Linda Fung-Yee Ng et Chyau Tuanr : Three Chinese Économies : China, Taiwan and Hong Kong

Ce recueil d’articles peut intéresser
différents types de lecteurs grâce à la variété
des thèmes traités, unifiés par un remarquable
effort méthodologique. Réunissant des articles généraux
sur une unification hypothétique des trois économies
chinoises ainsi que des papiers plus techniques concernant les économies
de Taiwan et de Hong Kong, il tente d’analyser le potentiel
de croissance de cette région : pourra-t-il se maintenir
au niveau élevé qui a caractérisé ces
dernières décennies?

Cette analyse fait apparaître, peut-être
à l’insu des auteurs, le caractère hybride de
l’économie, une discipline à mi-chemin entre
les sciences exactes et les sciences humaines.

Cette relativisation de l’infaillibilité
des prévisions économiques, à une époque
ou la déception causée par la faillite des idéaux
politiques a fait place à une tendance à considérer
l’économie comme seul moyen de gouverner le monde, constitue
un des principaux intérêts du livre. Les trois premiers
articles nous présentent en effet les possibles scénarios
du futur développement économique des trois Chines
(République populaire, Taiwan et Hong Kong) en dégageant
le rôle des facteurs politiques et culturels dans le développement
économique, et par conséquent l’impossibilité
de prévoir avec certitude un “avenir radieux” pour
cette région, comme les médias en ont trop souvent
pris l’habitude.

“Si le développement futur (des
trois économies) continue d’évoluer dans une
direction idéale, la naissance d’un solide “Triangle
de croissance du Sud-est chinois” n’est plus très
loin. L’intégration des leurs économies fera
de cette Chine élargie une des principales puissances économiques
mondiales… Néanmoins, si les choses tournaient mal, il
se pourrait que les quatres décennies de développement
économique de Taiwan et Hong Kong soient tout d’un coup
ruinées” (1).

Autres qualités appréciables
de ces textes spécialisés : l’homogénéité
et la clarté. Si les premiers articles, de caractère
plus général, s’adressent à un vaste public,
les suivants, chargés de tableaux et de chiffres, s’adressent
à première vue aux seuls économistes.

En réalité la structure de chaque
papier rend les sujets les plus spécialisés compréhensibles
même par un lecteur peu attiré par l’économétrie.
Une présentation simple et précise annonce la cible
de l’article et détaille les différentes étapes
de l’analyse qui va suivre. Dans le cas des sondages (2) cette
cible est bien définie, comme le sont les limites de l’échantillon.
La conclusion clarifie en ouvrant souvent le débat sur les
aspects contradictoires du problème traité.

C’est ainsi qu’une analyse de l’économie
taiwanaise des années 80 sert à une discussion sur
la théorie économique appelée “Dutch Disease”(3).

Si l’homogénéité
de la présentation constitue un avantage, il n’en est
pas de même du contenu.

Le commun dénominateur annoncé
dans le titre, l’économie des “Trois Chines”,
n’est pas tout à fait présent dans le corps du
livre, puisque la majorité des articles concernent Taiwan,
rendant l’ouvrage plus intéressant pour les spécialistes
de cette “Chine” que pour ceux qui s’intéressent
à Hong Kong et à la République Populaire.

La raison non déclarée de cette
“préférence” est peut-être que l’économie
taiwanaise est la plus diversifiée des trois, et qu’elle
est donc susceptible de fournir un modèle pour les deux autres.

Les trois économies ont un problème
: comment maintenir dans les années à venir le même
rythme de croissance qui a caractérisé leur décollage
économique des dernières vingt années; mais
il est évident que le problème ne se pose pas de la
même façon pour les trois.

Le futur incertain de Hong Kong après
1997, sa petite taille et son développement économique
de plus en plus orienté vers la finance et les services l’empêchent
d’être un modèle d’économie “complète”.
La Chine, pour sa part, a le problème inverse et n’est
pas encore sortie du sous-développement. Elle risque de faire
régresser les deux autres “Chines” au lieu de les
stimuler. Taiwan est donc la seule des trois qui puisse être
analysée avec des critères économiques comparables
à ceux utilisés pour les autres pays industrialisés
de la planète.

A cet égard un des articles le plus
intéressants du recueil est celui consacré à
l’interdépendance de l’économie taiwanaise
et de celle des Etats-Unis (4).

Les auteurs n’ont pas oublié que
les trois Chines ne constituent pas un îlot dans l’océan.
L’avenir de la région est en effet soumis à une
autre condition très importante: le développement
économique du reste du monde et en particulier des Etats-Unis.

Le rôle fondamental joué par les
Etats-Unis dans le développement de l’économie
taiwanaise et, inversement, l’influence de celle-ci sur l’économie
américaine, ajoutent une autre variante à l’équation
complexe du “Triangle de croissance du Sud-est chinois”.

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