Sheng Lijun, China and Taiwan. Cross-Straits Relations Under Chen Shui-bian

Cet ouvrage est un compte rendu utile
des derniers développements à Taiwan en
matière de relations à travers le détroit
et de l’évolution de la politique taiwanaise
vis-à-vis de la République populaire de
Chine (RPC). Le livre de Sheng Lijun étudie avec
force détails et informations, la période
allant de l’annonce par Lee Teng-hui de la « théorie
des deux Etats » (liangguolun) au milieu
de l’année 1999 à la fin de la première
année de l’administration Chen Shui-bian.
Il présente également les principaux obstacles
à une solution pacifique du « conflit »
sino-taiwanais, en rappelant l’évolution des
relations bilatérales et les conceptions différentes
d’un rapprochement entre les deux rives depuis le
début des années 1990.

Les chapitres les plus importants de
l’ouvrage s’intéressent à la transformation
progressive de l’ancien président Li en promoteur
d’une indépendance taiwanaise de facto
(et l’histoire parallèle de la déception
et de la frustration du gouvernement de Pékin face
à la politique de Li), aux aléas confus
de la politique continentale de Chen Shui-bian et
à la réaction des dirigeants de la RPC.
Ces chapitres sont suivis d’une brève analyse
des capacités militaires de Taiwan et de la RPC
visant à évaluer les probabilités
et l’issue d’une éventuelle guerre dans
le détroit. L’auteur conclut que la situation
actuelle, dans laquelle les risques de guerre sont très
réduits, sert les intérêts de Pékin
et sera probablement maintenue dans les années
à venir. Les dirigeants chinois vont essayer d’empêcher
Taiwan de devenir un centre économique régional,
car cela lui permettrait d’acquérir une stature
internationale suffisamment importante pour ajourner d’autant
la réunification. En outre, Pékin ne semble
pas, à l’heure actuelle, en mesure d’imposer
une solution à Taiwan et va donc continuer de contrecarrer
tous les efforts de Taipei pour internationaliser la question
du détroit. L’auteur adopte une approche réaliste
de la question, et porte un regard critique sur la politique
chinoise du Président Chen. Il la considère
plus à « gauche » (indépendantisme
fondamentaliste) qu’au « centre »
(défense du statu quo).

Le passage consacré aux « faiblesses
de Taiwan » n’est, en revanche, pas très
bien documenté. Shen Lijun tente d’y démontrer
la « fragilité de la démocratie »
en soulignant la déficience des structures de la
société civile et des valeurs sociales,
la faiblesse de la construction de l’Etat et de la
gouvernance, le malaise économique, et les dissensions
internes au Parti démocrate progressiste au pouvoir.
C’est une image bien trop négative du Taiwan
contemporain, et qui peut induire le lecteur en erreur,
en faisant penser que, tôt ou tard, Taiwan devra
se soumettre à la RPC. A cet égard, l’auteur
ne tient pas assez compte du fort sentiment d’appartenance
nationale qui permet à Taiwan de se poser en adversaire
courageux de la Chine en temps de crise.

Néanmoins, tous les arguments
de l’auteur doivent être sérieusement
pris en compte dès lors qu’il s’agit
de juger objectivement de la première année
au pouvoir de Cheng Shui-bian et des limites du combat
actuel de Taiwan pour une plus grande reconnaissance internationale.
Il ne fait donc aucun doute que tous ceux qui sont intéressés
par la complexité des relations entre la Chine
et Taiwan, et par les conditions d’un éventuel
accord entre les deux parties, trouveront dans cet ouvrage
de très nombreuses pistes de réflexions.

Traduit de l’anglais par Mathilde
Lelièvre

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