Vies parallèles et mouvementées de Peng Shuzhi et Chen Bilan

Notre revue tente d’éclairer
sous des angles variés les réalités de la Chine
d’aujourd’hui. Mais le présent n’étant
jamais coupé du passé, nos perspectives ne
doivent pas s’interdire la rétrospective, surtout lorsqu’elle
nous rappelle des épisodes peu connus ou mal connus de l’Histoire
et lorsqu’elle exprime un point de vue original. C’est
pourquoi, à l’occasion de l’inhumation à
Paris de deux grandes figures du trotskysme chinois, nous avons
demandé à Cheng Yingxiang, leur fille, et Claude Cadart,
leur gendre, de nous rappeler en quelques pages ce que furent les
vies parallèles et mouvementées de Peng Shuzhi et
Chen Bilan et de nous dire en quoi ces deux personnes concernent,
plus que jamais, notre présent à tous, que nous soyons
chinois ou que nous ne le soyons pas.

Cheng Yingxiang et Claude
Cadart

Hautes figures du communisme chinois des temps
héroïques, celui des années 1920-1927, du trotskysme
chinois des années 1928-1948 et du trotskysme international
des années 1950, 1960, 1970, Peng Shuzhi et Chen Bilan sont
morts depuis longtemps déjà : lui, depuis près
de quinze ans, puisque ce fut le 28 novembre 1983 qu’il rendit
l’âme, âgé de 88 ans, à Los Angeles
; elle, depuis plus de dix ans, puisque ce fut le 6 septembre 1987
qu’elle s’éteignit, âgée de 85 ans,
à Hong Kong. Mais ce n’est que tout récemment
que nous avons été en mesure de leur faire construire
à Paris, au cimetière du Montparnasse, une sépulture
digne d’eux. La cérémonie d’inauguration
de cette sépulture, matériellement constituée
d’une unique pierre tombale toute blanche, a eu lieu le 31
mars 1998 ; plus de quarante personnes y ont participé. L’installation
des urnes contenant les cendres des deux défunts à
l’intérieur de la sépulture a eu lieu le 22 avril
1988.

Il eût été, bien sûr,
naturel et souhaitable que Peng Shuzhi et Chen Bilan fussent inhumés
à Shanghai, en cette ville où ils se rencontrèrent
et où ils s’aimèrent dans le feu de l’action
dès la fin de 1925, en cette ville où ce fut le plus
longtemps qu’ils se battirent, côte à côte,
jusqu’à la fin de 1948, pour tenter de changer le destin
de la Chine et, par là même, celui de la planète
entière. Nous dûmes cependant renoncer à ce
projet, qu’ils avaient caressé jusqu’à la
fin de 1994 ;nous dûmes y renoncer d’abord à la
suite du massacre de Pékin du 4 juin 1989, bien entendu,
mais ensuite aussi du fait du caractère très décevant,
outrageant, désespérant de l’évolution
politique de la Chine continentale des années 1990.

Leur long exil en Occident, ce fut surtout
en France que Peng Shuzhi et Chen Bilan le vécurent. En ce
pays, dont ils appréciaient tout particulièrement
les traditions culturelles, la civilisation, l’histoire bouillonnante,
ils passèrent vingt-deux années, les années
1951-1973, avant de partir pour la côte Ouest des Etats-Unis.
Le mieux, dès lors, était que Paris, leur seconde
ville après Shanghai, fût choisie comme le lieu de
leur dernier repos.

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Peng Shuzhi, Chen Bilan : leurs noms ont été
effacés, « rayés de la carte », ou traînés
dans la boue des pires infamies, par les soins des staliniens et
des maoïstes de tous les pays, staliniens et maoïstes
chinois en tête, durant de longues décennies. Pour
ce motif et pour quelques autres, les spécialistes des choses
de la Chine contemporaine et les vulgarisateurs, journalistes et
« honnêtes hommes » qui en sont tributaires sont
encore bien peu nombreux à avoir une idée claire de
ce que furent les vies de ces deux personnages. D’où
la nécessité dans laquelle nous nous trouvons de vous
les présenter, en tant qu’historiens et à titre
personnel.

Deux « enfants du 4 mai » emportés
par les souffles de la Révolution russe

Au cœur de la Chine, les Deux Hu : le
Hubei, le Hunan. Shuzhi est du Hunan : il est né à
Tonglucun, un tout petit village de la région de Shaoyang
(que l’on appelait alors Baoqing), cinq ans avant le Siècle,
dans une famille de paysans relativement riches et relativement
cultivés. Bilan est du Hubei : elle est née à
Huangpi (près Hankou), deux ans après le Siècle,
dans une famille de mandarins et de lettrés locaux. Il y
a donc entre eux une province et sept ans de différence.
Mais ce sont des Han, tous les deux ; et ils sont de la même
génération, politiquement parlant.

