est simultanément
devenu le directeur général (zongjingli).

M. Wang, qui est également secrétaire
du Parti communiste, s’est aussi adapté au
nouvel environnement en opérant une véritable
conversion idéologique à l’économie
de marché. Dans un document rédigé
à l’intention du gouvernement municipal de
Yiyang, M. Wang prêche les vertus de l’économie
de marché comme base de l’industrialisation
et de l’urbanisation de la ville : « A la base
de l’industrialisation, il y a le marché (…).
Ce n’est qu’à condition de satisfaire
les demandes qui s’expriment sur le marché
que l’industrialisation peut suivre une bonne voie
et peut être un succès. Si l’on s’éloigne
du marché, la production industrielle est comme
un arbre sans racine ou une rivière sans source.
La base de l’industrialisation, c’est le marché.
»(22)

Ce qui s’apparente à une
conversion idéologique d’un responsable administratif
et politique est également une conversion pragmatique
à la réalité. En défendant
les intérêts de la communauté des
commerçants indépendants, c’est sa
propre carrière que M. Wang joue au sein des autorités
municipales. En permettant aux xiagang de se livrer
à un nouveau type d’activité génératrice
de revenus, il résout un problème dont il
est tenu pour responsable. Une directive du gouvernement
central stipule en effet qu’« un directeur
d’usine dont les xiagang n’ont pas encore
réglé la question de se nourrir et de se
vêtir, et ne disposent pas du minimum pour vivre,
ne peut pas gagner plus de 500 yuans par mois »(23).
Le succès éventuel du marché peut
lui permettre de gravir ultérieurement des échelons
dans l’administration municipale ou le Parti. Qu’il
s’agisse des anciens salariés des entreprises
d’Etat, ou des cadres nommés par l’administration,
les uns comme les autres jouent leur survie dans la naissance
du marché spécialisé des articles
en maille.

C’est donc l’ensemble des
acteurs présents sur le site qui se sont reconvertis
: les salariés « à vie » des
entreprises d’Etat se sont établis à
leur compte, les anciennes usines sont devenus des propriétaires
fonciers pourvoyeurs de locaux, les directeurs de ces
établissements sont devenus les maîtres d’œuvre
d’une activité commerciale privée.
Pour expliquer cette renaissance de l’activité
de production dans le cadre de nouvelles formes institutionnelles
(le passage des entreprises d’Etat aux entreprises
privées), il faut faire un détour par l’histoire
économique de la ville de Yiyang.

 

Une longue histoire industrielle

L’industrie textile à Yiyang
a une longue histoire. Dès 1840, la ville compte
des ateliers familiaux dans lesquels sont fabriqués
des tissus. Même si après les guerres de
l’opium, la concurrence des produits importés
nuit à l’activité locale, l’existence
d’un artisanat du textile est attestée par
une chronique locale publiée sous le règne
de l’empereur Tongzhi (1862-1874)(24).
Tout au long du XXe siècle, l’industrie textile
figure au second rang des plus importantes activités
industrielles de la ville (voir graphique ci-dessous).


Part des
deux principaux secteurs d’activité dans la production
industrielle de Yiyang (en %)


Source : Yiyang ditu zhi, Pékin, Xinhua chubanshe,
1997, pp. 1089 et 1090.


« Chaussettes occidentales
» et autres articles en maille

Les industries de la chaussette et du
sous-vêtement datent du début de la période
républicaine. En 1919, Mme Li Yuzhen étudie
à Hankou, actuelle Wuhan, la technique de tissage
des chaussettes et, de retour à Yiyang, achète
une machine – un métier à filer qui
fonctionne manuellement : c’est le début de
l’atelier de chaussettes Zhenji et de cette industrie
à Yiyang. L’année suivante, un pasteur
luthérien, Yan Youwen, importe 8 machines et crée
l’établissement Daren. A cette époque,
la fabrication de maille est un nouveau type de production,
et on parle de « chaussettes occidentales »
(yangwa)(25).
Le marché se développe rapidement et les
profits sont importants. En 1924, les établissements
Daren deviennent Daren gufen youxian gongsi (société
par actions à responsabilité limitée)
avec un capital enregistré de 50 000 yuans. L’usine
fabrique aussi des serviettes et d’autres articles
textiles. En 1923, Daren achète des machines japonaises
à Shanghai et commence à fabriquer des vestes
et des gilets. En 1925, Zhenji se met aussi à la
confection de vêtements en velours et en flanelle.
En mai 1925, Daren investi 7 000 yuans pour construire
un nouveau bâtiment. C’est alors la première
usine de la province du Hunan à faire usage de
machines électriques à tisser les chaussettes(26).

Dans les années 1930, l’entreprise
Daren a un capital de 100 000 yuans, ce qui représente
11,4% de tout le capital investi dans cette industrie
dans la province du Hunan, la production annuelle est
de 1 080 000 paires de chaussettes. La renommée
de la marque grandit grâce à la participation
à des expositions commerciales nationales, notamment
à Pékin en 1929 et 1935 à l’occasion
desquelles les chaussettes Daren sont primées(27).
En 1929, les sous-vêtements en maille fabriqués
par Daren obtiennent le second prix à une exposition
commerciale nationale. Dans les années 1930, les
marques Daren et Zhenji représentent plus de la
moitié de la production de la province de vêtements
en maille. En 1936, on compte à Yiyang 28 entreprises
textiles qui emploient 2 116 personnes. La maille est
la principale activité. Daren, première
entreprise du secteur, emploie 554 personnes : c’est
alors la plus importante entreprise textile de la province
du Hunan. En 1937, Yiyang compte 17 entreprises qui fabriquent
de la maille, équipées de plus de 1 500
machines ; une activité qui emploie 750 personnes(28).

