Maja Buchler, Sprachplanung im Schafspelz ?! Robert Cheng und die Verschriftlichung des Taiwanesischen

Maja Buchler présente les travaux d’un des
linguistes les plus connus de la langue taiwanaise, Robert
Cheng ; cette publication enrichit la série des ouvrages
sur la langue min du sud (minnanhua). Robert Cheng est né
en 1931 et appartient au groupe des exilés taiwanais
aux Etats-Unis. En 1966, il obtient son doctorat intitulé
« Some Aspects of Mandarin Syntax » à l’Université
d’Indiana, et devient professeur de chinois à
l’Université de Hawaï à partir de
1970. Les travaux de Robert Cheng critiquent la politique
linguistique du Guomindang (GMD), tournée vers la promotion
exclusive du mandarin. A une époque où le GMD
était décidé à éliminer
la langue taiwanaise, ils peuvent donc être considérés
comme un acte politique. Robert Cheng pose comme prémisses
à ses travaux que le minnanhua est en danger et menacé
d’extinction.


Maja Buchler prend la défense de Robert Cheng et
soutient son opposition à la politique linguistique
officielle. Elle avance trois arguments principaux : la langue
taiwanaise, qu’elle définit comme une langue
régionale, est une langue écrite ; la standardisation
et la codification de cette langue ne signifient pas une rupture
avec la Chine ; cette langue peut avoir un statut officiel.
Afin de démontrer ces points, elle analyse les travaux
de Robert Cheng à la lumière de la théorie
de Robert Cooper, que celui-ci a développée
dans son ouvrage Language Planning and Social Change (1).
La première partie du livre présente une courte
description de la situation ethnolinguistique à Taiwan,
de la dynastie Ming à la colonisation japonaise (1895-1945)
et au régime nationaliste. Maja Buchler y dresse la
liste des divers systèmes de transcription du mandarin,
de la langue taiwanaise et des langues indigènes.


La deuxième partie est consacrée à
une sélection des travaux sociolinguistiques de Robert
Cheng, abordés sous quatre grands thèmes : la
politique linguistique, les caractéristiques structurales
de la langue taiwanaise, la standardisation et la préservation
de la langue. Maja Buchler met à chaque fois en évidence
les principaux arguments de Robert Cheng.


Dans la troisième partie, Maja Buchler teste les
analyses de Robert Cheng à l’épreuve de
la théorie de Cooper. Les arguments de Cheng sont validés
par celle-ci. Buchler fait donc justice à sa volonté
de considérer la langue taiwanaise comme un partenaire
égal possible du mandarin dans la politique linguistique
et éducative à Taiwan.


L’intérêt de l’ouvrage tient à
la richesse des informations rassemblées. On apprend
par exemple que Robert Cheng était favorable à
une forme mixte de caractères chinois et romains (hanluo),
un projet lié à l’informatisation de la
langue taiwanaise. De plus, Maja Buchler met en rapport cette
démarche avec les travaux d’autres spécialistes
de la langue taiwanaise, comme Hong Wei-ren, Ekki Lu (Lu Yiqi),
Pai Chou (Zhou Baixiang) ou Tan Kheng-chiu (Chen Qingzhou).


Maja Buchler reconnaît que Robert Cheng et ses pairs
étaient liés aux activistes politiques taiwanais
d’outre-mer. Mais de manière générale,
elle n’envisage pas suffisamment le contexte politique
des travaux de Robert Cheng. Des informations sur les programmes
de l’Université de Hawaï portant sur la
reviviscence de la langue hawaïenne par l’informatisation,
ainsi que l’enseignement en ligne, auraient contribué
à expliquer l’intention de Robert Cheng de développer
un programme informatique en langue taiwanaise (2).
Maja Buchler aurait également pu tenter de mesurer
la contribution des facteurs politiques et éducatifs
à la politique linguistique du Guomindang.


On peut regretter qu’elle n’ait pas replacé
davantage la complexité des questions linguistiques
dans le contexte politique de l’après-guerre.

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