D’esprit très vif, très
réceptifs, ils sont l’un comme l’autre impatients,
dès le plus jeune âge, de changer la vie et de changer
leur vie, d’arracher leur pays aux tristesses de la dépendance
et de l’arriération et de s’y arracher eux-mêmes.
Bien avant de se rencontrer, ils effectuent chacun un parcours hors
du commun et se rendent déjà fameux dans leurs provinces
respectives, voire à l’échelle nationale, sans
d’ailleurs l’avoir cherché, emportés comme
ils le sont par les courants profonds qui ne cessent de travailler
la Chine depuis le choc du Double Dix de 1911 mais plus spécialement
par ce mouvement patriotique, culturel et idéologique dit
du 4 mai 1919 qui commença en fait en 1915 et ne prendra
fin qu’en 1925. Oui, ce sont l’un comme l’autre des
« enfants du 4 mai », le hasard voulant que son influence
s’exerce sur eux au maximum au moment précis, privilégié
sans doute, où il éclate en se transformant en une
sorte de feu d’artifice, ses éléments les plus
modérés (et les plus nombreux ne l’oublions pas)
se ralliant aux bannières du Parti nationaliste de Sun Yat-sen,
le Kuomintang, ou optant résolument pour l’apolitisme,
ses éléments les plus brillants et les plus radicaux
basculant dans le marxisme, le communisme, le russotropisme, emmenés
par les Chen Duxiu et les Li Dazhao.

Pour Peng Shuzhi, l’année-tournant
est l’année 1920, l’année au cours de laquelle
primo il se convertit tout seul, en avril, à Wuhan
(la ville d’une Chen Bilan dont il ne fera la connaissance
que cinq ans et demi plus tard), au marxisme et au communisme, devant
l’effarant spectacle de l’industrie moderne et de la condition
ouvrière, secundo il devient à Changsha, en
septembre, l’un des tout premiers membres du groupe communiste
du Hunan (dont ce n’est nullement Mao Zedong mais un certain
He Minfan, aujourd’hui encore totalement « oblitéré
», qui est alors l’animateur), tertio se prépare
intensément à Shanghai, d’octobre à décembre,
à partir pour la Russie, à l’intérieur
de l’ « École des langues étrangères
» du groupe central des communistes chinois. Pour Chen Bilan,
la période-tournant est celle de ses vingt ans, celle qui
court de l’automne 1921 à l’été 1923,
celle au cours de laquelle primo elle s’ouvre, presque
d’un seul coup, aux idées nouvelles, et aux plus avancées
d’entre elles, sous l’influence d’un des professeurs
de son école secrètement affilié au groupe
communiste du Hubei, secundo elle prend la tête, en
son école, d’un mouvement de contestation culturel,
féministe et anti- « féodal » qui fait
scandale dans tout Wuhan et lui vaut d’être chassée
de son école, tertio se révèle à
cette occasion agitatrice-propagandiste aussi courageuse que talentueuse,
quarto adhère au Parti communiste, quinto se
rend à Pékin et à Shanghai afin de s’y
préparer, elle aussi, à partir pour la Russie.

Peng Shuzhi entre en « Extrême-Orient
rouge » dès le début de mars 1921 mais n’arrive
à Moscou, après force péripéties, qu’en
septembre de la même année. Il va rester près
de trois ans en cette capitale de la Russie soviétique et
de la Révolution mondiale pilotée par le Comintern,
en tant qu’étudiant (1921-1923) puis en tant qu’enseignant
(1923-1924) de la section chinoise de l’Université communiste
des travailleurs de l’Orient. Et c’est au cours de ces
trois ans-là (nous allons y revenir) que se noue, à
son insu, tout son destin ; c’est de ce séjour
prolongé-là dans le berceau de l’avatar lénino-trotskyste
du communisme des origines que sortiront, pêle-mêle,
presque tous ses bonheurs et presque tous ses malheurs, et, par
extension, presque tous ceux aussi de Chen Bilan sa future compagne.
Il devait finir, d’ailleurs, par en prendre pleine conscience,
ainsi que nous le ferait sentir l’émotion très
retenue mais très perceptible qui l’étreindrait
quand il nous raconterait, à Paris, à la fin des années
1960, longuement, « objectivement », mais en tirant
sur sa pipe plus fort que d’habitude, cet épisode-là
de son existence.

