Perspectives chinoises 2019/2

DOSSIER

Au nom de l’État-parti, au service du peuple : organisations de masse et de base dans la Chine du XXIe siècle

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Perspectives chinoises 2019/2

Dossier

Éditorial – Les corps politiques intermédiaires de l’État-parti : sociologie des organisations de masse et de base dans la Chine contemporaine Page 3

Judith AudinJérôme Doyon

Des intermédiaires aux fonctions honorifiques ? La Conférence consultative politique du peuple chinois en théorie et en pratique Page 9

Rebekka Å. SagildAnna L. Ahlers

RÉSUMÉ : La Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) est une institution ambiguë : souvent tournée en dérision en étant comparée à une « plante verte » du régime de l’État-parti, ou, au mieux, en étant considérée comme un cercle de réseautage destiné à obtenir les bonnes grâces des élites, elle n’est que peu étudiée dans la recherche académique. Cependant, la direction du Parti communiste s’accroche fermement à ce qu’il estime être un organe intermédiaire « largement représentatif » qui soutient les réformes politiques et l’action du Front Uni. Dans cet article, nous étudierons le bien-fondé de cette logique initiale en nous appuyant sur de nouvelles données empiriques. Nous reviendrons sur l’histoire institutionnelle de la CCPPC, le mode de désignation de ses membres, ainsi que sur l’image portée par les délégués sur leurs propres statuts et mode de fonctionnement. Il apparaît que l’intermédiation constitue depuis toujours une tâche aux contours flous pour les membres de la CCPPC, ce qui se traduit par un large éventail d’attitudes allant de l’adhésion complète aux prises de position du Parti à des tentatives d’inscrire de manière proactive des sujets à l’ordre du jour. Après plus de 20 ans de timide ouverture aux propositions nouvelles émanant de la base en matière de politiques publiques, de nouvelles règles de conduite émanant du niveau central tendent à limiter de nouveau le pouvoir consultatif des CCPPC aux niveaux national et régional. Néanmoins, il semblerait qu’une marge de manœuvre reste possible pour un rôle intermédiaire, en particulier au niveau local.
MOTS-CLÉS : CCPPC, système politique chinois, Front Uni, corps intermédiaires, représentation, politique des élites, consultation.

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« La petite fille modèle du Parti » ? Analyse néo-institutionnelle des réformes organisationnelles de la Fédération des femmes à l’ère de Xi Jinping Page 19

Yunyun Zhou

RÉSUMÉ : Comme d’autres institutions socialistes ayant perduré lors des réformes vers l’économie de marché en Chine, la Fédération natio- nale des femmes de Chine (FNFC ou FF pour parler de ses branches locales), unique organisation de représentation des intérêts des femmes, s’est constamment réinventée en vue de faire face à de nouveaux défis existentiels. En juillet 2015, la direction centrale du Parti communiste chinois a ordonné une nouvelle vague de réformes des organisations de masse, reprochant notamment à la Fédération des femmes sa distanciation vis-à-vis des citoyens ordinaires et l’affaiblissement de la représentation des intérêts des femmes. Trois ans après le début d’une ré- forme intensive, les structures locales de la FNFC ont-elles été suffisamment transformées en vue de renouer avec leur base, au niveau des masses ? Fondé sur un travail de terrain approfondi dans trois provinces ainsi que sur une analyse néo-institutionnelle, cet article soutient qu’à court terme, bien que la réforme serve principalement à la consolidation de l’autorité du Parti, les branches locales de la Fédération des femmes l’utilisent de façon créative pour élargir leur base populaire et étendre leur représentativité. À long terme, cependant, les FF locales sont confrontées à des problèmes institutionnels qui perdurent malgré la réforme, tels que la marginalisation politique, la bureaucratisation, ainsi que la mise en œuvre inefficace des politiques, qui limitent le développement du féminisme d’État en Chine.
MOTS-CLÉS : Parti communiste chinois, organisation de masse, féminisme d’État, Fédération des femmes, égalité de genre, représentation politique.

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Trouver un compromis entre organisations d’État et organisations ouvrières : les syndicats chinois à la recherche de formes autoritaires de négociations collectives Page 33

Chloé FroissartYan LiuQuan Meng

RÉSUMÉ : Cet article analyse la manière dont les syndicats ont tenté, depuis le début des années 2010, de trouver des formes autoritaires de négociations collectives leur permettant de mieux faire valoir les intérêts des ouvriers sans remettre en cause leur appartenance à l’appareil d’État. Il oppose le cas de la zone industrielle de Dalian et de la zone pilote de Shenzhen pour comprendre comment les syndicats tentent de reconquérir efficacité et légitimité en l’absence d’une évolution de la représentation.
MOTS-CLÉS : Réformes des syndicats, négociations collectives, conflits du travail, grèves, ONG.