L’industrie souffre de la guerre
sino-japonaise ; l’activité se réduit
et à la fin de 1948, on ne compte plus que 9 entreprises
textiles à Yiyang. En 1948, l’usine Zhenji
fait faillite. En 1949, la totalité de la production
de chaussettes (Daren et 5 autres entreprises de plus
petite taille) de Yiyang est de 278 000 paires. En 1950,
la gestion de l’entreprise Daren devient une collaboration
public-privé (gongsi heying). La même
année, le gouvernement local investit 70 000 yuans
pour moderniser l’équipement. En septembre
1952, l’entreprise change de nom (Daren mianzhi chang)
et devient une entreprise d’Etat. En 1956, Daren
construit de nouveaux bâtiments et la production
est modernisée avec 66 machines qui fonctionnent
à l’électricité. Pendant la
Révolution culturelle, l’entreprise change
à nouveau de nom : elle devient Yiyang shi dongfang
hong wachang – usine de chaussettes de l’Orient
rouge de la ville de Yiyang. L’entreprise retrouvera
son nom d’origine, Daren, en 1980(29).

En 1965, dans le cadre d’une diversification
de la production, Daren crée une nouvelle société
qui fabrique des sous-vêtements, où elle
installe une partie de ses équipements et de ses
employés. En 1973, cette filiale exporte pour la
première fois aux Etats-Unis et, en 1981, elle
crée à son tour une entreprise, Jingwei,
qui débute par la production de vêtements
en tricot de laine et se reconvertit rapidement dans la
production de sous-vêtements.

C’est donc à Yiyang qu’est,
pour partie, née l’industrie chinoise de la
chaussette. D’abord quasi artisanale, l’activité
s’est progressivement développée et
modernisée tout au long du siècle, un processus
notamment marqué par l’usage de l’électricité
pour actionner les machines. Si Daren a près de
cent ans d’histoire, l’industrie du sous-vêtement
est, elle, vieille de plus d’un demi-siècle.
Les marques associées aux entreprises («
da » pour les chaussettes et « taohua »
pour les sous-vêtements) ont une notoriété
certaine à l’échelle nationale.

 

Histoires familiales

L’histoire de l’industrie
textile, ce ne sont pas seulement des institutions –
les entreprises –, ce sont aussi des individus et
des familles. Les histoires individuelles et familiales
sont intimement liées à cette industrie.
L’histoire personnelle de Mme Liu est liée
à l’industrie textile depuis deux générations.
Sa mère, originaire de la ville de Ningxiang, à
quelques dizaines de kilomètres au sud de Yiyang,
vient travailler dans l’usine de chaussettes Daren
alors qu’elle n’est âgée que de
13 ans. Elle est l’aînée d’une
famille apparentée aux fondateurs de l’entreprise(30).
La mère de Mme Liu travaillera jusqu’à
la fin de sa vie professionnelle pour Daren ; elle débute
sa carrière comme ouvrière et finit comme
responsable de l’un des trois ateliers de l’usine.
Le père de Mme Liu, né au début du
siècle, poursuit des études secondaires,
à la fin desquelles, sur la recommandation d’un
oncle, chef de division dans les armées de Chiang
Kai-shek, il entre dans la carrière militaire.
Pendant la guerre civile, ce corps d’armée
passe au camp communiste. Au lendemain de la prise de
Yiyang par les troupes communistes, il est nommé
secrétaire général du Parti communiste
dans une usine textile de Yiyang, non pas Daren où
travaille sa future épouse, mais dans un autre
établissement qui fabrique du tissu.

Leur fille, Mme Liu, née en 1957,
entre à son tour dans l’usine Daren à
la fin de ses études secondaires, en 1977. Elle
est recrutée comme ouvrière, employée
à coudre des boutons. Comme sa mère, elle
est l’aînée et il serait trop coûteux
qu’elle entreprenne des études. Elle gagne
à l’époque 19 yuans par mois, un revenu
important qu’elle remet à sa famille. En 1979,
elle passe l’examen pour suivre des cours universitaires.
Tout en travaillant à l’usine, Mme Liu reprend
des études, à distance, en suivant des cours
à la télévision pendant trois ans.
Elle est ensuite nommée au bureau de la technologie
de l’entreprise, puis est successivement en charge
de la gestion et de la formation du personnel. Elle termine
sa carrière comme cadre moyen (zhongceng ganbu),
responsable des ventes. Mme Liu perd son emploi chez Daren
en 1991. Cette double biographie suggère combien
les histoires familiales sont, à Yiyang, étroitement
liées à l’industrie textile. M. Zhang
constitue un autre exemple. Il a commencé à
travailler en 1977, à l’âge de 19 ans.
Comme sa femme, il sera employé vingt ans durant
dans une entreprise textile de Yiyang. Ils sont tous deux
licenciés en 1989-1990.