Au terme d’une année de battement
et de déconvenues passée tantôt à Pékin,
tantôt à Shanghai, Chen Bilan, elle, part à
son tour pour Moscou, à l’automne 1924, soit quelques
semaines après que Peng Shuzhi en est revenu mais sans avoir
eu l’ocassion de le rencontrer. Dans les murs comme hors les
murs de l’Université communiste des travailleurs de
l’Orient, elle s’affirme à nouveau, là-bas,
leader des plus remarquables, sur le registre d’un féminisme
conçu comme l’une des facettes de la libération
de l’homme tout entier et non pas, certes, comme une entreprise
de castration revancharde du mâle ; et elle mûrit très
vite, politiquement parlant. Elle ne reste pourtant pas en Russie
durant trois ans, comme prévu ; elle y reste un an seulement.
Il lui faut, en effet, regagner Shanghai dès l’automne
1925, rappelée par le « Centre » en même
temps que nombre d’autres jeunes communistes chinois de Moscou,
à la suite de cette explosion révolutionnaire du Mouvement
du 30 mai 1925 qui a enfin autorisé le décollage du
PC chinois et dans la préparation de laquelle Peng Shuzhi,
le numéro 2 du « Centre », a joué un rôle
déterminant, de l’automne 1924 au printemps 1925.

Le « Centre », en mal de cadres
aussi capables que dévoués, fait d’elle, tout
de suite, l’un des membres du Jiang-Zhe-Wan quwei, l’exécutif
du Parti pour les trois provinces du Jiangsu, du Zhejiang et de
l’Anhui, en l’y chargeant plus spécialement des
secteurs « Femmes » et « Ouvriers ». Et
c’est dans ces circonstances qu’elle et Peng Shuzhi se
rencontrent. Chen Bilan n’est pas seulement une révolutionnaire
enthousiaste et vigoureuse ; c’est également une femme
tout à fait séduisante, une femme sensible et fine,
étonnamment vivante (elle le restera jusqu’à
la fin de sa vie). Peng Shuzhi est bel homme, lui aussi, il est
âgé de 30 ans, il respire l’intelligence et l’énergie,
et son prestige n’a cessé de grandir, depuis le début
de 1922, à l’intérieur du Parti.

Elle et lui ne se quitteront plus, désormais,
sauf quand les circonstances les arracheront l’un à
l’autre. Ils suivront, jusqu’au bout, le même chemin,
mais en restant toujours très différents l’un
de l’autre, chacun d’eux gardant sa propre personnalité,
ses propres idées aussi, parfois très divergentes
de celles de l’autre. Ils auront trois enfants. Les deux derniers,
des garçons, sont morts. L’aînée, une fille,
est l’un des deux auteurs de ces lignes. Elle porte, aujourd’hui,
le nom de Cheng Yingxiang.

Les années communistes

Les préhistoires de la prime jeunesse
oubliées, les vies de Peng Shuzhi et de Chen Bilan peuvent
être distribuées en deux périodes de longueur
tout à fait inégale mais de valeur politique à
peu près équivalente : les années communistes
(1921-1929) et les années trotskystes (1929-1983).

Les années communistes sont celles du
rôle de premier plan que Peng Shuzhi, seul d’abord puis
secondé par Chen Bilan, joue dans la préparation puis
dans la conduite de la Révolution de 1925-1927, une révolution
manquée (mais pas par sa faute) qu’il a toujours appelée
la Seconde Révolution chinoise (par opposition à la
Première, celle de 1911). Elles ont pour fil directeur la
résistance que Peng Shuzhi ne cesse d’opposer à
la ligne de la collaboration organique des communistes chinois
avec le Kuomintang, de l’ « entrisme » obligatoire,
proclamé, glorifié, des communistes chinois dans le
Parti nationaliste créé par Sun Yat-sen et réorganisé
par les soins de Moscou, bref de l’asservissement du parti
de la classe ouvrière chinoise au parti de la bourgeoisie
« nationale » chinoise. Cette ligne scandalise Peng
Shuzhi aussitôt que le Comintern juge nécessaire de
l’imposer au PC chinois, soit au cours de l’été
1922. Il la combat obstinément, à l’intérieur
du Parti, aussi longtemps, bien sûr, qu’elle n’aboutit
pas à la catastrophe à laquelle il était fatal
qu’elle finît par aboutir, soit jusqu’au 12 avril
1927.

Quatre temps forts sont à retenir, à
cet égard, dans la vie de Peng Shuzhi, au cours de ces années-là.

Le premier est celui du séjour de Peng
Shuzhi à Moscou, un séjour au cours duquel il assume
de bout en bout les fonctions de secrétaire du groupe des
jeunes Chinois de l’Université communiste des travailleurs
de l’Orient et se permet, en tant que tel, et avec leur soutien
le plus enthousiaste, de brandir l’étendard de la lutte
pour en revenir à la ligne « orthodoxe » et raisonnable
du développement indépendant du PC chinois,
sa collaboration avec le Kuomintang redevenant conditionnelle, sourcilleuse
et limitée.

Le second est celui des six mois qui s’écoulent
à Shanghai du début d’août 1924 à
la fin de janvier 1925, six mois au cours desquels Peng Shuzhi réussit
à rallier à ses points de vue les deux leaders encore
actifs du PC chinois, Chen Duxiu et Cai Hesen, puis à opérer
de concert avec eux, dans tous les domaines, sur tours les fronts,
à un rythme époustouflant, un redressement complet
de la ligne du PC chinois : le redressement que consacre le IVe
Congrès du PC chinois (Shanghai, janvier 1925) et qui ouvre
la voie au Mouvement du 30 mai 1925.