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Corporatisme low-cost : la Ligue de la jeunesse communiste et ses sous-organisations dans la Chine post-maoïste Page 43

Jérôme Doyon

RÉSUMÉ : La Ligue de la jeunesse communiste a développé un réseau de sous-organisations afin d’étendre la portée de son action à un coût minimum. Cette démarche illustre le modèle du corporatisme low-cost. Conformément à ce modèle, les organisations de masse maintiennent une relation corporatiste avec le Parti tout en diversifiant leurs activités à travers les structures qu’elles supervisent. Ces structures leur fournissent également des ressources matérielles et humaines supplémentaires. Dans cette configuration, la Ligue de la jeunesse communiste maintient un équilibre entre sa dépendance vis-à-vis du Parti et son attractivité auprès des jeunes. Cependant, les réformes entreprises durant l’ère Xi Jinping remettent en cause cet équilibre fragile en renforçant le contrôle du Parti sur la Ligue et ses sous-organisations.
MOTS-CLÉS : Organisations de masse, Ligue de la jeunesse communiste, relations État-société, corporatisme.

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L’Union des Béliers : l’émergence d’une ONG internationale soutenue par le Parti-État Page 53

Emmanuel Jourda

RÉSUMÉ : L’Union des Béliers est une organisation sociale d’intérêt public créée en 2003 dans la province chinoise du Zhejiang. Sa transformation, de structure locale à ONG internationale, nous renseigne sur les modalités mises en oeuvre par le Parti communiste chinois (PCC) pour accompagner le développement d’associations populaires ou minjian, qui paraissent lui être extérieures mais qu’il parraine pleinement. L’étude de ce genre d’entités est complexe car elles semblent agir de manière bénévole et apolitique, tout en étant totalement intégrées au dispositif politico-social du Parti-État (Ligue de la jeunesse, volontaires, Front Uni, ministère des Affaires civiles…). La trajectoire de l’Union des Béliers laisse ainsi entrevoir la stratégie mal connue d’hybridation menée par le PCC, entre des organisations de masse issues du temps révolutionnaire et des groupes charitables incarnant la société chinoise moderne, pour occuper l’espace social afin d’éviter l’émergence d’une société civile chinoise autonome, en république populaire de Chine (RPC) et en Outre-mer.
MOTS-CLÉS : Structure minjian, organisation sociale, organisation non-gouvernementale, volontaires, Ligue de la jeunesse communiste, Front Uni, CCPPC, Minmeng, minjian, Chinois d’Outre-mer.

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Espaces de gouvernance intermédiaire dans les quartiers de relogement Page 61

Beibei Tang

RÉSUMÉ : Cet article étudie les espaces de gouvernance intermédiaire dans le cadre de la politique des quartiers urbains en Chine. Il identifie les nouveaux mécanismes de gouvernance et les liens État-société à travers lesquels gouvernance urbaine et rurale s’entremêlent pour administrer les paysans urbanisés durant leur arrivée et leur installation en ville. À partir des données qualitatives collectées à Suzhou, cette étude montre l’émergence d’un espace de gouvernance intermédiaire au niveau des quartiers, mobilisant divers acteurs et organisations de la gouvernance intermédiaire tels que des agents de l’État-parti, des groupes de marché et des organisations sociales. Dans le contexte des communautés de relogement, cet article examine comment les comités de résidents sont mis en place pour assurer des tâches de gouvernance ; comment les paysans urbanisés s’organisent et se mobilisent pour s’ajuster à leur nouvel environnement résidentiel, et dans quelle mesure les conflits d’intérêts au sein des quartiers peuvent être modérés. Les résultats dessinent les dynamiques des espaces et acteurs émergents de la gouvernance intermédiaire dans les communautés de relogement. Chargés d’assurer la liaison entre l’État-parti et les villageois déplacés, les acteurs et organisations intermédiaires utilisent de manière flexible un ensemble de méthodes et de stratégies pour négocier les relations entre l’État, le marché et les citoyens dans les affaires de gouvernance des quartiers.
MOTS-CLÉS : Gouvernance de quartier, urbanisation, communautés de relogement, mobilisations de masse, groupes de villageois.