Si l’on cherche à comprendre
pourquoi les xiagang se sont mis à leur
compte dans des ateliers familiaux, un élément
de réponse réside incontestablement dans
cette rencontre entre les histoires individuelles et familiales
et l’histoire industrielle de Yiyang. La biographie
des individus et des familles a partie liée avec
l’industrie textile depuis une ou plusieurs générations.
Des connaissances sont maîtrisées –
l’usage des machines, la conception des produits
somme toute relativement sommaire dans la fabrication
d’articles textiles, la fréquentation des
clients et des fournisseurs –, et tout un capital
de ressources peut être mobilisé. C’est
sans doute parce que ces ressources sont disponibles,
que les xiagang sont restés à Yiyang
et n’ont pas choisi une autre voie, comme l’émigration
dans une ville côtière(31).

L’un de nos informateurs, patron
d’une entreprise de plusieurs dizaines de salariés,
justifie ainsi le choix de Yiyang pour l’ouverture
de son établissement : la main-d’œuvre
disponible – les personnels licenciés –
y est nombreuse (et bon marché), mais « il
y a aussi des ressources techniques (jishu ziyuan),
une culture (yi zhong wenhua). Il y a ici des avantages
spécifiques. Les ouvriers compétents sont
nombreux ».

Parmi ces avantages spécifiques
figure la notoriété de Yiyang comme lieu
de production d’articles en maille. Yiyang est connue,
et de longue date (on a mentionné les prix obtenus
à des expositions commerciales dans la première
moitié du XXe siècle) pour ce type d’article.
Les marques constituent elles-mêmes une ressource.
Ainsi, l’une des entreprises privées créée
par un ancien cadre de Daren produit des chaussettes de
la marque « Guiren », une référence
à l’ancienne entreprise d’Etat «
Daren », les deux mots ayant un caractère
commun. Même si les nouvelles entreprises, qu’il
s’agisse des ateliers familiaux ou des petites et
moyennes entreprises comptant plusieurs dizaines de salariés,
ont dû se constituer leur propre réseau de
distributions et de clients, il est vraisemblable que
le développement du marché spécialisé
tient pour partie à la notoriété
du lieu.

A cet égard, il faut noter la
continuité entre les deux types d’organisation
productive, de l’entreprise d’Etat à
l’atelier familial. Un ancien responsable d’usine
d’Etat témoigne : « La gestion de l’entreprise
d’Etat n’était pas très rigoureuse.
De nombreux ouvriers ramenaient chez eux des pièces
de machines, c’était l’un des aspects
de la corruption dans les entreprises d’Etat. Ainsi
de nombreux ouvriers produisaient secrètement chez
eux. Quand l’entreprise a décidé de
cesser la production, dans les lieux d’habitation
des ouvriers, il y avait déjà une dizaine
d’ateliers familiaux qui fabriquaient des sous-vêtements
»(32). Il n’y
a donc pas de solution de continuité entre les
deux systèmes productifs qui se sont chronologiquement
chevauchés. Avant même que l’entreprise
d’Etat ne soit déclarée en faillite,
il existait déjà des ateliers familiaux
qui utilisaient une matière première et
des machines subtilisées dans l’usine d’Etat(33).

La transition du statut de salarié
à celui de petit entrepreneur a été
d’autant facilitée que les individus disposaient
également d’un certain nombre de ressources.
La longue histoire de l’industrie textile à
Yiyang, leur expérience du maniement des machines
sont autant de facteurs sur la base desquels l’activité
économique a repris, dans le cas d’entreprises
individuelles. Si les anciens salariés des entreprises
d’Etat ont perdu brutalement leur emploi et leur
revenu, ils continuaient néanmoins à disposer
d’une certaine forme de capital : leur logement occupé
quasi gratuitement qu’ils allaient transformer en
atelier de coupe et de couture.

 

Les autorités municipales
et le marché spécialisé

Si les autorités locales n’ont
joué aucun rôle dans l’émergence
du marché spécialisé, l’initiative
revenant aux xiagang, les responsables des anciennes
usines d’Etat se sont depuis, on l’a dit, mués
en responsables du marché. Une nouvelle forme d’autorité
ou de responsable collectif est apparue, intermédiaire
entre les entreprises individuelles et les administrations
locales. Porte-parole des intérêts des entrepreneurs
locaux, ces institutions sont simultanément du
côté des représentants de l’Etat
qui en a nommé les membres. L’analyse montre
ainsi combien les autorités locales sont loin de
former un tout homogène.

 

Un gouvernement local indifférent

Le principal obstacle à la création
par les xiagang d’une activité individuelle
privée (et à l’émergence d’un
secteur privé en général) est la
mise de fonds initiale(34).
La plupart d’entre eux ont financé leur établissement
sur leurs propres deniers ou en ayant recours à
des réseaux personnels et privés de financement,
mobilisant entre 10 000 et 20 000 yuans le plus souvent.
Pour se procurer les indispensables machines à
couper ou à coudre, les anciens employés
de l’usine ont eu recours à leur épargne
personnelle, ou ont emprunté de l’argent auprès
de parents ou d’amis. « Le gouvernement ne
nous donne pas d’argent, la banque ne nous octroie
pas de prêt, je suis un petit entrepreneur individuel
(getihu) », confie M. Zhang. Tel autre, qui
a créé une entreprise qui emploie une centaine
de salariés, témoigne en ces termes : «
L’argent, j’ai tout emprunté. A ma mère,
à ma tante maternelle et à d’autres
parents. Pour débuter, j’ai emprunté
300 000 yuans, et ensuite j’ai à nouveau emprunté
600 000 yuans. Je verse un intérêt de 12
% par an. Les banques ne prêtent pas. Il faut avoir
une somme déposée sur un compte comme garantie.
Mais si j’avais de l’épargne, pourquoi
irais-je emprunter ? Obtenir un prêt bancaire est
difficile »(35).
L’absence d’accès au crédit bancaire
pour les entrepreneurs privés, en particulier pour
les plus petits d’entre eux, est un problème
connu et souvent évoqué(36).