Le troisième est celui de la mission
que Peng Shuzhi effectue à Canton en tant que représentant
du « Centre » du PC chinois et des communistes de Shanghai,
en mai 1926, aux lendemains du coup perpétré par Tchiang
Kai-chek contre les communistes de Canton le 20 mars 1926, en vue
d’exiger de Borodine et du Comité du Guangdong du PC
chinois qu’ils se décident enfin à punir Tchiang
Kai-chek, à en finir une fois pour toutes avec la ligne démissionnaire
de la collaboration organique avec le Kuomintang et à doter
les ouvriers de Canton de quelques milliers de fusils au moins pour
qu’ils puissent se défendre contre les soudards de Tchiang
Kai-chek en cas de tentative de réédition du Coup
du 20 mars ; une mission qui se solde par un échec complet
mais qui ne déshonore que les camarades qui l’ont fait
échouer.

Le quatrième est celui de la contribution,
très importante, de Peng Shuzhi et de Chen Bilan à
la préparation et à la victoire de l’insurrection
ouvrière de Shanghai des 20-22 mars 1927. La Victoire acquise,
hélas ! nul ne soupçonne que l’armée nationale
révolutionnaire aux ordres de Tchiang Kai-chek qui s’apprête
à entrer dans la ville n’aura rien de plus pressé
que de massacrer les insurgés puis d’organiser une chasse
aux communistes sans merci, et cela dès le 12 avril 1927.
De la fin mars au 10 avril 1927, les principaux dirigeants du PC
chinois et de leur « forteresse » de Shanghai partent
très tranquillement, les uns après les autres, pour
Wuhan, où les appelle le Ve Congrès du PC chinois.
Shuzhi quite Shanghai au début d’avril. Bilan en part
huit jours plus tard. C’est en arrivant à Wuhan qu’elle
apprend la nouvelle de la trahison suprême de Tchiang Kai-chek,
annonciatrice de la défaite de la Révolution.

Les staliniens de Moscou, qui ont bien en mains
les rênes du Comintern depuis 1924, avaient résolu
d’en finir avec le couple Chen Duxiu-Peng Shuzhi, dont la fronde
les énervait, dès avant la défaite de la Seconde
Révolution chinoise, en s’appuyant pour ce faire, à
l’intérieur du PC chinois, sur une clique d’intrigants
fractionniste et fratricide conduite par Qu Qiubai, l’un de
leurs fidèles obligés. La défaite de la Seconde
Révolution chinoise, telle que le coup de Shanghai du 12
avril 1927 en amorce le processus (un processus qui ne prendra fin
qu’en décembre 1927) leur fournit une occasion inespérée
de se débarrasser de ce couple par trop récalcitrant
sans attendre, et à peu de frais. Il suffit qu’ils lui
en imputent la responsabilité et que, par dessus le marché,
ils fassent oublier, de la sorte, que ce sont eux qui, pour l’essentiel,
la portent. N’est-il pas, en effet, de tradition que les grands
chefs coupables des plus lourdes erreurs accusent leurs exécutants
de les avoir commises, de s’être montrés incapables
de comprendre leurs ordres, et les clouent au pilori d’autant
plus allégrement qu’ils avaient eu le tort d’avoir
raison contre eux ? La « loi » du sacrifice du bouc
émissaire, les staliniens de Moscou l’appliquent sans
pitié, avec le concours de leur petite clientèle communiste
chinoise, à Peng Shuzhi puis à Chen Duxiu, de la fin
d’avril 1927 (Ve Congrès du PC chinois, Wuhan) à
juin 1928 (VIe Congrès du PC chinois, Moscou) en passant,
bien sûr, par la conférence aussi fameuse qu’
« extraordinaire » du 7 août 1927, qui a lieu
à Jiujiang (Jiangxi).

Peng Shuzhi et Chen Duxiu, cependant, refusent
de la subir. Désemparés, pour commencer, et d’autant
plus désemparés qu’à la différence
de Qu Qiubai et de ses amis, ils ignorent tout des luttes féroces
dont Moscou est le théâtre, ils ne savent pas que «
la question chinoise » est devenue l’un des enjeux majeurs
du nouveau combat qui oppose là-bas Trotsky à Staline,
ils ne tardent pas trop, malgré tout, à se ressaisir.
Ils ne s’inclinent pas. Ils n’acceptent pas de confesser
les fautes qu’ils n’ont point commises. Ils se révoltent
contre leurs accusateurs puis contre la nouvelle ligne stupidement
putschiste que, sur l’ordre de Moscou, la nouvelle direction
du PC chinois s’attache à mettre en œuvre et qui
a pour seul effet d’accélérer la processus de
la défaite de la Révolution. Ils se délivrent
des liens de caractère un peu religieux qui les attachaient
encore au Comintern. Ils recouvrent le plein usage de leurs facultés
critiques. Et ils le manifestent en déclinant, l’un
comme l’autre, l’invitation que leur adresse le Comintern
de se rendre à Moscou pour y suivre les travaux du VIe Congrès
de leur Parti. Mais ils sont ébranlés, quelque peu
démoralisés, et ils ont de la peine à formuler
clairement tout ce qu’ils pensent de ce qu’il leur est
arrivé depuis 1920.