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Article

Vivre avec les déchets : « l’émancipation » des récupérateurs dans les villes chinoises Page 71

Ka-ming WuJieying Zhang

RÉSUMÉ : Cet article analyse le rôle des déchets et leurs significations dans la formation des communautés de récupérateurs dans les métropoles chinoises actuelles. Nous y montrons qu’en Chine, les récupérateurs de déchets rappellent, dans une certaine mesure, les conditions d’un travail précaire et stigmatisant typique des sociétés du Sud. Mais nous avons remarqué qu’en Chine, les raisons financières seules ne permettaient pas d’éclairer ce qui poussait les travailleurs migrants à se lancer dans cette activité. En fait, les récupérateurs de déchets de Pékin entraient aussi dans ce commerce car il procurait l’expérience d’une forme de citoyenneté urbaine, en s’affranchissant du régime de travail des usines et en s’adonnant à une forme d’entreprenariat rendant possible le fait de fonder un foyer dans la périphérie de la capitale du pays. Leurs techniques de travail avec les déchets offrent un prisme pour comprendre une dimension plus large de la vie sociale et culturelle au sein des communautés de récupérateurs d’une grande ville chinoise – ce que nous désignons par « vivre avec les déchets ». Dans cet article, l’expression s’entend comme un cadre qui englobe les efforts déployés pour travailler avec, faire l’expérience de, et vivre parmi les matières résiduelles au quotidien. Comment les récupérateurs de déchets parlent-ils de leur métier ? S’agit-il uniquement de stigmatisation et de souffrance ? Peut-il signifier commerce et mobilité ? Que pensent les récupérateurs du fait d’élever des enfants dans une cour remplie de déchets récupérés ? Si « la saleté est matière mal placée (dirt is matter out of place) » (Douglas 1966), comment gèrent-ils les impuretés et la contamination au quotidien ? Quels efforts font-ils pour normaliser ou établir des limites dans cet environnement indésirable de travail et de vie ? Vivre avec les déchets est donc profondément lié aux efforts produits non seulement pour gagner sa vie, mais aussi pour constamment renégocier sa position et tracer des frontières avec les déchets au sein de la famille et de la communauté, ceci afin de rendre ce travail supportable, voire porteur de sens.
MOTS-CLÉS : Récupérateurs de déchets, travail des déchets, migrants ruraux, espaces péri-urbains, Chine.

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Essai

Le calme avant la tempête ? Littérature chinoise en langue classique et fabrique de la modernité chinoise au début de la période républicaine Page 81

Joachim Boittout

RÉSUMÉ : Le présent article propose une réévaluation des tendances intellectuelles et littéraires durant les quelques années précédant le déclenchement du mouvement pour la Nouvelle culture. En se fondant sur des traductions de textes publiés entre 1912 et 1915, cette étude explore la manière dont un groupe d’auteurs généralement considérés comme conservateurs sont allés jusqu’à remettre en question la dépendance de l’individu vis-à-vis des structures politiques, qui sous-tendait pourtant le cadre intellectuel prédominant à l’époque. Cet article soutient que, en réalisant un « tournant vers l’intime », ces auteurs ont, par le truchement de la littérature, non seulement rivalisé avec, mais aussi précédé l’appel à l’éveil individuel lancé avec véhémence par les tenants de la Nouvelle culture à partir de 1915. Dans le contexte de la célébration du centenaire du mouvement du 4 Mai 1919, l’approche retenue ici réaffirme la nécessité de traduire et de faire connaître ces textes et entend redonner vie au contexte littéraire et intellectuel vibrant du début des années 1910 dans lequel ont germé les idées du mouvement pour la Nouvelle culture.
MOTS-CLÉS : Mouvement pour la Nouvelle Culture, Minquan bao, tournant vers l’intime, Xu Zhenya, Wu Shuangre, Xu Tianxiao ; traduction.

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Entretien

1989-2019 : le 4 Juin vu de Hong Kong Page 89

Judith PerninEric Florence

Comptes rendus de lecture

CHENG, Edmund 鄭煒, et Samson YUEN 袁瑋熙(éds.). 2018. 社運年代, 香港抗爭政治的軌跡 (Sheyun niandai, Xianggang kangzheng zhengzhi de guiji, L’ère des mouvements sociaux : évolution des conflits politiques à Hong Kong) Page 96

Michael Ng

HONG, Yu. 2017. Networking China: The Digital Transformation of the Chinese Economy Page 97

Séverine Arsène

MATHEWS, Gordon, Linessa Dan LIN et Yang YANG. 2017. The World in Guangzhou. Africans and other foreigners in South China’s global marketplace Page 99

Romain Dittgen

KERLAN, Anne. 2018. Lin Zhao, « combattante de la liberté » Page 100

Michel Bonnin

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