A en croire M. Wang, responsable du
marché spécialisé et aussi directeur
de l’usine dans les murs de laquelle il est installé,
l’initiative du développement du marché
spécialisé est strictement locale et revient
à la population des xiagang : « Nous
[la direction de l’usine Jingwei], nous voulions
faire repartir la production de l’usine. Et puis
nous avons pris deux mesures : la première, c’était
de louer les machines aux employés ; la seconde,
c’était de développer ce marché.
Nous avons eu la visite du vice-maire chargé de
l’industrie qui a considéré que louer
les machines était une bonne voie. Nous avons emmené
le maire rencontrer les xiagang qui fabriquaient
des sous-vêtements. Il a suggéré d’organiser
ces gens et de les installer dans un marché qui
existe déjà. Le maire voulait que j’organise
une réunion avec les xiagang. Mais les xiagang
ne voulaient pas quitter cet endroit, qui a des particularités.
A cette époque, on envisageait un grand marché,
mais rien n’était décidé (…).
Quand cela a démarré, il n’y avait
pas une seule boutique. Entre 1998 et aujourd’hui,
155 boutiques se sont installées (…). Le gouvernement
n’a pas investi un yuan dans le projet (…).
L’argent perçu comme loyer est utilisé
pour aménager les ateliers dans l’usine. Cela
ne nous a rien coûté. De toute façon,
nous n’avions pas d’argent. Donc le développement
a été progressif. Ce n’est pas tout
d’un coup que nous avons eu un grand marché
»(37).

La naissance du marché spécialisé
est donc à imputer à l’initiative des
xiagang de se mettre à leur compte en collaboration
avec la direction de l’usine qui a mis à leur
disposition des locaux et leur a loué des machines.
Certes, un représentant du gouvernement municipal
s’est rendu sur les lieux, mais sa suggestion (installer
les ateliers-boutiques dans un autre marché de
la ville, dans un espace proprement conçu pour
ce type d’activité) a été repoussée.
Plusieurs raisons peuvent justifier ce refus : le coût
que cela aurait représenté (notamment en
déplacements quotidiens puisque ici les entrepreneurs
individuels sont à proximité de leur lieu
de résidence), la nécessaire proximité
entre lieu de vente, lieu de production et de résidence
(souvent en fait confondus), la crainte de voir leur capacité
d’influence diluée en se regroupant avec d’autres
types de commerce (et la conscience diffuse de l’avantage
à former un groupe d’intérêt
spécifique). La transformation des bâtiments
de l’usine en espaces commerciaux a été
de fait entièrement autofinancée par les
responsables de l’usine, ce qui explique le caractère
progressif du développement, les loyers versés
par les premiers occupants permettant l’aménagement
de nouvelles échoppes.

Cette indifférence des autorités
locales quant au sort des xiagang, et leur absence
de toute forme de concours à la création
des établissements privés, expliquent le
ressentiment très vif éprouvé à
l’égard de l’Etat, désigné
dans sa globalité : « ceux qui font de la
politique, ils discutent de comment promouvoir les entreprises
privées (minying qiye), mais je vais dire
quelque chose qui n’est pas agréable à
entendre : tout cela, c’est pour tromper les gens.
(…) Je n’ai personne derrière le rideau
qui me soutienne. Il n’y a pas moyen [d’avoir
des financements] »(38).

Confronté au problème
du financement de son activité privée, cet
entrepreneur individuel porte, au nom de toute une génération,
un jugement sévère et désabusé
sur le Parti communiste et ses responsabilités
: « Nous sommes tous les deux [sa femme et lui]
des gens de la génération de Mao Zedong,
nous pensions que le Parti communiste ne pouvait pas quitter
le pouvoir, que les unités de travail d’Etat
ne pouvaient pas ne pas s’occuper de nous (buhui
buguan women
), qu’il y aurait toujours de quoi
manger. A cette époque, nos calculs étaient
faux(39). Parmi nous,
dans notre génération, nombreux sont ceux
qui sont dans des conditions difficiles. Ils ne reçoivent
aucun soutien du gouvernement. Leur jeunesse, ils l’ont
donnée aux entreprises du Parti communiste. Une
fois que nous avons atteint la qarantaine, il nous laisse
tomber. Et lorsque nos activités [privées]
ont atteint un certain niveau, le bureau de l’industrie
et du commerce du gouvernement vient encore nous demander
de l’argent, des frais de gestion. Je me suis moqué
d’eux, de quoi vous occupez-vous ? Vous ne vous occupez
que de nous extorquer de l’argent. Vous ne vous occupez
pas de savoir si j’ai de quoi me nourrir »(40).