Aussi est-ce avec un immense soulagement qu’ils
découvrent, au cours de l’été 1929, les
textes-clés récemment pondus par Trotsky sur la «
question chinoise », tels que les leur apportent de jeunes
communistes Chinois retour-de-Moscou qui ont opté là-bas
pour l’Opposition de gauche. Ils y trouvent exprimé
bien mieux que par eux-mêmes ce qu’ils avaient sur le
cœur. Ils y découvrent qu’en un sens, ils ont donné,
sans le savoir, dans le trotskysme, depuis près de deux ans.
Et leur religion est faite. Ils s’instituent immédiatement
champions de l’Opposition de gauche en Chine. Et ils exigent,
comme tels, de la nouvelle direction du PC chinois (qui n’est
plus celle de Qu Qiubai mais celle de Li Lisan depuis juin 1928)
qu’elle procède et fasse procéder dans tout le
PC chinois à un réexamen critique des causes de la
défaite de la Seconde Révolution. Elle leur répond
en les excluant, sans façon, du PC chinois, le 15 novembre
1929, puis en en faisant exclure, quinze jours plus tard, Chen Bilan,
par la cellule dont elle relève. Commencent alors vraiment
les années trotskystes de Peng Shuzhi et de Chen Bilan. Elles
ont pour point de départ une déclaration solennelle
d’adhésion à l’Opposition de gauche dite
des 81 (parce que signée par 81 militants du PC chinois)
qui est publiée par les soins de Chen Duxiu et de Peng Shuzhi
le 15 décembre 1929.

Les années trotskystes

Les vies de Shuzhi et de Bilan sont tissées
d’un si grand nombre de péripéties que leur récit
complet serait un roman-fleuve. Bornons nous donc à en retenir
les éléments suivants pour ce qui concerne leurs années
trotskystes.

1) De la fin de 1929 à l’automne
1932, Peng Shuzhi, constamment secondé par Chen Bilan, réussit,
de concert avec Chen Duxiu et nombre de militants d’autres
groupes trotskystes, à arracher un nombre énorme de
cellules du PC chinois à l’influence des staliniens,
à rallier la plupart des communistes des quartiers ouvriers
à l’Opposition de gauche, à Shanghai, ce renouveau
de résistance sociale et politique évidemment clandestine
à la dictature du Kuomintang se doublant d’un renouveau
de patriotisme anti-impérialiste à la suite des agressions
perpétrées contre la Chine par le Japon dans l’ex-Mandchourie
puis à Shanghai même, de septembre 1931 à janvier
1932, puisqu’aussi bien le Kuomintang n’a réagi
que de façon très molle à ces agressions.

2) A Shanghai comme ailleurs, la police du
Kuomintang veille, cependant. Et la chasse aux communistes à
laquelle elle se livre frappe indistinctement staliniens et trotskystes.
Elle a, au demeurant, d’autant moins de peine à mener
bien son travail de répression que le putschisme suicidaire
dans lequel la direction stalinienne du PC chinois continue à
donner, sur l’ordre de Moscou, ne cesse de nourrir le désespoir,
la délation, la trahison, dans les rangs de ce qu’il
lui reste de pauvres militants. La vie du couple Peng Shuzhi-Chen
Bilan devient, dans ces conditions, extrêmement difficile.
Elle acquiert un caractère de plus en plus précaire.
Le 15 octobre 1932, enfin, Peng Shuzhi tombe, de nuit, dans un traquenard
à lui tendu par un camarade félon, en se rendant à
une réunion. Presqu’en même temps que lui, et
du fait du même félon, une dizaine de ses camarades,
Chen Duxiu compris, sont également arrêtés.
Il s’agit là, pour le Kuomintang, d’un superbe
coup de filet.

3) De l’automne 1932 à l’automne
1937, soit pendant cinq ans, Peng Shuzhi et Chen Bilan sont par
la force des choses séparés l’un de l’autre.
Peng Shuzhi est en prison, à Nankin, tout comme Chen Duxiu.
Ces deux personnages étant trop fameux pour que Tchiang Kai-chek
ait pu se permettre de les faire assassiner, quelque envie qu’il
en avait : il a du consentir à ne les faire condamner qu’à
huit ans de mise à l’ombre. Peng Shuzhi et Chen Duxiu
se brouillent l’un avec l’autre, durant leur séjour
en prison, le premier demeurant trotskyste, ardemment, le second
se détachant de tous les communismes.

