Ming K. Chan et Alvin Y. So éds., Crisis and Transformation in China’s Hong Kong

La rétrocession de Hong Kong à la Chine continue
de susciter l’attention. L’expérience politique
d’« un pays, deux systèmes » concerne
environ sept millions de personnes, et son résultat
in- fluencera une éventuelle unification de la Chine
et de Taiwan. Sur le plan des recherches universitaires, l’expérience
hong-kongaise fournit un terrain pour des études sur
la gouvernance et la légitimité politique, sur
le développement économique ou l’identité
culturelle.


L’ouvrage dirigé par Ming K. Chan et Alvin
Y. So fait partie des livres publiés ces dernières
années sur la situation de Hong Kong depuis 1997. Il
regroupe plusieurs essais solidement argumentés, dont
la plupart ont été présentés à
l’Université des Sciences et des Technologies
de Hong Kong en décembre 2000. Les auteurs sont issus
de diverses disciplines : économie, histoire, journalisme,
droit, sciences politiques, sociologie et urbanisme.


La première partie du livre traite de questions économiques,
la deuxième de la culture et des médias, et
la troisième de thèmes politiques et institutionnels.
Dans la première partie est soutenu que la Loi fondamentale
et le cadre légal de Hong Kong ont limité les
possibilités d’action du gouvernement sur le
marché financier, modifiant les pratiques en matière
de transparence, de fiscalité, ou d’utilisation
des terres. L’approche légale de ces enjeux économiques
est nouvelle, et les arguments sont prometteurs.


Les chapitres sur les questions culturelles dévoilent
les exigences politiques et économiques des médias
et des institutions d’éducation supérieure,
les faux débats sur la politique linguistique et les
solutions décevantes adoptées, ainsi que la
tentative d’ébaucher, sous la pression, une nouvelle
identité pour Hong Kong. Ces enjeux ont souvent été
masqués par les débats politiques.


Enfin, les chapitres sur les questions politiques et institutionnelles
analysent les élections, les réformes de l’administration
avant et après 1997, le positionnement constitutionnel
des principales institutions politico-légales, les
réalignements au sein du camp démocratique,
ainsi que l’émergence d’un système
politique partisan.


Les contributions détaillent les tensions, les clivages
qui traversent la société hong-kongaise, et
analysent les crises diverses qu’a connues Hong Kong
depuis 1997. Comparé à d’autres travaux
similaires, tels que Hong Kong in Transition, dirigé
par Robert Ash et al. (2003), The First Tung Chee-hwa Administration,
dirigé par Lau Siu-kai (2002), et Political Development
in the HKSAR, dirigé par Joseph Y. S. Cheng (2001),
cet ouvrage ne traite que très peu des marchés
financiers ou de l’intégration économique
avec la Chine, et n’évoque pas du tout les politiques
sociales et de santé. Cependant, il fournit de nombreux
détails sur la politique, des analyses nuancées
des enjeux culturels, et une nouvelle approche des questions
économiques.


Les essais n’ont pas une perspective unifiée.
Mais les éditeurs de l’ouvrage proposent une
théorie provocante selon laquelle Hong Kong aurait
traversé cinq crises, qui auraient été
surmontées grâce à cinq transformations,
et se dirigerait vers ce qu’ils appellent un «
soft authoritarian developmentalism ». Hong Kong aurait
connu depuis 1997 une crise démocratique, une crise
constitutionnelle, une crise de gouvernance, une crise économique,
et une crise de légitimité. Les divisions au
sein du Parti démocratique et son affaiblissement ont
limité la crise démocratique. La crise constitutionnelle
a été résolue lorsque la Cour d’appel
final a cessé de défendre l’autonomie
de Hong Kong. La tentative du gouvernement d’introduire
un système de responsabilité a aidé à
maîtriser la crise de gouvernance ; sa conversion tardive
au développementalisme constitue une réponse
à la crise économique, tandis que son recours
limité à la répression a contenu la crise
de légitimité. Le résultat est une concentration
des pouvoirs entre les mains du Chief Executive de la Région
administrative spéciale.


Les efforts d’Alvin Y. So et Ming K. Chan pour présenter
une vue panoramique de la situation de Hong Kong après
1997 sont louables. Il semble toutefois qu’ils aient
surestimé la solidité de leur fameux concept
de « soft authoritarian developmentalism », ainsi
que les pouvoirs du Chief Exe- cutive. Tout d’abord,
ils se sont étonnamment peu intéressés
aux institutions politiques et légales. Tant que l’administration
et les institutions légales demeureront intactes, elles
continueront à limiter la marche vers l’autoritarisme.
Ensuite, les cinq crises n’ont été surmontées
que parce que les circonstances ont obligé toutes les
parties au compromis. Si les circonstances avaient été
différentes, ou si les acteurs avaient fait d’autres
choix, le délicat équilibre aurait été
rompu. En effet, des groupes sociaux et politiques ont émergé
à Hong Kong et se sont organisés durant les
vingt années qui ont suivi le début des négociations
entre Chinois et Britanniques. Ainsi que l’explique
Susanne Pepper dans sa contribution, les tentatives faites
après 1997 pour multiplier les clivages politiques
et affaiblir l’opposition ont également diminué
la capacité des institutions politiques à articuler
et à canaliser l’opinion publique. Les tensions
ainsi créées ont engendré frustration
et cynisme, mais aussi la manifestation du 1er juillet 2003.
Les crises n’ont pas été totalement résolues,
et la société hong-kongaise n’est pas
encore entièrement entrée dans l’ère
du « soft authoritarian developmentalism ». –


 


Traduit de l’anglais
par Séverine Bardon

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