L’amertume à l’égard
de l’Etat et du Parti communiste pour son comportement
passé et le sentiment d’avoir été
une génération sacrifiée se muent
en colère contre les administrations qui prélèvent
toutes sortes de taxes sur les activités privées.
Pour autant, on aurait tort de conclure hâtivement
à un face-à-face hostile entre le gouvernement
local (et ses administrations, notamment fiscales) et
les entrepreneurs privés. En même temps que
se formait le marché spécialisé,
sont apparus des acteurs apparentés à l’Etat
local qui ambitionnent de fédérer les énergies
des entrepreneurs privés et de coordonner l’action
des administrations. De ce point de vue, l’Etat local
semble disposer de moyens pour reprendre à son
compte les initiatives individuelles.

 

La naissance d’une institution
de régulation et de programmation

Le face-à-face entre les entrepreneurs
individuels et le gouvernement municipal n’est pas
direct à Yiyang, car des institutions intermédiaires
jouent les interfaces. Ce sont d’abord les directions
des anciennes usines d’Etat, dont on a dit qu’elles
sont restées en place avec une nouvelle mission
: non plus mobiliser des hommes pour organiser la production
dans le cadre du Plan, mais percevoir des loyers de la
part de locataires pour financer le développement
du marché ; les entreprises n’ont pas cessé
d’exister et sont devenues des « sociétés
immobilières ». Mais des structures nouvelles
se sont également mises en place. On a évoqué
le « marché spécialisé d’articles
en maille ». Il y a aussi un « comité
de gestion du marché des produits en maille »
(zhenzhipin shichang guanli weiyuanhui) créé
en 2001. Ce comité réunit les directeurs
d’usines (toujours en fonction) mais aussi un certain
nombre de représentants du gouvernement local,
notamment du bureau de l’industrie et du commerce
et du bureau (gongshang xingzheng) des taxes (shuiwu).
Il a une triple vocation : d’intermédiaire,
de coordination et de programmation.

Intermédiaire, il l’est
car c’est lui qui, depuis sa création, perçoit
les taxes sur les entreprises au nom des différentes
administrations. Comme le déclare M. Wang : «
Ce comité a été mis sur pied pour
préserver le développement sain de ce marché,
afin d’empêcher que chaque bureau de l’administration
ne vienne s’immiscer dans ce marché et procéder
à des prélèvements désordonnés
(lailuan shoufei). Les bureaux qui veulent opérer
des prélèvements doivent passer par nous.
Ils ne peuvent pas les opérer seuls. C’est
nous qui faisons les prélèvements et qui
leur remettons ensuite les sommes collectées »(41).

Ces propos suggèrent que le comité
joue un rôle de régulateur dans les prélèvements
opérés par les administration, semble-t-il
en charge de protéger les intérêts
des entrepreneurs individuels contre leurs comportements
prédateurs. Coordinateur, ce comité l’est
aussi dans la mesure où il est l’interlocuteur
unique entre les différentes administrations et
les acteurs du marché.

Ce comité a également
un rôle de programmation, à travers un plan
de développement. Il participe (comme d’autres
administrations) à la définition d’une
stratégie à moyen et long terme. Depuis
l’année 2000, les divers bureaux du gouvernement
concernés conduisent des enquêtes sur le
marché afin d’encourager son développement.
Au début de l’année 2001, le gouvernement
municipal a réuni une conférence pour discuter
des projets de développement, et le comité
de gestion du marché est le fruit de ces discussions.

Comment maintenant construire de manière
programmatique ce marché et le développer
? Pour répondre à cette question, les auteurs
du texte « Enquête et propositions à
propos de la construction d’un programme et du développement
du marché spécialisé en articles
de maille de Yiyang » ont rencontré les responsables
des trois entreprises d’Etat fermées et les
patrons des entreprises privées situées
dans leurs locaux.

Un certain nombre de problèmes
ont été identifiés(42).
Il faut améliorer la qualité des équipements
collectifs datant tous du temps de l’économie
planifiée et qui sont inadaptés au développement
d’un marché d’échoppes privées
où passent de nombreux visiteurs : les toilettes
publiques, le collecteur d’ordures, la voirie sont
à rénover ou à améliorer.
Pour le moment, l’environnement du marché
est qualifié de « sale, chaotique, d’un
niveau insuffisant » (zang, luan, cha). On
l’a dit, la rue principale, trop étroite,
sans trottoir, qui va de l’axe Changsha-Yiyang à
l’entrée du marché, est en permanence
encombrée rendant difficile l’accès
aussi bien aux marchandises qu’aux clients potentiels.
Les équipements de protection contre l’incendie
sont également insuffisants, de même que
la qualité de l’approvisionnement en électricité
des ateliers, autant d’éléments liés
à la transformation d’un espace autrefois
dévolu à la production en série en
une multitude de petits établissements(43).

« Pour le moment, notre gestion
du marché n’est pas parfaite, explique M.
Wang. Le comité vient juste d’être créé.
Mais bientôt nous mettrons en place un plan général
: comment réajuster la voirie, comment construire
les ateliers, tout cela sera fait en respectant les règles,
les projets seront soumis au comité. Cela ne sera
plus comme maintenant : l’un construit, l’autre
construit, sans plan d’ensemble. Aujourd’hui,
les boutiques (tan) sont sales, mais elles fournissent
des moyens de subsistance à beaucoup de monde,
donc nous devons nous développer de manière
stable. D’abord il faut nous protéger (bao),
il faut délimiter une zone de développement
(fazhan qu), et ensuite la transformer ».