Chen Bilan, elle, a à se battre non
seulement pour échapper aux griffes des abires du Kuomintang
mais encore pour survivre matériellement parlant, pour subvenir
à ses besoins et à ceux de ses enfants. Fort heureusement,
de vieux amis l’aident à se faire une nouvelle vie,
dans le secteur des éditions et des publications que contrôle
la branche de Shanghai de la YMCA. Elle publie chaque mois ou presque
dans de grandes revues de Shanghai mais plus spécialement
dans Dongfang zazhi (Le Magazine de l’Orient) des articles
sur toutes sortes de problèmes de société,
à commencer par ceux de la femme, de l’enfant, de la
famille, de l’éducation, des articles signés
« Chen Biyun » qui ne tardent guère à
lui valoir notoriété.

4) Le déferlement des troupes japonaises
sur les provinces de la Chine de l’Est qu’inaugure l’Incident
du 7 juillet 1937 et que les troupes chinoises se révèlent
incapables d’arrêter donne rapidement lieu, à
Nankin, à un tel désarroi et à de tels désordres
que les « autorités compétentes » jugent
n’avoir d’autre choix que de relâcher Chen Duxiu
puis Peng Shuzhi, en août 1937. C’est dans des conditions
épouvantables, sous les bombes japonaises qui arrosent routes
et voies ferrées, que Peng Shuzhi regagne alors Shanghai.

A peine a-t-il réussi à y retrouver
Chen Bilan qu’il s’emploie à tenter d’y relancer
un mouvement trotskyste à base ouvrière, à
partir de ce « sanctuaire » non-occupé par les
Nippons que représente la Concession internationale jusqu’à
ce qu’à la suite du drame de Pearl Harbour, les Etats-Unis
et la Grande-Bretagne entrent en guerre contre le Soleil Levant,
au début de décembre 1941. Ses efforts ne sont guère
couronnés de succès, il faut le reconnaître,
tant les « conditions objectives » lui sont défavorables.

Elles le lui deviennent évidemment encore
plus après que les Nippons ont fait main basse sur le territoire
de la Concession internationale. De 1942 à 1945, il est très
activement recherché par la police japonaise, qui lui reproche,
entre autres choses, d’avoir fomenté des grèves
de nature à nuire à l’effort de guerre du Soleil
Levant, des grèves pourtant peu nombreuses, férocement
réprimées. Il n’échappe que de peu, par
moments, à une arrestation qu’aurait sûrement
suivi un passage au poteau. Il s’en tire, cependant, parce
qu’il peut sans cesse compter sur l’aide d’une Chen
Bilan aussi astucieuse qu’intuitive et qu’il a acquis,
comme elle, une solide expérience de survie dans la gueule
de loup.

5) Au temps de la guerre contre le Japon, Peng
Shuzhi se fait professeur dans une université privée,
sous un faux nom bien entendu, pour gagner sa vie. Et cette activité
finit par devenir son activité principale. Fort de toutes
les lectures et de l’énorme travail intellectuel qu’il
a pu faire en sa prison, il enseigne l’histoire de la pensée
chinoise re-située dans l’histoire de la pensée
mondiale, et si brillamment qu’il rassemble autour de lui,
peu à peu, un vrai vivier de jeunes disciples, tous orientés
à gauche bien sûr. C’est dans ce vivier qu’il
puise, la liberté retrouvée, pour relancer encore
une fois, mais cette fois semi-ouvertement, le mouvement trotskyste,
à partir de l’automne 1945.

De 1937 à 1945, il réussit aussi
à se constituer discrètement, à Shanghai, un
réseau bien étoffé de sympathisants adultes
sur le concours duquel il peut ensuite compter afin d’assurer
le lancement puis le succès croissant de deux revues trotskysantes,
La Jeunesse et la Femme (rédactrice en chef : Chen
Bilan) et Quête de la Vérité (rédacteur
en chef : Peng Shuzhi), du début de 1946 à la fin
de 1948. Quand Peng Shuzhi et Chen Bilan jugent ne plus avoir d’autre
choix que de partir de Shanghai pour se fixer à Canton, au
milieu de l’automne 1948, l’organisation trotskyste qu’ils
ont remise sur pied compte plusieurs centaines de membres…
Elle sera, bien entendu, réduite à rien par les maoïstes.

6) Quand ils prennent à Shanghai le
bateau pour Canton, Peng Shuzhi et Chen Bilan ne s’enfuient
pas de Chine. Ils se bornent à changer le lieu à partir
duquel ils poursuivront leur double combat contre le parti de Mao
Zedong et contre le parti de Tchiang Kai-chek, en tant que principaux
personnages du noyau dirigeant de leur organisation. Et il en va
de même quand l’évolution de la situation les
condamne à quitter Canton pour aller se fixer à Hong
Kong (1949) puis quand les agissements de la police britannique
les obligent à quitter Hong Kong pour aller se fixer à
Saïgon (1950). Il faudra, pour qu’ils renoncent à
poursuivre en Extrême-Orient ce combat-là, que leurs
derniers lieutenants soient massacrés par le Vietminh en
même temps qu’un ultime groupe de trotskystes vietnamiens.
Ils décident alors de partir pour l’Europe. Ils débarquent
à Marseille en juin 1951. Ils y restent peu de temps. Et
c’est à Paris, bien sûr, qu’ils « montent
» s’installer, à Paris la ville dans laquelle
la direction de la IVe Internationale a son siège.

