Yanrui Wu, China’s Economic Growth. A Miracle with Chinese Characteristics

L’ouvrage de Yanrui Wu offre un précieux outil d’information statistique et de réflexion consacré à la croissance chinoise au cours des décennies qui ont suivi la création de la République populaire de Chine. Si le sujet n’est pas nouveau, la contribution de Yanrui Wu se présente comme une synthèse rigoureuse des travaux antérieurs et une recherche originale permettant, à partir d’une base de données spécialement construite à cet effet, de tester diverses hypothèses, grâce à l’utilisation de méthodes statistiques et écono-métriques.

En premier lieu, l’auteur revient brièvement sur le contexte dans lequel se situe son travail et sur l’évolution de l’économie chinoise depuis 1949, en se focalisant essentiellement sur la période post-réforme. Le plan de l’ouvrage suit ensuite une déclinaison de la problématique d’ensemble en trois parties. La première étudie la croissance chinoise et ses déterminants au niveau global. La seconde partie analyse l’évolution et l’impact de la croissance au niveau des provinces. Enfin, dans la troisième et dernière partie, il étudie dans le cadre des réformes deux secteurs clefs : les télécommunications et l’énergie.

L’analyse de la croissance et des réformes économiques est assez conventionnelle. Le principal apport est sans doute fourni par le chapitre 2 où, après avoir présenté la relation existant entre formation du capital et croissance économique dans la littérature, Yanrui Wu propose une mesure du stock de capital en Chine au niveau national et régional sur longue période. Ces données sont disponibles en annexe de l’ouvrage. L’auteur met ainsi en évidence le rôle fondamental joué par l’accumulation du capital.

S’appuyant sur les travaux fondateurs des théories de la croissance, le chapitre 3 examine ensuite les sources économiques et politiques traditionnelles de la croissance chinoise. Il met en évidence un rattrapage économique à l’intérieur des grandes régions (occidentale, centrale et côtière), et une très faible convergence entre elles.

Pour l’auteur, si la croissance est fortement liée à l’ajout de capacités de production, elle provient également de l’amélioration de la productivité des facteurs, ce qu’il cherche à mettre en évidence dans le chapitre 4. Il prend ainsi part au débat sur le caractère durable de la croissance chinoise à long terme.

L’analyse de la croissance au niveau provincial aborde deux aspects principaux. En premier lieu, la question de l’accroissement des disparités provinciales et de la convergence est développée dans le chapitre 5. La mise en perspective des différents travaux portant sur le sujet est parti-

culièrement instructive. Le chapitre suivant examine l’impact de l’intégration économique des économies de Hong Kong, Taiwan et des provinces du Guangdong et du Fujian.

Yanrui Wu termine son travail par deux études sectorielles. Les secteurs des télécommunications et de l’énergie ont connu une croissance rapide liée à l’augmentation de la demande et des besoins. L’évolution du secteur de l’énergie renvoie à l’ensemble des débats actuels sur le devenir de la croissance chinoise et la place occupée par ce pays à l’échelle mondiale.

Il convient de saluer la rigueur de ce travail, de surcroît agréable à lire et clairement argumenté. La première question que l’on se pose toutefois à propos de la croissance chinoise est celle de la fiabilité des statistiques, largement remise en question aujourd’hui, qui n’est pas évoquée. Par ailleurs, l’un des propos de l’auteur est de montrer que la contribution à la croissance de l’accumulation du capital physique est très importante. Cependant, aucune réflexion n’apparaît sur le fait que cette accumulation n’est pas nécessairement bénéfique lorsqu’elle accroît les surcapacités industrielles d’entreprises d’Etat faiblement productives et sur sa vocation à jouer un rôle décroissant au fur et à mesure que la productivité du capital augmente. Ces dernières années, la croissance chinoise est en effet scandée par des périodes de surchauffe provoquées par un excès d’investissement. On a assisté à l’augmentation des prix des matières premières et des matériaux de construction. La surchauffe est manifeste dans les secteurs de l’énergie et du transport et des surcapacités apparaissent dans plusieurs secteurs (automobile, textile). Si l’ouvrage présente l’intérêt d’aborder de nombreux aspects et questionnements relatifs à la croissance, comme la convergence, la productivité, les

disparités régionales ou l’intégration économique, il pèche parfois dans les trop rapides développements concernant ces thèmes qui auraient mérité une analyse critique et une discussion plus poussée.

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