Ce ne sont pas seulement les infrastructures
matérielles du marché qui sont inadaptées,
le même document reconnaît que les conditions
incorporelles de l’activité sont également
inappropriées. Le rapport mentionne le fait que
la plupart des échoppes se sont développées
sur les fonds propres des individus, qu’il leur est
très difficile d’obtenir le soutien des banques
et qu’en conséquence, leur capacité
de financement est limitée. Il est également
fait état de l’absence de marque ou de label
établi pour les produits fabriqués, ce qui
nuit également à son développement
(de fait, certaines échoppes utilisent une marque
qui leur est propre, de même que les petites et
moyennes entreprises du site). Pour que les produits du
marché des articles en maille de Yiyang soient
connus dans toute la Chine et même à l’étranger,
il faut établir une marque (pinpai), et
la promouvoir, éventuellement à la télévision.
Il faut donc créer une marque et un symbole de
ce marché. Il faut aussi mettre sur pied une association
professionnelle (tongye xiehui) qui rassemble les
entrepreneurs.

Les étapes du développement
futur sont fixées(44).
Dans l’espace de trois à cinq ans, il est
prévu de créer plusieurs centaines de nouvelles
boutiques de sorte que l’effectif employé
atteigne plus de 6 000 personnes. Il faut accueillir plus
de 50 usines et atteindre une valeur de la production
et du chiffre d’affaires de plus de 500 millions
de yuans. Dans une seconde étape, de trois à
cinq ans également, atteindre une valeur de la
production de plus de 1 milliard de yuans. Dans le cadre
de ce développement, il faudra créer un
marché d’approvisionnements en matières
premières. Enfin, le texte envisage aussi le développement
d’un marché d’articles de prêt-à-porter.

 

La formulation d’un «
modèle » de développement

Au-delà de la formulation d’un
plan de développement fixant des objectifs concrets
en termes d’investissements publics, de création
d’entreprises et d’emplois et de valeurs de
la production, c’est un vrai modèle qui est
théorisé par les responsables locaux du
marché. Plusieurs points nous paraissent importants
à souligner : le volontarisme du comité,
son insistance sur la nécessité d’une
action collective, l’importance de la spécialisation,
enfin la référence aux avantages spécifiques
de l’espace considéré. Le comité
municipal du Parti et le gouvernement municipal sont sommés
de formuler une politique de développement(45).
« Il faut que les autorités prennent à
cœur la croissance du marché qui s’est
développé jusque là spontanément.
Il faut améliorer la gestion du marché.
Il faut que toutes les administrations concernées
soutiennent le développement du marché,
notamment le bureau du commerce et de l’industrie
et l’administration fiscale ». Le texte en
appelle donc à une action de soutien du gouvernement
municipal et aussi du comité municipal du Parti.

En outre, le même texte justifie
un rôle dirigeant pour des organes apparentés
à l’Etat local et formule une théorie
sommaire du mode de développement mis en œuvre
largement spontanément. L’économie
de marché, est-il écrit, réclame
que « le gouvernement supervise le marché,
[que] les entreprises obéissent au marché
». « Le développement du secteur privé,
les petites entreprises ont besoin d’un leadership,
si elles ne s’appuient que sur elles-mêmes,
ce n’est pas bien, peu importe que ce soit le gouvernement
ou que ce soit des structures sous l’autorité
du gouvernement, mais s’il n’y a pas de direction,
alors il n’y a pas de chance de développement
»(46). Ces formulations
qui se donnent des apparences de théorie du développement
sont en fait un moyen de faire pression sur le gouvernement
local, jusque-là indifférent.

Si un rôle de programmateur et
de coordinateur est reconnu à des structures apparentées
à l’Etat, c’est en particulier au regard
de l’absence de capacité d’influence
de chaque établissement privé pris individuellement.
Et l’on est là en face d’une espèce
de théorie de mode de développement caractéristique
des espaces marchands spécialisés en Chine.
« Il faut se conformer au slogan “un petit
produit, un grand marché, une petite industrie,
un grand nombre d’entreprises, une forte densité
d’entreprises” » (xiao chengpin, da
shichang, xiao qiye, da juji
). L’expression juji
traduite ici par « forte densité d’entreprises
» évoque le rassemblement en un même
espace d’un grand nombre d’éléments
similaires et indépendants. C’est là
le cœur du « modèle » de développement
considéré. Elle désigne un type de
collectif distinct de celui caractéristique de
l’économie collective (jiti) et suggère
une association volontaire de membres aux intérêts
communs. Ce nouveau modèle pourrait être
résumé ainsi : favoriser le développement
d’établissements privés de petite taille
dans un espace local aux ressources spécifiques.

Les responsables locaux commentent avec
insistance les ressources spécifiques de l’espace
considéré qui doivent avoir pour traduction
économique la spécialisation du marché.
Leur argumentation se donne là encore les apparences
d’une théorie scientifique résumée
par un schéma qui suggère que plus le degré
de spécialisation du marché est élevé,
plus les possibilités de développement sont
grandes.

Dans nos entretiens, l’insistance
est mise sur les caractéristiques spécifiques
de l’espace économique considéré
: « Si une localité veut développer
le secteur privé de l’économie (minying
jingji
), l’élément le plus important,
nous l’appelons la force de la culture (wenhua
diyun
) » ; « le développement du
secteur privé, il faut d’abord choisir un
objectif. Ici nous avons choisi, nous faisons des articles
en maille ». Le slogan imprimé sur un panneau
publicitaire à l’entrée du marché
fait lui aussi référence explicite à
l’histoire industrielle du lieu : « reconnaître
une tradition centenaire, faire renaître la splendeur
de la maille ».