7) Plus ou moins intégrés au
groupe des dirigeants de la IVe Internationale, Peng Shuzhi et Chen
Bilan y déçoivent la plupart de leurs camarades étrangers,
qu’enthousiasme encore la victoire remportée en Chine
par le Parti de Mao Zedong, quand ils essaient de leur ouvrir les
yeux sur la vraie nature de cette victoire, à savoir celle
d’une révolution nationale d’ « Orient »
conduite par la petite bourgeoisie des villes et basée sur
le soutien de la paysannerie, et pas du tout celle d’une révolution
authentiquement socialiste, non-stalinienne, d’un type nouveau.
Peng Shuzhi et Chen Bilan, d’autre part, s’opposent dès
leur arrivée en Europe à la ligne de l’ «
entrisme sui generis » des trotskystes dans les PC
staliniens que préconise Michel Raptis, alias Pablo,
et qu’il va réussir à faire triompher en tant
que ligne directrice de l’ensemble de la IVe Internationale,
au début des années 1950, au nom de la théorie
de la guerre inévitable entre l’URSS et les Etats-Unis.
Cet « entrisme » suicidaire-là, peut-être,
leur en rappelle un autre, à savoir celui de la collaboration
organique avec le Kuomintang des années 1922-1927…

8) Durant leur exil à Paris puis à
Los Angeles, Peng Shuzhi et Chen Bilan ne cessent jamais primo
de se conduire en animateurs ou réanimateurs du mouvement
trotskyste international, d’employer comme tels le plus clair
de leur temps à tenter de réunifier ses multiples
composantes, de prévenir ses multiples scissions, et aussi
de suivre avec la plus grande attention les développements
de l’actualité mondiale et d’en discuter avec leurs
camarades de tous les pays, d’écrire dessus toutes sortes
d’articles, secundo de suivre au plus près les
affaires de Chine, des affaires qui, le plus souvent, les attristent,
bien sûr, jusqu’en 1976, mais qui, ensuite, leur redonnent
de l’espoir, quand elles se trouvent enfin éclairées
par des mouvements comme celui du 5 avril 1976 ou celui du Mur de
la Démocratie de 1978-1979. Peng Shuzhi nous déclarera
à ce moment-là qu’il était désormais
sûr d’avoir en son pays de nombreux héritiers.
Puisse l’avenir lui donner raison.

De bien vivants dynosaures

Que peuvent donc représenter Peng Shuzhi
et Chen Bilan, pour nous, les petits gars de l’an 1998 ? La
cause qu’ils ont assurément noblement servie, celle
d’une révolution mondiale à la lénino-trotskyste,
n’a-t-elle pas été déjà deux fois
perdue, une première fois du fait du triomphe des staliniens
sur tous leurs concurrents « idéologiques » dans
les pays de l’Est, en Chine, en Corée, au Vietnam, à
Cuba et dans presque tous les partis communistes du reste de la
planète (1927-1989), une deuxième fois du fait du
triomphe des rouleaux compresseurs de l’ultra-libéralisme
globalisateur aux couleurs américaines sur tous les communismes,
voire même sur tous les socialismes, à l’échelle
de la planète entière, y compris, en fait, en Chine,
au Vietnam, en Corée, à Cuba ? Quelque respectables
qu’ils soient, Peng Shuzhi et Chen Bilan ne gardent-ils pour
nous qu’un intérêt historique, pour ne pas dire
archéologique ? Bref sont-ils encore autre chose, en 1998,
que d’admirables dynosaures ?

Nous répondons que non, pour les cinq
motifs que voici.

1. Ce sont des gens qui, sans cesse, ont gardé
les yeux tournés vers l’avenir avec la conviction que
l’on pouvait faire en sorte qu’il fût moins sombre
que le présent. Ils n’ont jamais désespéré.
On peut, certes, leur reprocher d’avoir un peu trop cru que
le mouvement trotskyste international était encore porteur
d’avenir, après avoir été défiguré
comme il l’a été par l’ « entrisme
sui generis » et par d’innombrables querelles
de chapelles et de personnes d’un niveau lamentable. On ne
peut pas leur reprocher de lui être restés fidèles
afin de pouvoir travailler pour l’avenir. Il fallait voir avec
quelle passion, ils se jetaient encore, tous les jours, devenus
très âgés, sur les nouvelles du monde entier,
avec quelle impatience ils surveillaient les progrès de la
lutte de tous les peuples pour en finir avec toutes les formes d’exploitation
et d’oppression.

