Claire Bouillot

Doctorante boursière du CNRS

 

Doctorante (contrat doctoral du CNRS). Accueillie 20 mois au CEFC Hong Kong.

Recherche doctorale en Anthropologie depuis la rentrée universitaire 2016-2017.

Contact

Email: claire.bouillot@ehess.fr

Rattachement

EHESS et Centre Norbert Elias, Marseille. Sous la direction de Boris Pétric.

Domaines de recherche 

  • Anthropologie de la globalisation
  • Anthropologie des objets
  • Muséologie, Histoire de l’art, Marché de l’art (droit et institutions)

Résumé de la thèse

La circulation des objets et la transmission de leurs valeurs : le cas de l’ivoire entre la France, Hong Kong et la Chine du sud.

Ce travail de recherche doctorale s’inscrit dans le projet ANR VIPOMAR « La vie politique des marchandises. Approche qualitative des circulations transnationales » qui se donne pour objectif d’étudier la globalisation et ses effets sociétaux, économiques et politiques par le biais de la marchandise.

Depuis la fin du XXe siècle, les objets en ivoire circulent majoritairement de l’Europe vers l’Asie, en particulier vers Hong Kong et la Chine continentale. Hong Kong étant devenu progressivement un hub du commerce de l’ivoire. Cette circulation est réglementée au niveau international depuis les années 1970 car le commerce est accusé d’engendrer la disparition des éléphants d’Afrique. Cette réglementation est de plus en plus stricte, mais l’ivoire peut encore circuler s’il revêt des caractéristiques particulières, notamment s’il est ancien. L’Europe et en particulier la France est un pays tête de file dans la mise en place de cette législation. Pourtant c’est en Chine continentale que la loi la plus restrictive a été adoptée, elle interdit complètement le commerce dès le 1er janvier 2018. A Hong Kong cette mesure prendra effet en 2021. Cette unification des pratiques interroge le rapport aux objets en ivoire. Si en France ce rapport est plutôt lié à un héritage colonial et induit des relations distanciées avec ces objets, en Chine continentale l’ivoire tient une place importante dans les relations sociales, notamment pour afficher un prestige social, et il est utilisé dans les objets du quotidien, par exemple dans le cas des baguettes. Pour autant, l’ivoire semble de plus en plus rejeté pour des raisons morales, les mêmes qui animent les pays européens. A Hong Kong, le phénomène est très clair. En étudiant les pratiques et le traitement des objets dans les institutions qui font circuler l’ivoire, c’est-à-dire les salles de ventes aux enchères et les musées, une similitude apparaît entre les pratiques françaises et hongkongaises. Les objets circulent de moins en moins, ils sont de moins en moins visibles, et cela ne s’explique pas seulement par l’effet de la législation, mais également par une posture vis-à-vis de ces objets. Elle se caractérise par un désintérêt, voire un rejet. L’hypothèse est la suivante : les valeurs occidentales, en particulier l’illégalité et la moralité, investies dans les objets en ivoire se transmettent progressivement en Chine par l’intermédiaire d’Hong Kong et ses institutions de circulation. Ces valeurs trouvent place dans un contexte sociétal dans lequel les institutions de protection de l’environnement ainsi que la presse leur sont favorables. Cela affecte directement le patrimoine culturel matériel et immatériel en Chine et à Hong Kong. Comme en témoigne la disparition progressive du savoir-faire de la sculpture sur ivoire reconnu dans les inventaires pour une protection par l’UNESCO (non mise en œuvre),  et que des matériaux de substitution, tel que l’ivoire de mammouth, ne pourront pas sauver.

Afin de comprendre la transmission de ces valeurs investies dans les objets en ivoire entre la France et Hong Kong, ainsi que leurs conséquences, cette recherche s’appuiera sur une enquête ethnographique multi-située de 20 mois réalisée entre la France, Hong Kong, et la Chine du sud.

Parcours

Après des études en droit du marché de l’art, en histoire de l’art et en muséologie des sciences naturelles, ainsi que des expériences professionnelles dans plusieurs musées et maisons de ventes aux enchères en France, Claire Bouillot a débuté des recherches au sujet des objets d’art réalisés en matières animales, questionnant ainsi l’équilibre dans la préservation de patrimoines naturels et culturels, les intérêts et les pouvoirs en jeu.

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