Dans l’esprit des responsables
du marché rencontrés, il s’agit bien
d’un « modèle » dans la mesure
où ils s’inspirent délibérément
d’expériences de développement conduites
dans d’autres espaces. Ils évoquent les visites
qu’ils ont effectuées dans d’autres villes
du Hunan, notamment à Zhuzhou à cinquante
kilomètres au sud de Changsha, sur le marché
de Loudong – « c’est un marché
qui a su exploiter ses particularités (tese).
C’est un marché du prêt-à-porter,
connu dans toute la Chine. C’est un modèle
de réussite » –, ou dans la province
du Guangdong, notamment à Humen où se trouve
le plus grand marché de prêt-à-porter
en gros de tout le pays.

Une fois ces ressources localisées
identifiées, le développement du secteur
privé est envisagé dans le cadre d’une
politique volontaire des autorités locales qui
ont vocation à rassembler les énergies,
et notamment à financer les infrastructures nécessaires
: « Chaque endroit a ses spécificités,
nous devons exploiter les nôtres, afin de favoriser
l’industrialisation de Yiyang. Nous croyons que le
gouvernement investira peut-être une somme importante.
Aucune décision ferme n’a encore été
prise, mais des membres du gouvernement en ont fait mention.
Une fois la décision prise, le gouvernement investira
dans des infrastructures ».

A l’état actuel de développement
du marché des articles en maille de Yiyang, il
apparaît que l’Etat local n’est pas un
tout homogène. Ses représentants au sein
du marché font à ce jour pression sur les
autorités municipales pour solliciter des investissements,
après des années d’indifférence.
Ayant une conscience aiguë des ressources spécifiques
au quartier considéré, ces acteurs se font
les porte-parole des intérêts locaux auprès
du gouvernement.

 

A la différence de marchés
étudiés par d’autres auteurs en Chine,
le marché spécialisé des articles
en maille de Yiyang est récent et de taille modeste.
Les premières échoppes-ateliers s’établissent
dans l’espace considéré à la
fin des années 1990, et à l’automne
2002, les dirigeants du marché sont en train de
faire pression sur les autorités municipales, jusque-là
indifférentes, pour qu’elles s’impliquent
financièrement dans le développement du
marché. Ce qui a été observé
est donc le début d’un processus qui pourrait
signifier un engagement croissant des autorités
sous la forme d’investissement (voirie ou bâtiments),
comme cela a été observé ailleurs.
Sans doute l’engagement de l’Etat dépend-il
ici aussi des gains qu’il juge possibles, développer
un marché étant somme toute l’une des
modalités les moins onéreuses d’accroître
les ressources financières locales(47).
Dans cette hypothèse, le gouvernement de Yiyang
deviendrait un « Etat développementaliste
».

Ce qui mérite d’être
souligné, c’est qu’à l’origine
de ce marché, il y a les initiatives de xiagang
qui trouvent dans l’activité privée
un moyen de survie économique. Licenciés
sans indemnité, ils sont contraints d’innover.
La création des échoppes se fait sans aucun
soutien public ; les financements sont individuels ou
familiaux. Les xiagang réunissent les seules
ressources qu’ils ont : leur savoir-faire d’ouvriers
du textile et les murs dont ils disposent, lieux de résidence
et de production désertés par les entreprises
d’Etat en faillite. Comme dans d’autres marchés,
l’Etat local est absent lors de la création
du marché, indifférent sans doute aussi
à cause de ses faibles ressources. A Baigou, Shen
Yuan(48) observe une
trajectoire comparable : les autorités légales
ont d’abord réprimandé, puis laissé
faire, avant de décider de soutenir les initiatives
lorsqu’elles ont compris tout le bénéfice
financier qu’elles pouvaient en tirer. A Yiyang,
le processus de développement d’un espace
de production et de commercialisation spécialisé
ne doit pas grand-chose au gouvernement local dont l’action
– cela reste à confirmer – viendra éventuellement
se greffer sur des initiatives indépendantes.

A Yiyang, ceux qui se font les porte-parole
des ouvriers-devenus-patrons sont les anciens directeurs
d’usines qui sont à la fois des responsables
administratifs et politiques. Comme leur carrière
est en jeu, ces hommes, représentants des autorités
locales au sein du marché, se font les défenseurs
de l’intérêt des entrepreneurs privés
qui sont leurs locataires. L’une des questions auxquelles
une nouvelle enquête devra répondre est celle
de la légitimité de ces représentants
auprès de leurs « administrés ».
Apparemment, ils agissent davantage en défenseurs
des intérêts de l’espace économique
local, qu’en représentant des autorités
qui, de fait, n’ont pas de politique de développement.
Ainsi faut-il comprendre l’émergence d’autorités
locales « développementalistes » comme
le résultat de marchandages au sein de ces dernières.
Le caractère développementaliste d’un
Etat local est le fruit d’un processus de construction.