2. Ce sont des gens qui n’ont jamais cessé
d’associer, en leur tête, l’idéalisme à
l’exercice de la pensée critique, combinaison rare s’il
en est, combinaison qui, justement, caractérise les grands
marxistes, les communistes des origines, que l’on adhère
ou non à leurs thèses, à leur philosophie.
Ils savaient s’incliner devant les faits et, par suite, enrichir,
modifier leurs idées, remettre en cause leurs certitudes,
chaque fois que nécessaire. Sans doute les réserves
d’idéalisme que recèlent les sociétés
d’aujourd’hui ne sont-elles pas considérables.
Mais celles que portaient en elles les sociétés d’hier
ne l’étaient pas non plus, en dépit des apparences.
L’idéalisme d’aujourd’hui se polarise le plus
souvent sur le défense d’autres causes que celles que
défendent les mouvements politiques révolutionnaires.
En tire-t-il toujours de même ? De toute façon, l’idéalisme
est bien là, il n’a pas disparu. Mais ce qui est peu
fréquent est qu’il fasse alliance avec cette indépendance
d’esprit, cette aptitude à défendre, passionnément,
ce que l’on croit juste et vrai sans se soucier en quoi que
ce soit des conséquences malheureuses que cela risque d’emporter
pour vous et dont Peng Shuzhi et Chen Bilan ont constamment fait
preuve, ainsi que le démontre l’histoire de leurs deux
vies.

3. C’étaient aussi des patriotes,
de vrais patriotes chinois, mais qui ne cessèrent jamais
d’intégrer la défense de leur pays asservi par
les puissances impérialistes à celle des intérêts
généraux de l’Espèce. Leur conscience
nationale et leur conscience d’Espèce se nourrissaient
l’une de l’autre. Est-ce dépassé, cela ?
Ce ne l’est en rien. Mais c’est très rare, même
et peut-être en Europe, où l’on prétend
maintenant résoudre le problème de la contradiction
entre patriotisme et internationalisme par la liquidation pure et
simple du patriotisme. Impossible de faire parler les morts. Impossible
donc de savoir ce que Peng Shuzhi et Chen Bilan auraient pensé
au juste du mondialisme uniformisateur tel que nous l’imposent
aujourd’hui les théoriciens tout-puissants du «
Village Global » avec le soutien des « marchés
financiers ». Nous soupçonnons, cependant, qu’ils
ne l’auraient pas confondu avec ce mondialisme internationaliste
respectueux, par définition, de la diversité des nations
qu’ils ont toujours défendu, de même que nous
soupçonnons qu’ils n’auraient jamais approuvé
les aspirations à l’hégémonie dont il
est patent que la Chine continentale a contracté la maladie
depuis quelques années.

4. Ils n’ignoraient ni l’un ni l’autre
que le recours à la violence était souvent inévitable
pour « accoucher de l’avenir ». Mais ils ne l’aimaient
guère. Ils se méfiaient comme du loup blanc, bien
avant le coup de Shanghai du 12 avril 1927, des révolutions
qui triomphent sur la pointe des baïonnettes et qu’assassinent
leurs généraux, des pouvoirs que l’on ne trouve
qu’au bout du fusil. Ils détestaient le militarisme.
Ils jugeaient que la Révolution devait être avant tout
le fait des mouvements de masse, mouvement ouvrier en tête,
et que c’était des villes qu’elle devait partir.
Tout communistes qu’ils étaient et parce que communistes,
ils se voulaient démocrates. Peng Shuzhi n’est jamais
entré en conflit personnel avec Mao Zedong, durant la Seconde
Révolution chinoise. Mais l’on peut dire qu’il
en aura été une sorte d’anti-thèse, puisque
aussi bien, Mao Zedong, c’était la paysannerie, les
campagnes, le nationalisme étroit, le fusil, la violence,
le despotisme.

5. Ils avaient réussi, et c’est
par ce trait, sans doute, qu’ils restent le plus actuels, à
installer au centre de toute leur pensée et de toutes leurs
entreprises le respect de l’homme, l’humanisme, tel qu’il
leur était venu des plus nobles courants de la pensée
chinoise en même temps que de la vieille Europe. Et c’était
cet humanisme qui illuminait leur vision de la révolution
mondiale et de toute révolution, révolution chinoise
incluse. En cette fin du XXe siècle où l’on est
bien forcé d’observer que bureaucrates et ploutocrates
de tous les pays font preuve, conjointement, d’une étonnante
imagination pour multiplier les formes de l’exploitation et
de l’oppression de l’homme par l’homme, il est réconfortant
de pouvoir s’inspirer, de temps à autre, de la pensée
et de l’exemple de personnages aussi incorruptibles que le
furent Peng Shuzhi et Chen Bilan, d’un bout à l’autre
de leur existence.

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