Une seconde conclusion nous paraît
essentielle : il n’y a pas de solution de continuité
entre l’économie planifiée et l’économie
de marché. L’exemple du marché spécialisé
des articles en maille de Yiyang constitue une nouvelle
illustration de l’originalité des réformes
économiques chinoises, hors de toute « thérapie
de choc », et plaide pour l’hypothèse
d’une adaptation progressive des institutions et
des structures en place. Les ouvriers salariés
et les cadres des entreprises d’Etat sont devenus
entrepreneurs privés ; les entreprises d’Etat,
de producteurs, sont devenues propriétaires immobiliers
et percepteurs de loyers ; les représentants des
autorités locales et du Parti au sein des entreprises
d’Etat sont devenus agents de promotion auprès
du gouvernement local des intérêts des entrepreneurs
privés. Cette conversion des acteurs et de l’espace
est certainement le fruit de la nécessité
– tous avaient perdu leur source de revenus. Mais
elle est aussi la conséquence de la maîtrise
de ressources propres à l’espace local.

La réponse initiale au nouvel
environnement est venue des personnels licenciés.
Ils disposaient d’un savoir-faire, ils maîtrisaient
des ressources, et, on l’a dit, certains d’entre
eux, avant même la fermeture de l’usine, s’étaient
déjà établis à leur compte.
Il existait déjà des embryons d’activités
individuelles. L’économie de marché
n’apparaît pas ici comme une greffe imposée
de l’extérieur sur un système de production
en déréliction ; elle émerge dans
le cadre d’une adaptation endogène des acteurs
et des institutions locales.

Tous les territoires ont une histoire.
A Yiyang, le marché spécialisé des
articles en maille, nouvelle forme sociale, se coule dans
une institution ancienne, l’entreprise d’Etat,
qui est elle-même l’héritière
d’établissements industriels créés
au début du XXe siècle. La communauté
des ouvriers, dont certains ont plusieurs générations
d’ancienneté dans l’industrie textile,
devient une communauté de producteurs et de marchands
indépendants(49).
Nous souscrivons donc à l’appréciation
d’Isabelle Thireau pour qui, dans l’étude
de la Chine en transition, il faut prendre compte les
« institutions, les usages et les normes »
qui « viennent soutenir de nouvelles possibilités
»(50).

Avons-nous affaire là à
un modèle possible de reconversion des espaces
industriels urbains en crise ? Cette reconversion n’aurait
pas été possible sans deux conditions de
taille qui assurent des coûts de production particulièrement
bas : l’absence de l’application des règlements
légaux et le choix accepté de l’auto-exploitation
familiale. La législation relative à la
distinction entre entreprises individuelles et entreprises
privées n’est par exemple pas appliquée
; on peut faire l’hypothèse que, de manière
générale, que ce soit en matière
fiscale, de conditions de travail ou de rémunération,
ce ne sont pas les règlements qui prévalent,
mais la négociation au cas par cas entre l’administration
et les entrepreneurs privés.

Surtout, qu’il s’agisse des
salariés des entreprises privées ou de leurs
patrons, tous travaillent désormais plus longtemps
qu’ils ne le faisaient comme salariés d’entreprises
d’Etat, une situation appelée à durer
étant donné la masse des travailleurs sans
emploi disponibles. La clé de cette reconversion,
c’est donc l’établissement des anciens
salariés à leur compte mais dans des conditions
de travail dégradées, d’une précarité
extrême et sans garantie de revenus. S’ils
conservent leur logement, ils sont désormais exposés
sans protection aux risques de maladie, de chômage,
et ne bénéficient pas de retraite. Les patrons
de petites entreprises privées chinoises se trouvent
aujourd’hui dans la situation qui était celle
de certains de leurs voisins asiatiques dans les décennies
60 ou 70(51).

En outre, le développement de
ce type de marché à Yiyang tient aussi aux
caractéristiques des produits fabriqués.
Il est possible dans les secteurs industriels où
les ouvriers licenciés peuvent se réapproprier
facilement la technologie, les savoir-faire et les marchés.
Cela est particulièrement vrai dans l’industrie
textile et de la confection de vêtements, ou dans
d’autres industries manufacturières, mais
cela ne l’est pas dans des secteurs lourds ou des
industries fortement capitalistiques. En outre, si les
produits fabriqués à Yiyang sont peu sophistiqués,
ils correspondent à la demande de populations rurales.
Sur la frange côtière du pays, les consommateurs
seraient sans doute plus exigeants et la concurrence plus
vive. Le cas du marché spécialisé
de Yiyang n’est donc qu’une modalité
parmi d’autres de reconversion des espaces économiques
urbains du temps de l’économie planifiée.

Alors que les autorités locales
sont encore à peine engagées dans la promotion
de l’espace économique considéré,
il faudra observer le rôle qu’elles sont appelées
à jouer. Elles seront promoteurs du développement
local par leurs investissements dans des infrastructures,
mais participeront aussi à la construction du marché
en tant qu’institution. On a évoqué
l’élaboration d’une marque dont l’usage
serait collectif, mais plus largement elles participeront
à la définition de normes des produits –
condition de l’usage commun d’un label et de
possibles campagnes de publicité – ou la standardisation
des conditions d’emploi. Le marché spécialisé
apparaît donc comme un espace privilégié
d’observation à l’échelle locale
de l’Etat et de ses agents comme producteurs de normes
et de règlements en négociation avec des
acteurs locaux. D’ores et déjà, l’élaboration
d’une théorie du développement local
par les responsables apparaît comme un outil de
légitimation de leur rôle.

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